Transcription Balado Elles parlent – Épisode 3.01

Saison 3

Karen Uwase : Peut-on vraiment s’en sortir après avoir été une victime de harcèlement criminel? Pourquoi les femmes ont tellement de mal à recevoir de l’aide de la police? Et, de quelle manière les films et les fictions sont en train de nous mettre en danger? La réponse à ces questions et bien plus aujourd’hui dans Elles parlent, un balado pour découvrir, apprendre ou réapprendre des thématiques liées à la violence basée sur le genre. Et je suis votre animatrice Karen Uwase. Et aujourd’hui, Elles parlent de harcèlement criminel et sexuel avec Julie Lalonde.  

Karen Uwase : Bonjour Julie.  

Julie Lalonde : Bonjour.  

Karen Uwase : Pour les personnes qui ne te connaissent pas, est-ce que tu pourrais te présenter? 

Julie Lalonde : Oui, mon nom c’est Julie Lalonde. Je suis basée à Ottawa, mais je viens du nord de l’Ontario et je travaille depuis 22 ans pour mettre fin à la violence basée sur le genre au Canada, et je suis une aussi survivante de violences conjugales et de harcèlement criminel. Et j’ai écrit un livre au sujet de mon histoire, et j’essaie de vraiment utiliser mon expérience personnelle et mon expérience professionnelle pour mettre fin à la violence basée sur le genre au Canada. 

D’accord. Merci beaucoup de nous accompagner dans ce balado aujourd’hui. Et pour commencer, qu’est-ce qu’on entend parler par harcèlement criminel? 

Harcèlement criminel, c’est le terme légal au Canada pour ce que les gens connaissent comme du stalking ou se faire traquer. Alors, au Canada, pour faire preuve de harcèlement criminel, tu dois avoir la preuve que c’était du contact non voulu. Si tu as du contact répété et que tu avais peur pour ta sécurité ou la sécurité des gens autour de toi. Fait que c’est vraiment de suivre quelqu’un comme en personne. Sur l’Internet aussi, des messages, des appels téléphoniques, arriver à son bureau… C’est vraiment le fait de suivre quelqu’un quand la personne a dit non, puis on établit une limite, et tu continues quand même. 

Eh bien Julie, du point de vue de la victime, comment est-ce qu’une situation de harcèlement criminel commence? 

Le harcèlement criminel, souvent, ça arrive par un ex-conjoint ou, tu sais, une relation, tu casses avec quelqu’un, puis la personne continue à te suivre. Mais même des fois, c’est comme… Tu as sorti sur une date avec quelqu’un que tu as rencontré sur Tinder, tu n’as pas eu de connexion, tu disais à la personne… Sais-tu quoi? Je ne pense pas que c’est un bon fit pour moi. Puis la personne refuse d’accepter ton non. Moins de 12 % des gens des victimes de harcèlement criminel au Canada sont traqués par un étranger. Alors, ça arrive des fois que c’est vraiment quelqu’un que tu ne connais pas du tout, mais, la majorité du temps, c’est vraiment quelqu’un que tu as rejeté, puis qui refuse d’entendre ton non. Puis, de plus, c’est une forme de violence qui est très genrée. Alors, c’est important aussi de reconnaître que c’est vraiment l’idée que, dans notre société, des hommes qui entendent non, puis qui prennent ça comme… Non, je dois travailler plus fort pour avoir ton amour, ton attention, des choses comme ça.  

Karen Uwase : Un challenge. 

Julie Lalonde : Vraiment, je prends ça comme un challenge, c’est ça. Comme… Ah, tu as dit, non? OK, je vais essayer deux fois plus fort d’avoir ton attention. Puis je pense que c’est pour ça qu’on voit que huit sur dix victimes au Canada, c’est des filles et des femmes et neuf sur dix des stalkers, des abuseurs, c’est des hommes. Alors on sait que c’est vraiment une forme de violence genrée qui peut commencer assez lentement, que souvent on ne sait même pas que ça se passe, puis par le temps qu’on réalise… Hey, c’est pas juste une coïncidence que je te trouve au café où je vais souvent, ou à mon appart, des choses comme ça. Fait que, souvent, tu ne sais même pas que ça arrive jusqu’à temps que c’est comme, vraiment dans ton visage, puis ça peut durer très longtemps aussi, malheureusement. 

Karen Uwase : D’accord. Alors, emmène-nous. Quelle est l’évolution typique qui suit? Quand une femme ou une victime fait du harcèlement criminel, subit du harcèlement criminel. 

Julie Lalonde : Oui, je peux utiliser mon expérience personnelle comme exemple. Alors, j’étais jeune, j’ai commencé à sortir avec qui je pensais, qui était ma meilleure amie. On a sorti ensemble pour deux ans. Ça n’a pas pris longtemps pour que les choses deviennent très violentes. Le harcèlement, vraiment, comme le contrôle, la coercition, tout ça, a fait que ça a pris deux ans, mais j’ai finalement cassé avec lui. Puis immédiatement, quand il a su ce qui s’est passé, il était enragé. Et alors j’ai cassé avec lui pendant qu’il était absent pour la fin de semaine parce que je pensais… OK, je ne me sens plus en sécurité. Puis, la seconde qu’il est arrivé, puis qu’il a vu ma note ou ce que j’ai dit… Tu sais, je ne peux plus. Il était juste en rage et il a continué, a conduit autour de la ville d’Ottawa, a cogné à la porte de tout le monde qui me connaissait pour dire… Où est-ce qu’est Julie? Où est Julie? Où est Julie? Ça a duré plusieurs jours. Finalement, je l’ai appelé pour dire… Hey, relaxe, comme tu m’énerves, tu me fais peur! Puis, il était en larmes… Ah, je te manque beaucoup. Qu’est-ce que tu fais? Tatata. Puis, quand il a vu que j’ai vraiment établi une limite, puis que non, c’est non, je ne veux pas retourner avec toi… C’était m’appeler comme des douzaines de fois par jour. Arriver… Tu sais, je travaillais, j’étais jeune, je travaillais au mall, tu sais, je vendais des souliers, tu sais, comme, il arrivait là, il se promenait à l’école. J’étais à l’université. Il était à l’université. J’ai été voir, mes amis étaient là. J’ai fallu déménager plusieurs fois parce que, à un certain point, il a déménagé dans l’appartement derrière le mien. Puis je me levais en plein milieu de la soirée, puis il était là, devant la fenêtre. C’était horrible. 

Karen Uwase : Traumatisant. 

Julie Lalonde : Traumatisant. C’est une forme de torture psychologique, franchement.  

Karen Uwase : Définitivement.  

Julie Lalonde : Et puis, c’est difficile, souvent, de vraiment établir exactement ce qui se passe, de vraiment être capable de documenter les choses. Puis, pour moi, ça continue pour des années et des années. Alors, ça a vraiment commencé avec la rage pour lui de… Pourquoi tu as cassé avec moi? Puis là, tout d’un coup, c’était… Je suis en amour avec toi, puis je te manque, puis là, c’était… Je vais me blesser pour vraiment comme juste la manipulation de toute forme. Puis, on voit ça dans plein de cas où est-ce que les gens essayent, des hommes en particulier, à essayer plusieurs stratégies pour que tu retournes à sortir avec eux, que tu leur donnes de l’attention qu’ils cherchent. Puis ouais, c’est vraiment une forme de violence, de torture. Moi, je pense de mon côté, mais que souvent c’est difficile à vraiment comprendre d’une façon facile, comme la violence à caractère sexuel, des choses comme ça, parce que c’est comme, j’ai l’impression que quelqu’un me suit. 

Karen Uwase : Oui. 

Julie Lalonde : Mais je peux. Je sais qu’il est là, mais je ne peux pas. Tu sais. 

