Transcription Balado Elles parlent – Épisode 3.03

Saison 3

Karen Uwase : Le BDSM peut-il être féministe? Qu’est-ce que c’est que le consentement non consensuel? Et est-ce qu’on peut guérir des traumatismes en pratiquant du BDSM? Eh bien, toutes ces questions et bien plus encore aujourd’hui dans Elles parlent : un balado pour découvrir, apprendre ou réapprendre des thématiques liées à la violence basée sur le genre. Je suis votre animatrice Karen Uwase. Et aujourd’hui, Elles parlent de la science du BDSM avec Sophie Doucet. Eh bien, pour les personnes qui ne te connaissent pas, est-ce que tu pourrais te présenter s’il te plaît? 

Sophie Doucet : Oui, donc, je m’appelle Sophie Doucet, je suis candidate au doctorat en sciences de la famille à l’Université du Québec en Outaouais. Puis ma thèse porte sur les relations privilégiées des personnes qui pratiquent le BDSM. Donc, en gros, je m’intéresse à comprendre quelles relations sont les plus importantes pour les personnes qui pratiquent le BDSM et pourquoi. Puis, avant mon doctorat, j’ai fait une maîtrise en sexologie à l’UQAM. 

Karen Uwase : C’est très intéressant. Et pour commencer, est-ce que tu pourrais te définir ce qu’est le BDSM? 

Sophie Doucet : Oui, on peut déjà commencer par regarder chaque lettre de l’acronyme. 

Karen Uwase : S’il te plaît. 

Sophie Doucet : Donc, le B c’est pour Bondage, donc, se faire ligoter ou ligoter quelqu’un. Le D c’est pour discipline et domination, le S pour soumission et sadisme, et le M pour masochisme. Donc, en gros, on peut définir le BDSM comme étant un ensemble de stimulations physiques, mais aussi psychologiques, qui sont consensuelles et basées sur une érotisation du pouvoir ou de la douleur, dans le but d’ultimement obtenir une excitation ou une satisfaction sexuelle. Donc, des activités qui pourraient être considérées comme du BDSM, par exemple, ça pourrait être : tirer les cheveux, tirer les mamelons, ligoter. Bien entendu, le B de l’acronyme, avoir des ordres à suivre, par exemple, ou des règles, ou être la personne qui va s’assurer que ces règles vont être respectées. Donc, un exemple de règles, par exemple, ça pourrait être de ne pas avoir le droit d’avoir d’orgasme sans demander la permission à notre personne dominante. 

Karen Uwase : Wow! Bien, alors, dans ce cas-là, qu’est-ce qui n’est pas du BDSM? Pour être sûrs qu’on soit tous sur la même longueur d’onde? 

Sophie Doucet : Bien, lorsque ce n’est pas consensuel, ce n’est pas du BDSM. Donc, dans ce cas-là, je dirais que Fifty Shades of Grey n’est pas du BDSM. Je sais qu’il y a plusieurs personnes qui ont été introduites au BDSM à travers ces livres, mais, dans le monde BDSM, on considère que Fifty Shades, c’est vraiment c’est de l’abus, c’est de la violence conjugale et sexuelle, parce que, bien, Ana, elle ne connaît pas les risques des pratiques que monsieur Grey lui propose. Clairement, il est au courant qu’elle n’a jamais pratiqué le BDSM. Pourtant, il ne l’informe pas des risques. Il lui met de la pression. Elle dit clairement qu’elle n’est pas à l’aise avec certains trucs, mais lui met quand même la pression. Donc, bref, dans le monde BDSM, on ne considère pas Fifty Shades comme étant une bonne représentation du BDSM. Puis aussi, certains fétiches qui peuvent être BDSM ou non, comme par exemple les souliers. Donc, si on est dans un scénario, par exemple, où un homme aime porter des souliers à talons hauts parce que ça le fait se sentir humilié, puis que, par exemple, une femme dominante le force à le faire avec son consentement, là, on est dans du BDSM. Mais quelqu’un qui est juste excité, puis qui apprécie sexuellement les souliers, ce ne serait pas du BDSM. 

Karen Uwase : Plus du fétichisme? 

Sophie Doucet : Oui, exactement. 

Karen Uwase : Ok. Wow! Suis-je une experte? Je ne sais pas. Je suis sûre que le sujet sur 50 nuances de Grey, ça c’est le titre en français et assez mitigé. Donc, je suis sûre que tu vas avoir des personnes qui ne vont pas être d’accord avec toi, mais c’est toi l’experte aujourd’hui donc, on va t’écouter. Alors, les termes dom, sub, switch, c’est quoi qui les différencie? C’est quoi les profils psychologiques derrière? 

Sophie Doucet : Oui, dans le fond, un dom c’est une personne qui accepte consensuellement de recevoir du pouvoir, du contrôle ou de l’autorité dans le cadre d’une relation ou d’une scène BDSM. C’est juste pour être certain qu’on soit tous sur la même longueur d’onde. Une scène, c’est vraiment un moment délimité lors duquel les participants vont adopter un rôle, le temps que des pratiques de nature BDSM aient lieu. Puis sobre plutôt, ça va être une personne qui accepte de se soumettre consensuellement ou d’abandonner son pouvoir dans le cadre, encore une fois, d’une relation ou d’une scène BDSM. Puis switch, ça va plutôt être une personne qui a des intérêts de domination et de soumission, tout dépendamment de son humeur, de son partenaire ou juste du contexte ou de la situation. 