Karen Uwase : Il n’y a rien de tactile, il n’y a rien de visuel pour montrer au service autoritaire par exemple. 

Julie Lalonde : C’est ça. Puis, au Canada, parce que tu dois démontrer que t’avais peur, c’est aussi difficile parce que, dans mon cas, par exemple, parce que j’ai continué, j’ai continué à aller à l’école, je faisais, j’étais militante, j’avais des amis. Fait que, quand j’ai essayé d’avoir de l’aide de la police de leur côté, ils ont dit… OK, bien, c’est clair qu’il y a quelque chose qui arrive, mais t’es pas traumatisée. Ça ne se peut pas que t’es traumatisée parce que tu continues à vivre ta vie. C’est clair que c’était pas si pire que ça, parce que tu continues à faire la vie quotidienne, tu sais. Ouais. Fait que c’est aussi comme… tu te sens vraiment pris. Parce que, d’un côté tu veux être pris au sérieux. Tu veux que les gens comprennent que c’est vrai, que ça arrive, mais dans leur tête, ils ont une idée très typique de ça a l’air de quoi une victime. Puis aussi c’est quoi un abuseur? Parce que mon abuseur était un homme blanc, privilégié, très beau, très charmant. Il n’était pas vu comme quelqu’un qui était intimidant. 

Karen Uwase : Pas violent physiquement. 

Julie Lalonde : Pas violent. Pourquoi tu as peur de lui? C’est un homme. Il est tellement gentil, tu sais. Parce qu’il avait vraiment. Il était charmant. Oui, réellement. Fait qu’il était capable de convaincre les gens… Ah! Elle est folle! Allez vendre ça. Tu sais, j’ai pas fait ça. Tu sais, C’est ça. 

Karen Uwase : Typiquement, quelles sont les façons dont les situations de harcèlement criminel se terminent d’habitude. Dans ton cas ou dans d’autres cas. 

Julie Lalonde : Souvent, c’est rare que c’est la prison, franchement. Mais c’est vrai, comme c’est une forme de violence qui est aussi un crime, souvent, malheureusement, c’est comme, la personne commence à sortir avec quelqu’un d’autre. Fait que, comme paye attention à quelqu’un d’autre. Pour moi, dans mon cas, ça a duré dix ans, puis ça s’est juste terminé parce qu’il est décédé. Il est arrivé un accident, puis il est décédé. Et c’est seulement à cause de ça que je peux être ici aujourd’hui pour en parler. Parce que, pendant que ça se passait, c’était trop dangereux pour moi pour en parler. Même étant une femme blanche éduquée, j’ai une plateforme pour parler de ces choses-là. J’ai travaillé pour longtemps avec un gros secret parce que, en en parlant de ce qui m’est arrivé, ça aggravait la situation parce que ça lui montrait que j’ai payé attention. Que… Ah, j’ai essayé de communiquer avec elle. Puis c’est clair qu’elle peut voir ce qui se passe. Et aussi la menace de… Si tu parles de moi, je vais aggraver les choses, je vais te faire payer pour l’attention que tu me donnes, tu sais. Ça fait que j’ai vraiment vécu en silence, pour longtemps. Puis c’était juste au cas qui est décédé, que j’ai eu la liberté de vraiment briser le silence, puis de dire… Ça m’est arrivé à moi, puis ça peut arriver à moi, puis que tu me vois sur la télé, puis tu me vois en train de faire plein de choses, puis j’avais pas la capacité d’en parler. Tu peux t’imaginer le montant de gens qui vivent ça présentement et qu’il n’y a personne autour d’eux qui sait vraiment que ça arrive et que ça arrive à un niveau assez extrême, tu sais. Parce que même les gens dans ma vie qui savaient que ça se passait, c’est juste quand il est décédé qu’ils ont réalisé… Woah, c’était majeur là. C’était pas juste comme… Il est achalant là. Parce que moi, j’avais même moi-même banalisé l’expérience. Parce que je ne voulais pas inquiéter les gens autour de moi, tu sais. 

Karen Uwase : Et tu voulais continuer à avoir une vie normale, la plus normale possible. 

Julie Lalonde : C’est ça. C’est ça. Puis je ne voulais pas être mon identité, être la personne qui est la victime. Tu sais, je veux être connue comme quelqu’un qui est intéressant, qui a plein de choses à vraiment donner au monde, pas juste à la victime avec la vie traumatisante. J’étais comme… Non, non. 

Karen Uwase : Ouais, comme les autorités voudraient. 

Julie Lalonde : C’est ça, C’est ça. 

Karen Uwase : D’abord, merci encore beaucoup pour ta vulnérabilité. C’est… c’est très apprécié. Et typiquement, quels sont les effets sur la victime de vivre une telle violence? 

Julie Lalonde : C’est vraiment une forme de violence psychologique qui n’est pas assez bien connue. Ces jours-ci, on parle beaucoup du gaslighting. L’idée de la personne, vraiment, te convaincre que la réalité n’est pas vraiment la réalité. Puis tu doutes. Puis, je pense pour moi le harcèlement criminel, c’est comme la forme typique du gaslighting, parce que lui, il faisait plein de choses que moi, je lui disais… Mais pourquoi t’as fait ça? Puis il a dit… J’ai pas fait ça, moi, c’était juste du déni. Pis là je disais aux gens autour de moi… Non, il a réellement déménagé dans l’appartement derrière ma maison. Il me regarde dans la fenêtre le soir, puis les gens disent… C’est pas possible, c’est la folie, c’est pas possible. Puis là, toi, tu doutes, puis tu dis… OK, j’étais endormie, puis j’ai juste comme rêvé. Ça c’est pas vrai. Tu sais, peut-être, c’est juste une coïncidence qu’il est toujours ou est-ce que moi je suis, tu sais? Fait que c’est vraiment, vraiment facile de perdre ta voix, puis de perdre même comme ta confiance en toi-même. Parce que tu te doutes. Puis tu penses… Peut-être que je suis folle. 

Karen Uwase : Ta sanité. 

Julie Lalonde : C’est ça. Comme, réellement je me disais, c’est ça le but. Tu sais, je vais la traiter d’une façon où elle, elle va se sentir folle. Puis là, quand elle, elle essaie de se défendre, je vais dire… Tu peux pas la croire, elle est folle, tu sais. Fait que c’est comme une autre forme… 

Karen Uwase : Tu perds de la crédibilité. 

Julie Lalonde : C’est ça. Puis moi, ça fait presque dix ans qu’il est décédé, puis je souffre quand même de SSPT. Je fais de la thérapie à chaque semaine. Je fais de la thérapie physique aussi, parce que le traumatisme a eu un effet sur mon corps physique. Tu sais, mon cou, j’ai des problèmes de cou, j’ai des problèmes de muscles parce que j’étais vraiment comme ça pour comme des années, là, tu sais. Puis ça prend beaucoup, beaucoup de travail pour être capable de guérir, mais je peux te dire que c’est possible, puis c’est du travail, comme… c’est réellement du travail d’être capable de se croire, mais aussi d’avoir, comme, le système calme, puis de se sentir après. Ouais. Puis, pour moi, je prends. Tu sais, je dois prendre des pilules chaque soir pour être capable de me coucher. Parce que j’ai des cauchemars, comme, toujours, toujours. Je n’aime pas être en grande foule. Par exemple, quand je m’assis à un restaurant ou un café, je dois avoir le dos à un mur parce que je n’aime pas avoir la porte proche de moi. Parce que, tu sais, comme, toutes des choses qui m’est arrivé. 

Karen Uwase : Tu veux être en contrôle, c’est ça? 

Julie Lalonde : Puis je veux être capable de voir… OK. Qui est autour de moi? Parce que c’était réellement. Tu sais, je suis à un Starbucks, puis je me tourne, puis il est là, puis il m’a suivi, puis je ne le savais même pas, tu sais, fait que c’est comme tellement difficile de convaincre ton corps, ton cerveau et ton esprit, franchement que… Non, il est décédé. Tu es correcte, il est décédé. T’es correcte, tu sais. Fait que ça prend beaucoup, beaucoup de travail. Puis, pour moi, c’est super important de parler de cette partie-là, parce que, souvent, d’autres survivantes vont voir… Tu sais, je fais des présentations, tu sais, je suis conférencière, puis les gens vont penser… OK, ben moi, je ne peux pas me lever sur une estrade puis parler de mon histoire. Fait que c’est clair que je suis faible ou que j’ai pas fait assez de travail, et c’est pas juste que je me suis levée un jour et que j’avais la capacité de le faire. Ça a pris du travail et je pense qu’il faut être honnête avec le niveau de travail que ça prend, puis le fait que ça coûte cher aussi. C’est sûr que moi, j’ai payé comme des milliers de dollars pour la thérapie, puis pour la physiothérapie, puis plein de choses pour être capable de guérir, puis d’être quelqu’un qui est capable de faire ce que je fais, d’en parler avec toi aujourd’hui, puis de ne pas me sentir comme blessée par l’expérience. Puis je pense, ouais, je pense comme victime, puis survivante. On a vraiment, je pense, on doit être honnête avec les gens, avec notre cheminement quand ça vient à la guérison. 

Karen Uwase : C’est ça. Wow! Impressionnant. Et typiquement, quels sont les signes que toi, tu as remarqué dans ton expérience ou dans celle des femmes que tu as pu côtoyer dans ta profession, de quelqu’un qui est en train typiquement de vivre du harcèlement criminel. 

Julie Lalonde : Alors qu’est-ce que les gens vont voir comme… Ah tu as vraiment… t’es énervée là, où tu as, comme, beaucoup d’anxiété, où t’es stressée par des petites choses? Quelqu’un qui est vraiment… Ah qui est là? Qu’est-ce qui arrive? Tu sautes très facilement, comme si tu étais dans la même maison avec moi. Puis tu rentres dans une salle. Il faut annoncer… il faut annoncer ta présence parce que, sinon, je vais sauter hors de ma peau comme… euh… vraiment inquiète au sujet de leur vie privée dans le sens de, tu sais, je veux partager. Je me sens pas à l’aise de partager mon numéro de téléphone, ou mon courriel, ou mon adresse, par exemple. Quelqu’un qui est vraiment, euh, tu sais, quel téléphone, il sonne, puis le numéro, il n’est pas annoncé, puis on a comme… Qui est là? Tu sais, comme, on est vraiment, on anticipe plein de choses parce qu’on est comme toujours, prête pour tout, là. Fait que c’est vraiment ce que les gens trouvent comme intense, mais c’est vraiment parce qu’on ne sait pas ça vient d’où l’attaque, tu sais? Fait qu’on est vraiment… Et on s’isole. 

Karen Uwase : C’est ça. 

Julie Lalonde : On s’isole. 

Karen Uwase : C’est ce que j’allais dire. Tout le monde est suspect? 

Julie Lalonde : Oui. 

Karen Uwase : Et donc c’est très isolant comme…  

Julie Lalonde : C’est ça. Puis les gens, tu sais, puis, dans mon cas, par exemple, les gens m’envoient un message sur Facebook, tu sais, je les connaissais pas depuis l’école secondaire. Hey Julie, je t’ai vue aux nouvelles, comment ça va? Puis je suis comme… Pourquoi tu me demandes ça? À qui tu donnes ça? À qui tu donnes l’information? Comme, j’étais vraiment comme… je voyais juste des mauvaises intentions. Puis c’est pas… Moi, naturellement, je suis une personne très ouverte. Puis, tu sais, je viens d’un petit village où on connaît tout le monde, puis…. 

Karen Uwase : T’inquiète, ça se voit à la caméra. T’es hyper agréable. Elle est hyper agréable. 

Julie Lalonde : Puis je suis juste vraiment quelqu’un qui veut comme sourire aux gens puis être vraiment.. Mais je suis vraiment comme… Ça te rend défensive, toujours. Comme, tu te sens toujours sous une attaque de quelque sorte. Parce que tu sais pas ça vient d’où. Parce que c’est pas toujours nécessairement cette personne-là uniquement qui est en train de vous attaquer; ça peut être leurs amis, leur entourage. Tu reçois, tu sais, quelqu’un qui veut te suivre sur Instagram, puis t’es comme.. Oh, je reconnais pas c’est quoi le nom? C’est qui? Ça vient d’où? Fait que ça crée vraiment comme une intensité, puis, je pense, une énergie très défensive, que les gens sont comme… Relaxe. Puis je suis comme, je veux relaxer, mais je ne suis pas capable. 

Karen Uwase : Franchement, c’est le plus relax que tu peux être. Faut que les gens soient plus compréhensifs. 

Julie Lalonde : C’est ça. Ça fait que je pense avoir vraiment la compassion de reconnaître que… Ça vient de quelque chose. C’est pas ma faute que je réagis comme ça. C’est parce que j’ai beaucoup d’expériences qui me montrent que, si je suis trop ouverte ou que je partage plein de choses avec ma vie, tu sais… Lui, il trouvait des gens pour me poser des questions, puis il retournait pour dire… Ah, j’ai entendu que Julie, elle faisait X, Y, Z. Parce que moi, je l’avais bloqué, tu sais. Fait que je ne pourrais même pas prendre comme un petit bonjour agréable sans me dire… Ah, ça vient d’où, tu sais? Puis que les gens sont comme… Ah ben, tu sais, un petit peu bitch même, tu sais, comme un petit peu comme… Wô là. 

Karen Uwase : Il veut prendre tes nouvelles. 

Julie Lalonde : Oui, oui, c’est comme… j’essaie d’être polie, tu sais. Pourquoi tu réagis comme ça? Mais c’est parce que tu te sens toujours sous attaque, puis t’es toujours en train de te défendre, même si c’est pas vraiment une attaque. Tu sais, c’est très difficile pour les gens autour de nous de comprendre, mais je pense que c’est pour ça que les discussions d’aujourd’hui sont importantes, pour que les gens savent. Ça vient de quelque chose. C’est pas la folie, là, ça. C’est réel. C’est notre expérience. Et nos réactions sont… Ils font de l’allure. Comme, ça fait de l’allure quand tu connais le contexte. 

Karen Uwase : Mais oui. Je t’écoutais parler et je me disais, typique, comment tu t’es présentée. Tu es très agréable, tu es très ouverte et je me disais, point de vue de l’agresseur, typiquement, en situation de harcèlement criminel, est-ce que tu penses qu’il y a un profil typique du type de personne qui devient un harceleur? 