Karen Uwase : Ok, et est-ce que typiquement les personnes qui se sentent comme étant… qui s’identifient comme étant soumis ou soumises sont typiquement des femmes? 

Sophie Doucet : Pas nécessairement. Donc, déjà, je commencerais juste par préciser que l’attrait de la soumission, c’est vraiment le lâcher-prise, donc, de laisser quelqu’un décider pour nous pour un moment, de ne pas avoir à prendre de décision. Puis ça, c’est sûr que ça peut être particulièrement attirant lorsque, dans notre quotidien, on a constamment à prendre des décisions, à penser à tout. Puis donc, oui, ça peut être attirant pour certaines femmes, la soumission, lorsqu’on prend en considération la charge mentale avec laquelle doivent composer les femmes dans leur quotidien.  

Karen Uwase : Et donc, d’après toi, qu’est-ce qui fait qu’une personne veuille s’identifier comme étant un dominant ou une dominante? 

Sophie Doucet : Oui, l’attrait principal, la domination de façon générale, c’est le sentiment de responsabilité qui vient avec. Le rôle, donc, de s’occuper de prendre soin de quelqu’un qui est en position de vulnérabilité. Donc, la personne soumise, puis je dis bien « prendre soin », parce que le but d’une personne dominante, ce n’est pas de faire du mal à leur soumis ou leur soumise, mais plutôt de guider cette personne-là pour que cette personne puisse atteindre ses désirs. Puis il y a plusieurs études qui ont démontré que d’occuper, donc, endosser le rôle de dominant va permettre d’augmenter le sentiment de confiance en soi. 

Karen Uwase : D’accord. Et donc, dans ce cas-là, un switch, son rôle va devenir plus dominant, plus soumis à des temps. C’est quoi, le switch? 

Sophie Doucet : Ça va vraiment dépendre si cette personne-là va adopter un rôle plus soumis ou plus dominant. Ça va dépendre de son humeur. Est-ce que ça lui tente cette journée-là? Mais aussi de son partenaire. Donc, par exemple, moi, je suis une switch, mais je suis une personne qui est seulement dominante, alors exceptionnellement je vais adopter un rôle plus soumis. Donc, vraiment, ça dépend vraiment de comment la personne se sent dans le fond. 

Karen Uwase : D’accord. Et d’après toi, pourquoi les personnes pratiquent le BDSM? Est-ce qu’ils ont des déviances sexuelles? 

Sophie Doucet : Oui, bien, les études de façon générale ont démontré que dans la population, le BDSM, c’est le deuxième fantasme le plus commun, juste après les threesome ou trip à trois, comme on dit parfois en français. Donc, il y aurait seulement 4 % des femmes et 7 % des hommes qui n’auraient jamais eu de fantasmes de BDSM. Donc, on s’entend, ça ferait vraiment beaucoup de déviants ici. Mais sinon, pour ce qui est des origines du désir de pratiquer le BDSM, malheureusement, il n’y a pas beaucoup de recherches qui sont vraiment portées là-dessus. Puis aussi, c’est quand même assez complexe d’essayer d’isoler d’où vient un désir. Mais ce qu’on sait cependant, c’est que ce sont des désirs qui sont vraiment intrinsèques, donc, qui viennent des personnes qui ont ces intérêts-là. Puis d’ailleurs, pour plusieurs personnes qui pratiquent le BDSM, leur désir ou intérêt était déjà présent, bien que non érotique pendant l’enfance. Donc, par exemple, il y a des personnes qui rapportent que, déjà enfants, elles demandaient à être un peu plus soumises dans les jeux d’enfants ou même parfois de se faire ligoter. Puis, pour la majorité des personnes qui pratiquent le BDSM, déjà depuis l’adolescence, elles étaient au courant de leur intérêt. 

Karen Uwase : D’accord. Et donc, pourquoi les gens adoptent cette pratique? Est-ce que tu penses que… c’est quoi qui a d’attirant dans ces relations de dominance? 

Sophie Doucet : Il y a cinq principales raisons qui ressortent de la littérature. Donc, la première, c’est l’intérêt pour les jeux de pouvoir. Donc, le fait de donner, d’échanger ou de prendre du pouvoir, c’est quelque chose qui est considéré comme étant sexuellement excitant pour la majorité des personnes qui pratiquent le BDSM. Puis d’ailleurs, ce serait la moitié de la population qui trouverait ça aussi sexuellement excitant, selon les études, avec près de trois quarts de ces personnes qui se disent intéressées dans le futur à adopter des comportements de soumission ou de domination pendant les rapports sexuels. Ensuite, la deuxième motivation qui ressort vraiment de la littérature, c’est les états de conscience modifiés qui peuvent être engendrés par la douleur. Donc, on sait qu’une stimulation douloureuse, prolongée et consensuelle semble induire des effets d’analgésie et d’euphorie. Un peu comme la course, par exemple, si on veut. Parce que la douleur physique est associée… 

Karen Uwase : Il y a un grand saut là… 

Sophie Doucet : Oui, mais les deux… L’endorphine qui vient jouer un rôle ici. Donc, les deux, il y a de la douleur physique, ça vient, ça créé la sécrétion d’endorphines. Puis l’endorphine joue un rôle analgésique, mais aussi euphorisant. Il y a quand même un lien à faire entre les deux, même si ça peut sembler moins évident. 

Karen Uwase : J’essayais de te perdre. Mais je vois que tu suis très bien. 

Sophie Doucet : Sinon, la troisième motivation qui est recensée, c’est vraiment le désir d’atteindre un état de pleine conscience, de méditation ou de relaxation. Parce que le BDSM, tout comme n’importe quelle activité qui demande vraiment se concentrer et d’être attentif, comme par exemple jouer aux échecs ou au tennis, bien justement, ça force les gens à être attentifs au moment présent. Puis il y a des personnes qui pratiquent le BDSM qui vont rapporter des bénéfices psychologiques similaires à ceux qu’on va associer à la méditation ou au sport, comme par exemple une concentration plus élevée, une activité mentale moindre, un fort sentiment de relaxation. Puis aussi une attention sur le moment présent. Puis ensuite, la quatrième motivation, ça va être de considérer le BDSM comme un hobby, donc, comme un loisir. Donc, le BDSM nécessite de faire des apprentissages, comme par exemple le bondage. Comment est-ce qu’on fait pour attacher quelqu’un? Quel nœud est-ce qu’on utilise? Puis, ça, tout comme n’importe quelle activité de loisir traditionnelle, c’est associé à un développement de ses compétences, puis aussi ultimement, un développement de soi, puis une réduction du stress. Puis finalement, la dernière motivation, c’est l’excitation sexuelle, parce que… c’est important de vraiment de comprendre qu’il n’y a pas tout le temps de la sexualité génitale qui est présente dans le BDSM, mais quand même, de façon générale, on va considérer que le BDSM, c’est une activité sexuelle ou du moins érotique qui va plaire à plusieurs. 

Karen Uwase : D’accord. Intéressant. J’ai des pensées un peu partout donc, on ne va pas se perdre. Depuis évidemment longtemps, depuis que j’imagine que ça existe dans les cercles féministes, notamment, le BDSM est sujet de beaucoup de débats. Est-ce que tu peux plus ou moins nous donner un survol des différentes thématiques ou des positions féministes sur ce sujet? 

Sophie Doucet : Oui, absolument. Je dirais qu’il y a deux positions principales. Donc, il y a certaines féministes qui vont considérer le BDSM comme une expression féministe de la liberté sexuelle, tandis que d’autres féministes vont plutôt considérer que le BDSM renforce le patriarcat et va donc, être contradictoire aux féministes. Puis, dans cette deuxième position-là, on est un peu dans des scénarios où on présume que ça va être la femme qui va être soumise et l’homme dominant. Or, comme on l’a abordé, ce n’est pas toujours le cas. 

Karen Uwase : Et toi, qu’est-ce que tu en penses de ce débat? 

Sophie Doucet : Oui, je dirais que toute interaction sexuelle qui est axée sur le plaisir mutuel est déjà bien loin de la vision patriarcale et misogyne du sexe. J’irais même jusqu’à dire que la soumission féminine dans le cadre du BDSM va venir perturber, plutôt que soutenir les récits un peu plus hétéronormatifs et patriarcaux sur la sexualité. Parce que… 

Karen Uwase : Évidemment, les hommes soumis… 

Sophie Doucet : Effectivement. Puis, même lorsque c’est la femme soumise, je veux dire, le patriarcat va exiger que les femmes se soumettent aux hommes, on s’entend, mais cette soumission-là va se faire contre leur gré. Puis, dans ces circonstances-là, leur plaisir, leur sécurité ne sera pas importante. Tandis que dans le BDSM, on va plus être dans des circonstances artificielles que les femmes soumises ont elles-mêmes conçues, puis dans lesquelles leur plaisir est primordial. Parce que c’est vraiment important aussi de comprendre que dans les scénarios BDSM, la personne qui est soumise, c’est soit un homme ou une femme. C’est la personne qui va avoir le plus de contrôle parce que c’est la personne qui peut mettre un terme à l’action à n’importe quel moment, notamment par l’utilisation d’un safe word ou mot de sécurité en français qui va complètement arrêter l’action. D’ailleurs, tout ce qui va se passer dans une scène a été convenu, a été défini par tant la personne dominante que la personne soumise. Donc, ce n’est pas juste le dominant qui décide tout ce qui va se passer. La personne soumise peut clairement dire ce qu’elle souhaite qu’il se passe, mais aussi ce qu’elle souhaite qu’il ne se passe pas pendant la scène. 

Karen Uwase : Ok, si on revient sur 50 nuances de Grey, il y avait un contrat dans le film, je ne sais pas dans les livres, mais il y avait un contrat dans les films.  

Sophie Doucet : Mais on ne discute pas des risques. Il y a de l’alcool d’impliqué, quand ils négocient… 

Karen Uwase : C’est vrai, c’est dans le noir, et la lumière… 

Sophie Doucet : Il la touche pendant qu’elle dit non, non, non. 

Karen Uwase : Ah oui. Mon exemple ne fonctionne pas, il ne fonctionne pas. Tantôt, tu as parlé du fait qu’il n’y avait pas beaucoup de recherches là-dessus, mais les connaissances scientifiques sur ce sujet, est-ce qu’elles sont… elles existent? Est-ce qu’il y en a? 