Julie Lalonde : Non, je pense que c’est vraiment… Comme j’ai dit, neuf harceleurs sur dix au Canada, c’est des hommes. Je pense que ça dit beaucoup du fait que ses hommes, souvent, sont élevés dans une société où ce qu’ils font dire… Ils n’ont jamais été dit non, tu sais. Puis, dans le cas de mon agresseur, c’est un homme qui était blanc, il était élevé avec de l’argent. Il a, tu sais, il avait de l’argent, une famille assez riche, assez bien reconnue dans la communauté. S’il voulait faire quelque chose, il pouvait le faire. Il avait de l’argent, puis, tu sais, la capacité de faire ce qu’il voulait. De hockey? Je vais faire du hockey. Je veux faire ça. Je veux faire ça. Puis moi, je te veux, puis tu me dis non. Non, moi, si je veux quelque chose, je peux l’avoir. Je me dois, tu sais. Fait que c’est vraiment, je pense, cette idée-là que… Non, si je le veux, c’est à moi de l’avoir. Puis on voit ça, je pense, ça dit beaucoup de la masculinité dans notre société, où est-ce que c’est vraiment comme… Que ça soit dans le monde des affaires, le monde des sports, le monde des arts même. C’est comme… Non, non, c’est ma chance. C’est… Moi, je me dois. Je pense que c’est ça qu’on voit, c’est que… Ben non, tu ne peux pas me dire non. Pourquoi tu me dis non? Non, je mérite d’avoir toutes les choses au monde que je veux avoir et de ne pas reconnaître quoi faire. Je pense en particulier… Avoir des discussions. La chose qui manque, c’est des discussions avec des jeunes hommes sur quoi faire quand vous êtes rejeté, tu as le cœur brisé, ton ego est un petit peu blessé, un petit peu. Qu’est-ce que tu fais avec ça comme femme? Moi, j’ai été élevé de dire… Écris des poèmes tristes. 

Karen Uwase : Écoute des chansons tristes. 

Julie Lalonde : Écoute des chansons…. Adèle, tu sais. Écoute Adèle, tu as le cœur brisé. Adèle est là pour t’aider, tu sais. 

Karen Uwase : Adèle, elle a fait de l’argent. 

Julie Lalonde : C’est ça. Puis je dis ça toujours, tu sais. Comme moi… Adèle, elle avait le cœur brisé. Pis maintenant elle a des millions de dollars. Pourquoi t’as pas pris ton temps? Oh, j’ai le cœur brisé. Je me sens tellement en douleur. Écris de la musique. Fais quelque chose de productif avec ta vie. Au lieu de dire non, c’est ta faute. Tu me dois ton temps, ton attention, ton corps, ton esprit, ta ta ta. Et sinon, je vais faire que ta vie est horrible. Parce que si je ne peux pas t’avoir, personne ne peut t’avoir. Et c’est pour ça que je pense, même au niveau minimum, le harcèlement criminel, c’est achalant, ça nous fait peur, ça nous énerve, mais ça peut aussi nous tuer. Tu sais, comme c’est une forme de violence, réellement une forme de violence. Tu sais, c’est vraiment aussi le plus gros drapeau rouge que ta vie est en danger. C’est vraiment cette idée-là que, si je ne peux pas t’avoir, personne ne peut t’avoir. Et, souvent, ça mène à des femmes… Se faire assassiner par des gens qui se sentent vraiment comme… Non, je suis tellement fâché contre toi. 

Karen Uwase : Si je ne peux pas l’avoir, personne ne peut l’avoir. 

Julie Lalonde : Personne ne peut l’avoir. Et au minimum, c’est si moi, je ne peux pas avoir la paix. Toi, tu ne peux pas avoir la paix. C’était vraiment ça aussi pour moi, l’expérience. Puis, encore une fois, c’est ça qui est une forme de violence tellement psychologique. C’est parce que je savais. Puis il y avait un certain point où moi, je me disais… Fais juste me tuer. Fais juste me tuer parce que ça n’arrête pas. Puis, je le sais, éventuellement, tu vas me tuer. Alors peux-tu le faire tout de suite? Puis ça, c’est une idée que j’aurais jamais dans ma vie pensé d’avoir ça dans la tête. Je suis une personne qui a beaucoup de joie de vivre. Ma mère était un clown professionnel. 

Karen Uwase : Oh! J’adore! 

Julie Lalonde : Fait que moi, la joie de vivre, j’en ai en masse. Puis je suis une personne qui adore ma vie. Mais, à un certain point, pour des années où est-ce que je me disais comme… Ça ne va jamais arrêter! Alors, s’il vous plaît, faites juste, enlève-moi de la situation, là. Comme, je ne peux plus… Puis, ça vous change, comme un individu. Tu sais. Mais c’est parce que c’est une forme de torture, que tu penses que ça ne va jamais arrêter. Puis ça vient vraiment de cette idée-là que… Non, non, non, tu appartiens à moi. Alors, je peux faire ce que je veux à toi parce que tu m’appartiens. C’est pour ça que c’est tellement genré. C’est pour ça que les femmes et les filles ne sont pas les personnes qui sont la majorité en train de faire ça, parce qu’on n’a pas été élevées de prendre la réjection comme une attaque. C’est vraiment comme… Non, c’est moi, je n’étais pas assez belle, je n’étais pas assez mince, je n’étais pas assez cool. Au lieu de… Des hommes et des garçons, c’est comme… Non, non, non.  

Karen Uwase : J’ai tout pour moi. 

Julie Lalonde : Tout pour moi. Le monde existe pour moi, c’est comme… 

Karen Uwase : Est-ce qu’ils ont tort? 

Julie Lalonde : C’est ça, c’est ça. Puis, comme j’ai dit, en particulier, c’est un homme blanc avec l’argent, qui avait tout ce qu’il voulait au monde. Ses parents n’ont jamais dit non. Il était jeune, il était très beau, très charmant, athlète. Tu sais, il était comme.. Non, le monde m’appartient. Puis, que tu me dis non, c’est pas possible, t’as pas le droit de dire non. 

Karen Uwase : Mais ça reste quand même un peu un profil typique des hommes. Je comprends ton point de vue. C’est les hommes, c’est eux qui ont été élevés à avoir tout dans la vie. Je comprends, mais c’est vraiment un profil des hommes qui ont été élevés d’une certaine manière. 

Julie Lalonde : Oui.  

Karen Uwase : Donc… Mais sinon, je vois, je comprends. Mais d’après toi, est-ce qu’il y a d’habitude un élément déclencheur pour que ces agresseurs commencent tout simplement à harceler? 

Julie Lalonde : Oui. Fait que c’est souvent se faire rejeter. Que ce soit, la personne a cassé avec toi, la personne a dit je ne suis pas intéressée. Comme, je l’ai dit, tu vas sur une date, puis tu dis… Oh, pas de connexion, puis la personne est comme… Ben non, mais même, tu sais, il veut sortir avec moi, puis la personne a dit non, puis là c’est comme… Ben, voyons, pourquoi tu me dis non? 

Karen Uwase : Donc, c’est vraiment basé dans la réjection. 

Julie Lalonde : C’est vraiment basé sur ce point-là. Absolument. Il y a certains cas où ce que c’est… En particulier, comme, des célèbres, par exemple, on entend souvent, tu sais, des célèbres qui ont des stalkers, tu sais, on entend ça, c’est comme typique, puis les gens, c’est ça qui arrive quand vous êtes fameuse, puis, dans ce cas-là, c’est une forme de harcèlement qui est moins… Moins commun. Mais c’est l’idée que, dans leur tête, on est en relation. Oui, dans ma tête, comme, tu sais. Taylor Swift par exemple, elle a eu plein de stalkers. Épeurant. Comme, une fois, elle est retournée chez eux, et il y avait un homme couché dans son lit et il a été poursuivi par la police. La journée même qu’il est sorti de la prison, il a retourné chez elle faire la même chose. Pis, pour lui, c’était… Non. Je suis le mari de Taylor Swift. OK, mais c’est clair que tu ne vas pas bien, tu sais. Mais la majorité du temps, c’est vraiment… Tu m’as rejeté, puis je ne peux pas prendre le non. 

Karen Uwase : OK, donc c’est soit de l’illusion, soit de la réjection. 

Julie Lalonde : C’est ça.  

Karen Uwase : OK, on ne va pas s’en sortir. Imaginons… Et je touche du bois. J’ai un ami qui est… typiquement… commence à harceler une personne que je ne connais pas ou une personne que je connais, mais une victime. Typiquement, comment est-ce que je peux le voir? Est-ce que tu penses qu’il y a des signes précoces? Tu sais, des tout débuts où je peux m’en apercevoir, ou d’autres peuvent s’en apercevoir. 

Julie Lalonde : Oui, absolument. C’est super important de parler du rôle des alliés. Puis qu’est-ce qu’on peut faire? Parce que, souvent, les gens disent… Comment je peux soutenir une victime? Puis, on parle rarement de quoi faire si c’est mon ami qui est en train de le faire. Alors, je pense que c’est super important de parler de quoi faire avec ses grosses émotions quand on se sent rejeté. Oui, tu es en amour avec elle. Oui, tu penses que c’est l’amour de ta vie. Je suis tellement désolée que ça ne s’est pas bien passé, mais faut respecter ses limites. Puis des signes, des petits, souvent, comme tu dis, des petits drapeaux rouges, tu sais, de reconnaître qu’ils posent souvent des questions au sujet d’eux. Continuer à les suivre sur les médias sociaux. Ah, elle m’a bloqué, fait que j’ai créé un autre compte parce que je veux juste savoir qu’est-ce qu’elle fait. Oh, tu sais, je vais juste aller voir au café où est-ce qu’elle va fréquenter pour voir si je peux la rencontrer et la convaincre. Il y a aussi… il n’y a pas un terme excellent français, mais en anglais, on dit grand gesture qui est vraiment comme… Je vais acheter des fleurs, puis je vais me poser devant son appart pour dire à Julie… Retourne à moi, je t’aime beaucoup. 

Karen Uwase : Ou à son travail. 

Julie Lalonde : À son travail. On lui envoie des fleurs, des chocolats, des lettres d’amour. C’est vraiment l’idée que je vais me déclarer et c’est ça qui va avoir réalisé que, oui, c’est vraiment l’homme pour moi, tu sais. Alors, la façon qu’on parle et qu’on pense de la romance aussi, je pense, ça dit beaucoup de comment est-ce qu’on a créé les conditions pour le harcèlement, parce qu’il y a plein de films souvent visés sur les ados qui parlent de, tu sais… Oh, durant le film, oh je l’aime beaucoup, j’ai un crush réel, puis, par la fin, je suis.. Au prom, par exemple, avec des fleurs, puis une bannière, puis je dis… Je suis en amour avec toi. Puis là, elle, dit OK, je ne t’avais jamais remarqué avant aujourd’hui. Puis là on est en amour, tu sais. C’est bon, c’est bien bon. Dans un film. Mais la réalité, c’est que ça, ce n’est pas comme ça qu’on se sent quand ça nous arrive en vraie vie. Puis je pense… Faut reconnaître que c’est pas la romance, c’est une forme de violence, c’est le harcèlement, ce n’est pas voulu, il n’y a pas de consentement, tu ne peux pas avoir du… Comme, c’est pas la romance quand il n’y a pas de consentement.  

Karen Uwase : Ouf. Consentement, c’est un terme qu’on aime beaucoup, moi et mon auditoire. Donc… 

Julie Lalonde : Je pense que, même quand on parle du consentement, tu sais, dans le travail de la sensibilisation sur la violence à caractère sexuel, par exemple, on parle de.. Non, c’est non, mais on ne parle pas aussi de quoi faire quand on entend un non, puis on se sent blessé. Oui, c’est ça. Et aussi de reconnaître que faut parler de la réjection quand on parle du consentement, parce que les deux vont ensemble, tu sais, puis de reconnaître que le consentement, c’est pas juste pour le sexe, c’est aussi… Je ne veux pas parler avec toi. Arrête de communiquer avec toi. J’ai dit non. Tu sais, respecter les limites des gens. C’est beaucoup plus que juste dans un contexte sexuel aussi, là, tu sais. 

Karen Uwase : C’est ça. Et on a très clairement compris de quoi il s’agissait quand il s’agit d’un comportement de harcèlement criminel. D’après toi, est-ce qu’il y a des exemples de comment on l’a normalisé dans les médias? Parce qu’on a parlé dans les films, mais les médias? 

Julie Lalonde : Oui, puis il y a de la recherche là-dessus, en plus. C’est pas juste comme, notre petite théorie. Tu sais, il y a la recherche, docteur Lipman aux États-Unis, qui a fait la recherche sur l’impact des films romantiques, pas juste sur les hommes, mais aussi sur les jeunes femmes. Et ce que ça a remarqué… Sa conclusion était que, quand on voit des choses comme… Non, ce n’est pas vraiment non, c’est « essaie plus fort ». Que tu peux convaincre quelqu’un d’être en amour avec toi, tu peux convaincre quelqu’un de te trouver cute. Tu sais? Que ça montre à des jeunes hommes et des garçons, c’est ça qu’on doit faire pour avoir l’amour dans sa vie. Mais je pense qu’il est aussi important de connaître, c’est que ça montre à des jeunes femmes et des jeunes filles que c’est ça, la romance. Que quand quelqu’un est obsédé avec toi, c’est un signe d’amour. Puis, la chose que je partage toujours de mon expérience, avec des jeunes femmes, c’est que oui, il y a une certaine partie de toi qui te sens comme… Wow, il est vraiment en amour avec moi, tu sais? Il me poursuit. On veut l’effort. Tu sais, souvent, comme femme, si tu sors avec des hommes, c’est comme, la chose qui manque, c’est l’effort, tu sais. Fait qu’on dit… Ben, il fait un effort. Il essaie de me convaincre. Mon Dieu! Puis, j’ai entendu ça. Des gens autour de moi, d’autres femmes, qui me disaient… Moi, j’adorerais ça. Si quelqu’un serait si en amour avec moi, qu’il ferait n’importe quoi pour être en amour avec moi. Puis, qu’est-ce que ça fait, c’est que nous, comme femmes, qui sont victimes, on banalise nos expériences ou on se dit, tu sais, mon instinct m’a dit, comme, je me sens un petit peu, je ne suis pas correct avec ce qui se passe. 

Karen Uwase : La société, les gens de mon côté. 

Julie Lalonde : C’est ça. Les gens me disent… C’est un compliment. Quelqu’un est obsédé avec toi, c’est un compliment. Puis, qu’est-ce que je dis toujours, c’est… Je peux te le dire, du côté d’une personne qui était obsédée avec moi, là, tu n’es pas une personne, tu n’es pas un être humain. J’étais un objet, un objet qu’il voulait avoir, puis le mettre sur le stick. Puis c’est mon objet. Elle m’appartient.  

Karen Uwase : OK. J’ai accompli ça, j’ai accompli ça, j’ai accompli ça. Maintenant j’ai Julie.  

Julie Lalonde : C’est ça. 

Karen Uwase : Ou je veux Julie. 

Julie Lalonde : Ouais, c’est ça. Puis, ce n’est pas un compliment, c’est vraiment… Tu es un objet, puis… Mais les gens autour de toi, à cause de la façon qu’on parle de la romance… Puis, je pense aussi, comme, comme femme aussi, quand on le regarde d’une façon intersectionnelle aussi, si tu es une femme qui a été élevée pour dire que tu n’étais pas belle, tu n’étais pas voulue. Que quelqu’un soit en amour avec toi, c’est comme… Ah ben, tu sais, c’est mieux que rien. Puis, tu sais… 

Karen Uwase : C’est pas difficile. 