Sophie Doucet : Il y en a peu, mais il y en a quand même. Donc, notamment, il y a plusieurs ouvrages qui sont écrits par des féministes qui pratiquent le BDSM et qui vont raconter leur expérience. Pour plusieurs de ces femmes-là, leur soumission va être une partie intégrante de leur féminisme, à cause que ça leur permet de faire preuve d’agentivité dans leur sexualité. Puis pour ceux que ça intéresse personnellement, moi je recommande l’ouvrage Thinking Kink de Kathryn Scott, qui est une femme, une féministe qui pratique le BDSM. 

Karen Uwase : Ok. D’accord. Écoute, moi, je t’entends parler et je comprends exactement tout ce que tu dis et je suis plus ou moins d’accord. Je trouve que ça a l’air vraiment très sain, mais j’imagine qu’il y a quand même des personnes qui vont continuellement penser que c’est… à la fin de la journée, le BDSM, c’est violent. Qu’est-ce que tu leur dis à ces personnes-là? 

Sophie Doucet : Oui, je dirais que la caractéristique qui permet vraiment de distinguer le BDSM de l’abus, donc, la violence, c’est le consentement, donc, tout ce qui va se passer au sein d’une scène a été convenu et ça a été défini pour que ce soit mutuellement bénéfique. Donc, j’ai un peu envie de dire oui, il y a des pratiques qui peuvent sembler violentes, mais ce n’est pas de l’abus, puisque c’est consensuel. Puis, comme on l’a déjà mentionné, souvent, les désirs se manifestent très jeunes de vraiment de l’intérêt, les désirs de pratiquer le BDSM, et donc, ça va être extrêmement bénéfique pour ces personnes-là si c’est fait de façon consensuelle, on s’entend, d’arrêter de fantasmer puis de passer à l’action. 

Karen Uwase : Alors, tu as mentionné à quelques reprises maintenant l’importance du consentement dans le BDSM. Quels sont les mécanismes ou les règles qui sont en place pour s’assurer qu’ils soient constants? 

Sophie Doucet : Oui. Les éléments que j’ai déjà mentionnés par rapport à ça, c’est bien entendu l’utilisation des mots de sécurité, mais aussi la négociation. Mais j’aimerais ça un petit peu élaborer un peu plus sur la négociation. Donc, qu’est-ce qui est important de prendre en considération? Donc, bien entendu, c’est important de communiquer ses désirs, donc, de dire ce qu’on veut, mais c’est surtout important d’être très, très clair au niveau de ses limites, donc, des trucs qu’on ne veut pas du tout qu’il se passe pendant la scène. Quand je dis que c’est important d’être clair, c’est parce qu’on ne peut pas, par exemple, en tant que personne soumise, dire à notre personne dominante, « Je veux A, B. C » et penser que la personne dominante va donc, comprendre, par exemple, que X, Y, Z sont des limites à ne pas franchir parce qu’il est possible que la personne dominante, elle, ce qu’elle veut entendre, c’est ah ok, A, B et C doivent absolument se retrouver dans la scène, mais X, Y et Z sont aussi possibles, puisque ce ne sont pas des limites. Puis j’ajouterais aussi que c’est vraiment, vraiment important de s’éduquer sur les risques que peuvent comporter certaines pratiques qu’on souhaite avoir. Donc, c’est vraiment important de faire ses propres recherches, d’en discuter aussi avec nos partenaires. 

Karen Uwase : Bien oui. Et quel est l’effet immédiat après une scène de BDSM? 

Sophie Doucet : C’est vraiment un sentiment de bien-être. Donc, comme on l’a déjà abordé, le BDSM peut engendrer un effet de pleine conscience, de relaxation et même de méditation. Puis il y a l’endorphine, qui joue bien entendu un rôle ici, donc, qui va avoir un effet euphorisant. 

Karen Uwase : D’accord. Et les impacts à ce moment-là, à long terme? Est-ce qu’ils sont constants? Sont dans cette même veine-là? Est-ce que c’est juste du bien-être? 

Sophie Doucet : Oui, absolument. Ça va vraiment avoir une augmentation du bien-être, de façon générale, chez les personnes qui pratiquent le BDSM, lorsqu’elles commencent à pratiquer. Puis, notamment, ça s’explique par tous les éléments qu’on a mentionnés avant, mais aussi parce qu’encore aujourd’hui, le BDSM est largement stigmatisé dans notre société. Donc, il y a beaucoup de personnes qui ont ces intérêts-là qui vont ressentir de la honte, puis de la culpabilité, puis le fait de passer à l’acte, ça veut dire qu’on rencontre d’autres personnes qui ont les mêmes intérêts. Donc, ça fait aussi en sorte qu’on va se sentir moins isolés, plus compris, plus acceptés. Donc, les études vont montrer qu’il va y avoir une augmentation de l’estime de soi, puis de la confiance en soi, puis une diminution de ces sentiments de culpabilité et de honte. 

Karen Uwase : D’accord, même pour les personnes… parce qu’il n’y a pas de personnes qui vont se sentir comme si elles vivent une double vie? 

Sophie Doucet : Ça aussi, oui, effectivement. Ça, malheureusement, c’est possible. Mais on voit que, quand même, ces personnes-là qui ont l’impression de vivre une double vie, qui ne peuvent pas parler ouvertement de leur vie BDSM, vont avoir un bien-être général plus élevé que les personnes qui essaient juste de refouler ça complètement. 

Karen Uwase : Ok. Donc, c’est mieux que rien du tout.  

Sophie Doucet : Exactement. Ce n’est pas parfait, mais c’est mieux que rien.  

Karen Uwase : D’accord. Et donc, d’après toi, comment est-ce que les pratiquants s’assurent que la pratique du BDSM soit sécuritaire et apporte du bien-être pendant et aussi après l’acte? 

Sophie Doucet : La sécurité, ça passe vraiment par la négociation, puis les mots de sécurité. Donc, dans le monde BDSM, un manque de communication sur ses désirs, mais aussi sur ses limites, la violation du mot de sécurité ou le non-respect des limites, ça va venir signaler la présence d’abus. Puis, concernant le bien-être, le BDSM met toujours l’emphase sur le besoin de soins, mais aussi d’éducation au sein de toute dynamique BDSM. Donc, il y a toujours un devoir de respecter la personne avec laquelle on joue. Puis, une fois le jeu terminé, nécessairement, automatiquement, on doit toujours tomber dans la pratique de l’aftercare. Donc, ça, c’est une pratique qui consiste à vérifier que tout le monde va bien, à se faire des câlins, à discuter de ce qui vient de se passer aussi. Et ça, ça permet une clôture de la scène, puis de ramener tout le monde à un état d’équilibre aussi après avoir vécu des sensations intenses. 

Karen Uwase : Wow! Ok. Et donc, tout de même, est-ce que la pratique de BDSM, elle ne va pas causer des traumatismes aux personnes qui la pratiquent? 

Sophie Doucet : Oui, bien, il faut se rappeler que le BDSM se doit d’être consensuel, sinon on tombe dans l’abus. Donc, je dirais que de réaliser ses désirs, qui sont souvent des désirs profonds, qui sont manifestés très jeune, de façon consensuelle, peu importe c’est quoi la pratique, ne causera pas de traumatisme. Le traumatisme va plutôt venir si on sort du BDSM, puis qu’on tombe dans l’abus, justement, la violence, l’agression sexuelle. Mais réaliser ses désirs de façon consensuelle en soi ne semble pas être traumatique, ou du moins, il n’y a aucune étude qui va dans ce sens-là. 

Karen Uwase : Ok, et donc, aussi d’après toi? Parce qu’évidemment, dans ce monde-là, nous, on entend parfois comment les personnes qui ont eu des traumatismes enfants ou un peu plus âgés vont avoir tendance à justement pratiquer du BDSM, un peu pour comme un mécanisme d’adaptation, faute de meilleur terme. Est-ce que c’est vrai? Est-ce que ta recherche… est-ce qu’il y a des recherches qui sont d’accord là-dessus? 

Sophie Doucet : Oui c’est vrai, il y a quelques recherches sur le sujet qui affirment que des personnes qui, dans leur processus de guérison suite à un traumatisme, vont se tourner vers le BDSM, puisque, comme on a mentionné, les activités BDSM ont été convenues, définies à l’avance. On peut arrêter l’action à tout moment. Donc, ça, ça fait en sorte que les personnes peuvent se sentir en contrôle aussi, explorer leur propre sentiment de sécurité d’agentivité dans un contexte contrôlé. Et ça, c’est particulièrement bénéfique parce qu’on le sait que les traumatismes viennent d’événements qui sont hors de notre contrôle. Puis aussi, c’est particulièrement important, plus spécifiquement pour les personnes qui ont vécu un traumatisme sexuel, de se sentir en contrôle de son corps et de son environnement. Puis le BDSM peut aider avec ça. 

Karen Uwase : Et c’est effectif? 

Sophie Doucet : Il y a très peu d’études vraiment là-dessus. Donc, ça semble. Selon le peu d’études, je peux dire oui, ça semble effectif, mais tellement peu d’études que je ne peux pas affirmer avec certitude que c’est le cas. Mais le peu d’études, il y a des personnes qui ont été interviewées à ce sujet-là. Ces personnes-là disent que oui, ça a été bénéfique pour elles. 

Karen Uwase : D’accord, mais d’après toi, quels sont les risques? 

Karen Uwase : Je dirais que c’est vraiment important d’avoir recours à ces pratiques avec des personnes de confiance, parce que c’est possible qu’on puisse vraiment venir toucher un trigger, que la personne puisse revivre son traumatisme, paniquer, avoir des flashbacks. Donc, c’est vraiment important dans des scénarios comme ça, de pas juste parler. Oui, de façon plus générale, de ses limites et de ses besoins, mais vraiment, de parler de ses triggers. Essayer de prévoir ce qui devrait être fait si jamais on vient en toucher un. Et surtout prévoir ce qui devrait être fait comme aftercare, pour s’assurer que la personne qui va potentiellement revivre son traumatisme se sente respectée et aimée après la scène. 

Karen Uwase : Ok, donc, c’est un peu touchy quand même. Ça reste un peu…  

Sophie Doucet : Quand même. Oui.  

Karen Uwase : Très bien. Bon, très clairement, tu nous as expliqué à plusieurs reprises à quel point le BDSM est sécuritaire. Mais… il existe quand même des toute une catégorie d’activités appelée comme edge play ou knife play, où on joue avec le feu, où il y a des risques jusqu’à l’asphixie. Comment on peut considérer ces formes de BDSM sécuritaires? 