Julie Lalonde : C’est ça. Puis, comme, hey soit contente que quelqu’un te paie attention! Parce que tu n’es pas belle ou t’es X, Y, Z. Tu sais, il y a aussi cet élément-là aussi de, comme… OK, ben, tu sais, je l’aime pas beaucoup, mais il me paie attention. Puis les gens me disent qu’il n’y a personne qui va me payer attention, fait que je dois continuer avec ça. Au lieu… ou juste aussi reconnaître, je pense, l’autre élément de société qui fait que c’est un problème, c’est vraiment l’idée que… que d’être en amour avec quelqu’un, c’est de donner tout à la personne, puis que tu n’as pas le droit d’avoir une vie privée, tu n’as pas le droit d’avoir ta vie personnelle. Moi, j’ai mes amis avec qui je me tiens, puis c’est séparé de mon conjoint, par exemple. Ça fait toute partie d’un monde où est-ce que, comme femme, on est censées vraiment avoir les hommes comme la chose centrale dans notre vie. Alors c’est ça qu’il veut, c’est ça que je vais faire. Puis, l’autre chose aussi du côté masculin, je pense, c’est parce qu’on vit dans une société où est-ce que les hommes ne peuvent pas avoir accès à leurs émotions, comme la douleur, le cœur brisé, des choses comme ça. Les gens peuvent manipuler la situation. De mon côté, ce que je dis aux gens toujours, c’est que mon ex était devant mon appart deux, trois, quatre, cinq ans après que j’ai cassé avec lui. Des larmes aux yeux, des fleurs, me disant… Retourne à moi, Julie, retourne à moi, Julie. Les gens trouvaient ça romantique. Moi, comme femme, si j’étais devant l’appart de mon ex, deux, trois ou cinq ans après qu’il a cassé avec moi. Puis je suis là en train de pleurer… Retourne à moi. Est-ce que les gens trouveraient ça romantique? Non. 

Karen Uwase : Non. 

Julie Lalonde : Les gens diraient… 

Karen Uwase : T’es désespérée. 

Julie Lalonde : C’est ça. Elle a des problèmes. 

Karen Uwase : Passe à autre chose. 

Julie Lalonde : C’est ça. Elle n’est pas bien. Elle a des problèmes de santé mentale. Elle est folle. Appelle la police. Fait que je pense que ça dit beaucoup de la façon qu’on parle de qui peut être vulnérable. Et si, comme un homme, je n’ai pas le droit d’être triste. Ben, quand je suis triste, les gens vont trouver ça courageux. Au lieu de… 

Karen Uwase : Ah, il est vulnérable. Il a ouvert son cœur. 

Julie Lalonde : Au lieu de reconnaître… Non, il est en train de manipuler la situation. Il n’est pas triste. Il est fâché contre moi, mais il sait que, si je montre la rage, les gens vont le voir comme violent. Mais s’il montre des larmes, les gens vont dire… Oh mon Dieu! La police m’a dit ça, tu sais. Ils l’ont appelé et ils ont dit… Oh! Il est en larmes. Julie, tu as brisé son cœur. Je suis comme… Non, non. Puis la seconde qu’il a accroché avec la police, il m’appelait, ta ta ta. Me criait à tue-tête. J’étais comme, OK, ben il n’a pas l’air trop triste, tu sais. Mais il savait. Il savait comment manipuler la situation. Parce que, hey, un homme qui montre la tristesse, c’est un homme qui est brave. 

Karen Uwase : Ouais. C’est lourd. 

Julie Lalonde : C’est lourd, ouais. 

Julie Lalonde : Julie, d’après toi, comment on peut défaire cet aspect-là de notre culture? Comment est-ce qu’on peut changer nos histoires classiques d’amour? 

Julie Lalonde : Je pense que c’est d’avoir des discussions honnêtes avec tout le monde, franchement. Mais, en particulier, si on a des ados, des enfants dans notre vie, de leur parler honnêtement de, tu sais, quand tu regardes un film de Fast and Furious, puis tu vois Vin Diesel qui conduit un char à travers d’un pont, à travers d’un train, à travers d’un édifice, on reconnaît que c’est juste un film. Tu sais, c’est du fun, puis on s’amuse, mais c’est pas vrai. 

Karen Uwase : C’est de la fiction. 

Julie Lalonde : C’est la fiction. On ne va pas faire ça dans la rue demain, tu sais. Puis, je pense qu’on doit approcher les discussions de romance de la même façon. Tu sais, je pense, pas juste les films, mais de plus en plus depuis la pandémie, les romans romantiques, c’est aussi très populaire. Il y a beaucoup de personnes qui sont en train de lire du Colleen Hoover, puis des choses comme ça. 

Karen Uwase : Puis des gourous des relations en couple sur les réseaux sociaux, il y en a 6000! 

Julie Lalonde : C’est ça. Tu vas regarder comme, Love is Blind, puis, comme plein de, tu sais, comme, il y a plein d’exemples de romance dans la culture, puis c’est correct pour moi. Comme, tu sais, tu veux débrancher ton cerveau à la fin de la journée, puis regarder ça. Amuse-toi bien et lis ton livre. Mais je pense qu’il faut en parler d’une façon honnête. De dire… C’est la fiction, là, ce n’est pas vrai. Puis, dans la vraie vie, quelqu’un qui se prononce devant ton appart avec des fleurs, puis qui est en train de te crier… Oh mon amour, mon amour! C’est épeurant. C’est… ça nous énerve. Ce n’est pas cute en vraie vie. Puis, je pense qu’il faut juste en parler de cette façon-là. Parce que, souvent, les gens pensent que moi, par exemple, je suis une personne qui va dire… Mets fin à la romance. Tu sais, comme, c’est des rom-coms qui sont le problème. Puis, non, c’est pas vrai. Les gens… faut trouver de la joie dans la vie, tu sais. Puis moi, j’aime ça lire des romances, j’aime ça regarder ces choses-là. Mais il faut reconnaître que, moi, j’ai la capacité d’avoir l’analyse, de reconnaître que c’est la fiction. C’est pas vrai. Mais souvent, on ne donne pas des messages au sujet de la romance. Peut-être on va parler aux enfants au sujet du consentement, mais on ne va pas parler des relations saines. Ça sert à quoi? 

Karen Uwase : Oui, justement. 

Julie Lalonde : C’est ça. Puis comme, ça sert à quoi les petits drapeaux rouges aussi? Oui, de reconnaître, parce que, souvent, notre discussion est limitée à… Si quelqu’un vous attaque d’une façon physique. Puis, on parle du côté physique seulement. Puis, même moi, j’ai été élevée dans une famille très féministe. Mes parents sont super féministes. J’ai été élevée de savoir comme j’ai de la valeur comme personne. Puis, ta ta ta.  

Karen Uwase : Ça se voit. 

Julie Lalonde : Merci. Mais quand même, moi aussi, j’avais en tête l’idée que, ben, il n’est pas en train de m’attaquer d’une façon physique. Ce n’est pas l’abus physique. Fait que je n’ai pas des remèdes, fait que, pour moi, c’est comme si ce n’est pas si pire que ça. Puis ,moi-même, quand j’ai travaillé comme intervenante, on voyait ça, des femmes qui rentraient pour chercher du soutien, puis qui parlaient des histoires comme horrible, comme, niveau de comme, wow, tu ne peux pas… Puis, même eux se disaient… Mais je sais, quelqu’un, tu sais, il y a pire. Plus pire que moi. Puis, est-ce que j’ai le droit d’être ici? Est-ce que je suis en train d’enlever des services de quelqu’un d’autre? La comparaison. Oh mon dieu, la comparaison. On banalise, on vit dans le déni. Alors vraiment, d’être honnête, de parler de…. C’est vraiment un continuum de choses, des relations violentes et toxiques. Puis, on peut quitter n’importe lequel temps que… Le mot non, c’est une phrase au complet. Pas besoin de justifier. 

Karen Uwase : À 100 %. 