Sophie Doucet : Oui, bien, encore une fois, je mettrais l’emphase sur le besoin de s’éduquer sur les risques des pratiques. 

Karen Uwase : On en revient à l’éducation. 

Sophie Doucet : Mais on s’entend que, même avec l’éducation, cependant, il y a certaines pratiques qui demeurent dangereuses. Donc, en 2021, il y a une revue de la littérature qui a été publiée, qui a recensé que 88 % des décès liés au BDSM sont causés par une méconnaissance des bonnes techniques d’asphyxie érotique. Donc, quand je parle de décès, ici, on parle de 17 décès non intentionnels. Ce n’est pas un chiffre énorme, mais c’est quand même beaucoup trop, on s’entend. Donc, il y a des pratiques qui sont très, très risquées.  

Puis, quand je dis qu’il faut s’éduquer sur ces pratiques-là, c’est pas juste aller lire un petit peu sur Google. Donc, notamment, si on regarde l’aspect érotique, puis qu’on va sur Google pour savoir quoi faire, on va nous dire qu’il faut mettre la pression sur le côté du cou et non sur le devant. Mais il faut savoir beaucoup plus que ça. Il faut vraiment connaître l’anatomie du cou, vraiment savoir où mettre la pression, c’est pas juste étrangler la personne. Donc, ça, ce n’est pas des pratiques que, bien entendu, je recommande à tout le monde, mais seulement aux personnes qui ont beaucoup d’expérience, qui vraiment ont fait beaucoup de recherches, qui ont suivi des ateliers, par exemple. Puis c’est des pratiques aussi qui sont dangereuses parce qu’on peut penser « OK, j’ai suivi le petit guide, j’ai mis la pression sur le côté du cou et non sur le devant ». Mais c’est aussi une question de la durée. Donc, ça peut être un peu plus difficile à déterminer parce qu’on peut penser que la personne semble bien aller après, mais parfois, les séquelles vont arriver des mois ou des années plus tard. 

Karen Uwase : Ok. Ah, ah, ok. 

Sophie Doucet : Il ne faut pas… Faut vraiment pas prendre ça à la légère. 

Karen Uwase : Ok. D’accord. D’où l’importance de s’éduquer. 

Sophie Doucet : Exactement. 

Karen Uwase : Et donc, il y a une autre pratique qui est super populaire. Entre parenthèses, beaucoup de sarcasme chez les femmes féministes, la pratique de non-consentement consenti. Qu’est-ce que c’est? 

Sophie Doucet : Oui, le non-consentement consenti, ça implique qu’un partenaire va jouer le rôle d’une personne non consentante, tandis que l’autre partenaire va jouer le rôle d’un dominant ou d’un agresseur. Donc, on peut penser ici le classique, ce serait une scène de viol dans laquelle une personne se fait violer par une autre. Cependant, c’est important de comprendre que ces pratiques-là n’ont rien à voir avec de la vraie violence sexuelle. Donc, ce sont des pratiques qui ont été négociées, qui sont consenties, qui sont désirées. 

Karen Uwase : Ok. 

Sophie Doucet : Puis l’attrait ici, c’est vraiment d’éprouver des sensations intenses dans un contexte, dans un contexte contrôlé. Ces personnes-là ne souhaitent pas être violés ou quoi que ce soit. 

Karen Uwase : Ok. Oui. D’accord. Et d’après toi, vu mon visage un peu… Est-ce qui est des profils typiques de personnes justement qui sont attirées par cette pratique? 

Sophie Doucet : On pourrait penser que ce sont des personnes qui ont déjà vécu des expériences de violence sexuelle par le passé, parce qu’il y a quelques études qui vont dans ce sens-là, mais il y a tellement peu d’études que je ne peux pas affirmer cela avec certitude. Mais ce qu’on sait, par exemple, c’est qu’il y a plusieurs études qui ont été faites sur les fantasmes qu’ont les gens. C’est un fantasme qui ressort quand même assez souvent de façon générale. 

Karen Uwase : Je t’avouerais que je ne suis pas totalement surprise; j’en ai entendu parler avant. Mais d’après toi, l’impact sur la personne qui joue le rôle de soumission dans ces scénarios? Il est… Il est comment? 

Sophie Doucet : Bien, je dirais, pour les deux, tant la personne soumise que la personne dominante dans ces scénarios-là, l’attrait, si on veut, ou le plaisir vient vraiment d’un désir d’avoir justement un plaisir qui va être accru, donc, d’avoir l’impression qu’on est complètement ou pas du tout en contrôle. Donc, ça, ça va faire en sorte que les deux, peu importe quel rôle qu’on a, on va ressentir vraiment des sensations fortes, mais dans un contexte contrôlé dans lequel il est possible de se sentir en sécurité. Parce que, dans ces scénarios-là, la personne soumise, la personne qui se fait violer, peut arrêter tout à n’importe quel moment. Donc, c’est important de prendre ça en considération. Puis aussi, on sait, il y a des recherches qui ont déjà démontré que, dans notre système nerveux, la peur et la douleur vont provoquer des réponses similaires à l’excitation sexuelle. Donc, ces pratiques-là viennent un peu amplifier tout ça. Puis il y a certaines personnes qui adoptent ces pratiques, qui vont décrire ça comme des sports extrêmes sexuels.  