Julie Lalonde : De donner un monologue de pourquoi je ne veux pas être avec toi, comme, je ne veux pas être avec toi. Ça ne fonctionne pas. Il n’y a pas de connexion. C’est assez, comme, je te souhaite bien dans le monde, mais laisse-moi tranquille. Puis, je pense que ces discussions-là, qui sont un petit peu plus nuancées, que non, c’est non. Puis ne laisse pas les gens te toucher, je pense que ça nous aiderait énormément de reconnaître que, oui, ça commence pas tout de suite. L’abus, c’est lentement, pas vite. 

Karen Uwase : C’est une évolution. 

Julie Lalonde : C’est une évolution. Exactement. Puis que c’est correct d’aimer ces choses-là, comme la romance, des choses comme ça. Dans le contexte de la fiction. Mais une vraie romance, c’est quelqu’un qui te respecte, qui veut dire qui respecte tes limites Ton non et ton oui. Puis quelqu’un qui te voit comme un être humain qui a le droit à sa vie privée, qui a le droit d’avoir de la complexité. Je pense… Avoir cette discussion-là tôt et souvent, va créer un monde très différent que le monde qu’on vit présentement. 

Karen Uwase : Et tu penses, quand on parle à la jeunesse, des relations intimes, de la romance, on doit faire des choses différemment? 

Julie Lalonde : Oui, je pense de vraiment parler de, comme je l’ai dit, quoi faire quand on est rejeté. Vraiment… 

Karen Uwase : Le plus tôt possible. 

Julie Lalonde : Le plus tôt possible. C’est ça. Puis, en particulier, c’est vraiment le devoir que je donne à des hommes. Si vous êtes papa, mononcle, tu sais, un entraîneur, par exemple… t’es vraiment un leader dans votre communauté religieuse, par exemple, parle ouvertement avec les hommes et les garçons de ce que vous avez fait quand t’avais le cœur brisé. Tu sais, quand j’avais seize ans, j’étais tellement en amour avec une femme. Puis elle m’a dit non. Puis j’avais le cœur brisé. Puis j’ai fait des choses que je ne suis pas fier. Mais je vous dis ça pour que tu ne fasses pas la même chose que moi, par exemple, de vraiment parler d’une façon concrète. Tu sais, je sais c’est quoi avoir le cœur brisé. 

Karen Uwase : T’es pas le seul. 

Julie Lalonde : T’es pas le seul. Puis, je ne suis pas en train de… Tu as le droit d’avoir tes émotions, comme, ça nous blesse quand quelqu’un casse avec nous. Quand on aime quelqu’un, puis ils disent… Ah, je ne suis pas intéressée. Oh, ça fait mal. Puis, c’est correct que ça fasse mal, mais tu ne peux pas… Il faut respecter ses limites. Il faut quand même respecter l’autre personne, etc. Puis, dans mon expérience, quand les hommes partagent ces histoires-là, très vulnérables avec des garçons, des jeunes hommes, ça a un impact majeur parce qu’ils réalisent comme… OK, j’ai le droit d’avoir le cœur brisé, mais je n’ai pas le droit de la forcer de changer son idée totalement. 

Karen Uwase : Tu sais quoi? Tantôt tu as parlé de gaslighting ou, en français, détournement cognitif. Mais, c’est pas grave si on continue avec le terme en anglais. Est-ce que tu penses qu’il n’y a que l’agresseur qui utilise cette tactique? Il y a d’autres personnes qui sont à risque de contribuer et typiquement de gaslight les victimes? 

Julie Lalonde : Oui, absolument. Parce que la nature de l’harcèlement criminel, c’est des choses très bizarres. Alors, c’est très facile de convaincre des gens que c’est pas vrai, c’est pas arrivé. Ou c’est vraiment juste… C’est une coïncidence. Oh, c’est juste… Oh, il est ici. Oh, ben pourquoi pas? C’est un bar que les gens fréquentent. Non, c’est parce que c’est le bar que je fréquente qui est là. Puis là, les gens rentrent dans le… OK, ben tu exagères, là, Julie. C’était juste… Ils étaient à la même épicerie que toi. C’est quoi le problème? Euh… Ou, dans mon cas, il m’envoyait des notes qui avaient l’air très innocentes, mais le fait qu’il m’avait envoyé une note après que j’ai dit non, c’était une forme de menace. J’allais créer un nouveau courriel, pis là, il m’a envoyé un message au nouveau courriel, pis le message disait… Oh, je voulais juste te souhaiter une bonne journée. Les gens autour de moi… Ben, pourquoi ça t’énerve? Il a dit bonjour comme, relax. Non, mais, c’est le principe. Qui a dit bonjour? Quand j’ai dit… Laisse-moi tranquille, il a trouvé le nouveau courriel. Comment est-ce qu’il a fait ça? Mais c’est très, très facile, que tu sois consciente ou pas, de participer dans le gaslighting de quelqu’un. Parce que le comportement est bizarre. Comme, c’est bizarre que ça fait dix ans que j’ai cassé avec toi. Puis tu continues à me suivre. Les gens ne peuvent pas s’imaginer que ça arrive, tu sais. Fait qu’ils disent… Ben non, il exagère. Oui, puis je pense, la chose importante de reconnaître, c’est que, souvent, les gens ne sont même pas conscients qu’ils le font, tu sais. Versus un abuseur qui est très consciente de ce qu’ils font. Mais je pense, notre entourage, souvent, peuvent participer dans le déni qui fait que nous autres, on se doute nous-mêmes, on ne peut pas faire confiance à nous-mêmes quand on dit… Non, non. Il y a quelque chose qui me dit que c’était vraiment bizarre ce que j’ai reçu, mais les gens autour de moi… Il t’a envoyé une note pour te dire bonne fête. Comme, relaxe. 

Karen Uwase : Mais oui. En gros, il faut croire la victime. Il faut croire ton amie si elle te dit… Ben moi, j’aime pas et respecte ma décision et aide-moi. Si tu ne peux pas m’aider, au moins respecte ma décision de ne pas poursuivre. On a parlé un peu plus tôt des films. C’est de la fiction. Il faut que les gens comprennent. C’est de la fiction qu’il faut éviter. De ce qu’on voit à la télé, c’est ce qui se passe dans la vraie vie. Mais les réseaux sociaux… Est-ce que tu pourrais me dire comment les harceleurs utilisent les réseaux sociaux? Parce que, pour certaines personnes, ils vont penser que les réseaux sociaux, c’est juste pour s’amuser. Dès qu’on éteint ça, la vraie vie continue. Mais pour certaines personnes, comme les harceleurs, ça devient un outil. 