Karen Uwase : Ok. En fait, en gros, ce sont des scénarios. 

Sophie Doucet : Oui. 

Karen Uwase : Dès qu’on sait que c’est fictif, ça enlève totalement toute la surprise d’une véritable violence. 

Sophie Doucet : Absolument. 

Karen Uwase : Les personnes qui jouent le rôle de dominant dans ce scénario est-ce qu’elles sont à risque plus élevé d’être violent, en dehors de la scène? 

Sophie Doucet : Il n’y a aucune étude qui va dans ce sens-là, parce que la personne dominante, vraiment, elle fait ce que la personne soumise lui a demandé. Puis le plaisir vient du fait que la personne dominante, elle sait qu’elle ne fait rien contre le gré de la personne soumise. Et aussi, la violence est limitée au moment de la scène. Tout de suite après, on tombe dans l’aftercare, dans l’intimité, dans l’affection. 

C’est un peu comme si le dominant était le soumis, la soumise. Elle est.. la ligne, elle n’a pas l’air très droite! Et alors, d’après tout ce que tu nous as dit, on a compris maintenant que, lorsqu’on pratique le BDSM et les fétichismes qui sont accompagnés, il y a toute une gamme de pratiques qui y sont associées. D’après toi, et selon le peu de recherches qui existent, est-ce qu’il y a des pratiques qui sont plus malsaines que d’autres? 

Sophie Doucet : Je dirais non. Donc, peu importe c’est quoi la pratique, c’est quoi le fétiche, si c’est quelque chose… vraiment un intérêt profond chez la personne, souvent que ça fait longtemps qu’elle a des fantasmes à ce sujet-là, donc, réaliser concrètement ces désirs-là, ça va toujours, dans les recherches, être associé à une augmentation du bien-être pour ces personnes-là. Mais encore une fois, c’est important que ce soit réalisé de façon concrète, consensuellement. 

Karen Uwase : D’accord. Et y a-t-il une façon de prévenir la violence dans les relations BDSM? 

Sophie Doucet : Oui, c’est encore une fois vraiment important de discuter de nos désirs, mais aussi de nos limites. Puis j’ajouterais que c’est vraiment important de comprendre que tout le monde a des limites, parce que, parfois, on va voir des personnes qui sont un peu plus nouvelles dans le monde BDSM, des personnes soumises qui vont se dire « Je ne devrais pas imposer de limites à ma personne dominante, cette personne-là est en charge ». Mais non, tout le monde a des limites. Puis c’est vraiment normal aussi… Bien entendu, établir un safe word, vraiment négocier sur les pratiques, c’est très important et ça peut aider à prévenir la violence où que les gens comprennent pas trop ce que l’autre veut dire ou pas. Puis aussi, c’est sûr que pratiquer avec des personnes de confiance aussi, c’est toujours recommandé. Mais je dirais, le plus important, c’est la communication. Donc, si une personne ne se sent pas à l’aise de communiquer ouvertement, puis aller en détail en lien avec ses désirs et ses limites, je dirais que peut être que cette personne-là n’est pas prête à sauter le pas dans le BDSM. 

Karen Uwase : Ok, j’espère que les personnes ont compris. Tantôt tu as parlé d’un livre de Catherine Scott, est-ce qu’il y aurait d’autres ressources pour les personnes qui s’intéressent à pratiquer le BDSM et qui nous écoutent, et qui puissent le faire de manière éthique? 

Sophie Doucet : Oui, la communauté BDSM, c’est vraiment une source incroyable d’information. Donc, il y a des workshops ou des ateliers lors desquels des praticiens qui ont plus d’expérience vont enseigner certaines pratiques ou certaines techniques. Notamment, on peut penser au bondage qui existe un peu partout, notamment à Ottawa. C’est super facile de trouver l’information sur ces ateliers-là. Sur Fetlife, qui est le plus grand réseau social pour les adeptes de BDSM. Aussi, vous allez peut-être dire que je prêche pour ma paroisse, ayant moi-même une maîtrise en sexologie, mais on peut toujours consulter un ou une sexologue qui a une expertise sur le BDSM. Puis d’ailleurs, présentement, il y a Sexualis, qui est une plateforme de sexologie en ligne qui offre une formation sur le BDSM, qui s’adresse au grand public en français. Pour 30 $. 

Karen Uwase : Ok, d’accord. J’espère que vous avez pris des notes. Eh bien, Sophie, parmi les membres de notre auditoire, on va avoir des intervenantes féministes, notamment, qui ont à voir avec les victimes de violences, notamment d’abus sexuels. Qu’est-ce que tu pourrais leur dire pour qu’elles puissent faire la différence entre l’abus et le BDSM? 

Sophie Doucet : Oui. Les trois principales caractéristiques qui permettent de distinguer le BDSM de l’abus, c’est bien entendu le caractère volontaire des pratiques BDSM, mais aussi la possibilité de retirer son consentement sans craindre de représailles. Puis l’accès à de l’information et de l’éducation sur le BDSM. Donc, je ne peux pas le dire assez. C’est vraiment important que les personnes pourraient être en mesure de consentir pleinement, connaissent les risques des pratiques. Sinon, pour distinguer si on est dans le BDSM ou de l’abus, il y a des questions, par exemple, qu’on peut poser à une personne si on n’est pas trop certain, du genre est-ce que tes besoins et tes limites sont respectés? Est-ce que tu peux dire non sans crainte? Puis est-ce que, de façon générale, ta relation est basée sur la confiance et le respect mutuel? Donc, ça, ça pourrait être des exemples de questions. Puis aussi, des indicateurs physiques qui peuvent aider à faire la différence. Donc, par exemple, dans le cadre de pratiques BDSM, c’est très rare que vont résulter des ecchymoses au visage ou des marques défensives sur les avant-bras. De façon générale, les parties du corps qui vont être marquées, ça va être des zones qui vont être un petit peu plus charnues, donc, qui vont pouvoir résister à une stimulation intense, comme par exemple le haut du dos, les seins, les cuisses, les fesses et aussi, de façon générale, les marques qui vont résulter de violences et d’abus vont avoir tendance à être un petit peu plus aléatoires et pas à se concentrer sur une partie du corps. Tandis que les marques de pratique BDSM vont un peu suivre un modèle, si on veut. Elles vont être un peu plus bien définies. Puis surtout, elles vont suggérer que la personne est restée immobile pendant l’acte. Et là c’est important cependant de préciser, je ne suis pas en train de dire que c’est des règles qui s’appliquent à tous les cas et à tous les coups, pas du tout, mais ce sont des lignes directrices qu’on peut prendre en considération. Et ce que je dis, c’est que c’est important de prendre en considération que, oui, c’est possible. Si, par exemple, une femme se présente devant vous, elle a un peu un décolleté et on peut voir des ecchymoses sur ses seins, c’est possible que ces marques résultent de pratiques BDSM. Non, ce n’est pas malsain parce que, comme je l’ai déjà mentionné à de nombreuses reprises, le BDSM se doit d’être consensuel. Donc, ce que je dis, c’est que si on demande à la personne, puis elle dit que c’est du BDSM, il ne faut pas juste se dire « Non, c’est impossible ». Oui, c’est possible que ce soit du BDSM puis que ce soit consensuel. 

Karen Uwase : Très bien. Et bien plus généralement, qu’est-ce qu’on peut faire pour soutenir les femmes qui pratiquent le BDSM? 

Sophie Doucet : Bien, notamment, il y a de nombreuses femmes qui pratiquent le BDSM qui sont victimes d’agressions sexuelles lors d’une scène, qui vont tout simplement refuser de parler de leur expérience par peur de devoir dévoiler des détails de pratiques consensuelles qui ont lieu pendant la scène, mais qui pourraient paraître aux yeux des intervenants ou des intervenantes, comme de l’abus, et donc, venir les discréditer. Comme par exemple, avoir accepté de se faire frapper au visage. Donc, tout ce qui est non consensuel, on s’entend, ça, c’est de l’abus. Mais ce qui est consensuel et violent dans le cadre de pratiques BDSM, c’est du BDSM, c’est consensuel, ce n’est pas nécessairement de l’abus. Aussi, c’est vraiment important que les intervenants et les intervenantes en violences sexuelles soient capables de faire au moins une distinction de base entre le BDSM et les abus, parce que les survivantes de violences sexuelles qui pratiquent le BDSM, parfois, ça se peut qu’elles aient de la difficulté à expliquer c’est quoi, la différence. Elles ne sont pas trop habituées, elles ont peur qu’elles vont se faire juger. Donc, si on veut pouvoir aider ces femmes-là, bien, il faut être en mesure d’avoir une compréhension au moins de base du BDSM si on veut qu’elles se sentent à l’aise de dévoiler des détails de leurs expériences. Puis aussi, je dirais, pour soutenir les personnes qui pratiquent le BDSM, tant les victimes, les survivantes de violences sexuelles, que juste, de façon plus générale, les personnes qui pratiquent le BDSM, bien, je dirais, c’est important de faire preuve d’ouverture d’esprit, puis de ne pas nécessairement tomber dans le jugement, puis surtout de ne pas tenter de créer un problème à tout prix à partir de quelque chose qui n’est pas problématique pour les personnes qui le pratiquent. Parce qu’on voit, des fois, dans les études, ça ressort que des personnes qui pratiquent le BDSM rapportent que les professionnels vont lier tous leurs problèmes au BDSM. Donc, si ces personnes-là, je ne sais pas, elles sont anxieuses, elles sont dépressives, elles ont des problèmes dans leur couple, bien là, elles vont se faire dire « Ah, c’est à cause du BDSM ». Alors que, comme on en a parlé vraiment longuement aujourd’hui, de façon générale, le BDSM va être très bénéfique, puis avoir des effets positifs pour les personnes qui le pratiquent. 

Karen Uwase : Je comprends. Bien, merci Sophie. 

Sophie Doucet : Merci. 

Karen Uwase : Eh bien, nous vous remercions de nous avoir écoutées et regardées, et nous remercions aussi les studios de Livestream Junkies dans lesquels nous avons enregistré. Et pour toutes informations supplémentaires, veuillez vous rendre sur ActionOntarienne.ca. 


Ressources

  • FetLive, réseau social pour la communauté BDSM, kinks et fétiches (en anglais) : https://fetlife.com/  

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