Julie Lalonde : Oui, je trouve ça tellement bizarre quand les gens agissent comme… L’Internet, pas vrai. C’est comme, si, par exemple, tu sais, ta banque, par exemple, ne te laissait pas faire des choses sur Internet. Tu dirais… Ben voyons donc, pourquoi on ne peut pas faire ça? Tu sais, comme, à chaque fois que je dois appeler quelqu’un au gouvernement, au téléphone, je me dis, voyons donc, on est-tu dans le bon vieux temps, tu sais. Fait que… on reconnaît que l’importance de l’Internet… Tu sais, t’as pas de réception sur ton téléphone, t’es comme… Oh mon Dieu, c’est la fin du monde. Mais, la seconde qu’on parle de l’effet négatif des médias sociaux, les gens disent… Ben, débranche. C’est pas vrai. Tu sais, les gens… C’est pas réel. C’est comme… OK, mais choisissent une piste. C’est réel pour toi quand tu veux ton Netflix, ben c’est réel pour moi quand j’ai essayé de vivre en paix, tu sais. Mais je pense que la complexité, c’est que la loi au Canada, puis en particulier, la police, ne comprennent pas la réalité des médias sociaux. Alors, ils se disent… Comment est-ce que je sais que c’est lui? Ça peut être n’importe qui a écrit ce compte-là. OK. Mais c’est comme, non, je le sais, c’est lui, parce que X, Y, Z, que tu peux bloquer quelqu’un. Puis là, tout de suite, tu peux juste créer un autre compte pour continuer à t’attaquer, par exemple. Ou s’il y a la complexité, quand ça vient de harcèlement criminel, puis il n’y a pas de réponse facile. Mais, souvent, ce qu’on se fait dire comme victime et ce qu’on… par la police, par les services sociaux autour de nous, c’est bloquer, faut bloquer. Parce que pour que ça soit un crime, il faut montrer que tu n’as pas consenti. Alors comment est-ce que tu montres que ce n’est pas… tu n’as pas de consentement? Ben, je l’ai bloqué, OK, mais si je le bloque, je ne peux pas trouver de preuve qu’il est en train de continuer à me harceler. Je perds toutes les menaces, je perds ce qu’on appelle du doxing, qui est de mettre mon adresse personnelle et mon information personnelle en ligne pour me menacer. Je n’ai pas de preuves maintenant. Je ne peux pas documenter ce qui arrive. Mais si je ne te bloque pas, la police peut dire, ben, c’est clair que tu n’es pas dérangée par ce qui arrive parce que tu continues à lui laisser te suivre. Fait qu’il y a aussi du côté légal où c’est vraiment difficile de savoir comment naviguer les choses. Je pense que ça vient du fait que les gens, en particulier les systèmes juridiques, ne comprennent pas que l’Internet, c’est vrai, et que de juste dire… Je ne suis pas allée sur les médias sociaux. Ce n’est pas réaliste dans notre temps présentement. Pas juste parce que c’est là où est-ce qu’on a nos amis. Tu sais, on a vu durant la pandémie, c’est comme ça qu’on se trouve, notre communauté, mais aussi notre job. Tu sais, par exemple, comme si moi, j’applique pour une job, la personne va faire un petit Google Search, pis si elle ne me trouve pas, ben ça, ça, là, je soupçonne. Vous êtes qui? Parce que tu as aucune… Il n’y a aucune information. Si je veux sortir avec quelqu’un, puis je le mets dans Google, puis il n’y a rien qui trouve. Je suis comme…OK, ben il a tué, il a tué du monde là… 

Karen Uwase : Je devrais faire ça… 

Julie Lalonde : C’est un monstre. 

Karen Uwase : Je ne sais pas. Je devrais faire ça. 

Julie Lalonde : Faut avoir… 

Karen Uwase : Tu veux avoir plus d’information. 

Julie Lalonde : C’est ça. Il faut avoir une présence sur les médias sociaux pour être capable de trouver des jobs, pour être capable de trouver des amis, de trouver des opportunités. Alors, pourquoi contribuer à continuer l’isolement d’une victime en leur disant… Fais juste débrancher? Ben, pour plusieurs d’entre nous, c’est la seule connexion qu’on a à d’autres gens, incluant d’autres victimes. Tu sais, des groupes de soutien sur Facebook ou des groupes de choses où l’on peut trouver des messages, des ressources, des choses comme ça. Mais en même temps, c’est un outil qui est très souvent utilisé pour contribuer au harcèlement et vraiment aussi contribuer à notre sens d’anxiété. De… ça vient d’où? Tu sais, quelqu’un sur… comme je l’ai dit, quelqu’un essaie de me suivre sur Instagram. C’est qui? Je le connais-tu? Puis là, tout d’un coup, tu te sens vraiment, comme, tu vois des attaques tout partout parce que tu ne peux pas savoir, c’est-tu vraiment, tu sais, Julie avec qui j’étais à l’école secondaire, ou c’est lui qui fait semblant d’être elle pour avoir accès à mon information, tu sais? Puis, les plateformes ne gèrent pas ça comme il faut, mais, du côté juridique aussi, tu sais, moi, par exemple, j’ai subi des menaces incroyables contre ma vie que j’ai reçues sur Twitter, puis j’ai appelé la police, puis ils ont dit… Ben, Twitter, il dit que tu as le droit. OK, mais c’est un crime au Canada. OK, c’est Twitter. Non, mais, c’est un crime au Canada. Tu me dis ça en pleine face. C’était une menace. Mais s’il le fait sur Twitter, ce n’est pas une menace? Ben voyons donc. Ou bien son compte dit qu’il est en Chine. Fait que il n’y a rien que je peux faire ici à Ottawa. Non. Je sais. C’est lui qui fait semblant. Tu sais, c’est facile avec des VPN. Il y a plein de choses qu’on peut faire pour faire semblant. C’est pour ça que les gens font ça de même. Tu sais, d’une façon innocente, les gens ont des VPN pour avoir accès aux Netflix en Allemagne, tu sais. Tu sais comme il y a plein de personnes qui utilisent des VPN. 

Karen Uwase : Moi, je n’utilise pas ça. 

Julie Lalonde : Mais c’est comme. Tu as le droit d’avoir accès à un VPN. C’est pas cher pour… Souvent, c’est sécuritaire. Mais les agresseurs utilisent ça pour dire… Ah, ben, ce n’est pas ton ex-chum qui vit à Nepean? C’est quelqu’un qui est en Allemagne. Fait que il n’y a rien que je peux faire comme un policier à Ottawa, par exemple. Alors t’es vraiment pris avec? Il n’y a personne qui va prendre ça au sérieux? 

Karen Uwase : Aussi, je voudrais ajouter quand même parce qu’on a… J’ai eu la chance d’interviewer des avocates auparavant. Bloquez pas. Allez voir une avocate. Il va vous dire exactement ce dont vous avez besoin pour construire un dossier, quand vous pouvez bloquer, quand vous pouvez garder, ça aide. Et c’est pour ça que Julie a dit que c’est hyper confusant, parce que tu as un service qui te dit ça ne suffit pas, et l’autre qui te dit… T’inquiète. Fais-moi confiance et ça va aller. 

Julie Lalonde : Puis c’est ça souvent que je dis aux gens c’est… Réponds pas aux messages, mais… Documenter. Documenter. Documenter. Des screengrab, prendre des photos. Puis on envoie ça à tes amis aussi. Si vous n’êtes pas capables de gérer ça parce que c’est difficile, je comprends. Alors, partage ton mot de passe avec une amie pour leur demander… Hey, est-ce que tu peux embarquer sur mon Twitter. Tu peux-tu embarquer sur mon Instagram, puis juste documenter un petit peu pour moi, parce que ça me fait trop mal au cœur de regarder ça en pleine face, alors que c’est une chose concrète que des alliés autour de toi peuvent faire pour vous aider à documenter, mais quand même, te protéger d’une façon psychologique, de dire comme… Je ne peux pas regarder ça à la journée longue, c’est trop énervant. Alors oui, de vraiment partager le travail un petit peu avec vos alliés pour leur demander de vous aider, mais répond pas, c’est ça, la chose. 

Karen Uwase : Et si on continue un peu sur les réseaux sociaux, est-ce que tu penses que les plateformes de réseaux sociaux aident plus les agresseurs que les victimes? 

Julie Lalonde : 100 %. Moi, les personnes qui gèrent les plateformes des médias sociaux, là, mets ça, dans la poubelle, comme, j’ai comme aucune… C’est incroyable la façon qu’ils ne comprennent rien. Juste pour vous donner un exemple, moi, sur Twitter, dans le bon vieux temps, avant que c’était… Avant que ça soit maintenant, oui. X Oui, avant que ce soit X, j’ai eu quelqu’un, puis même aujourd’hui, je n’ai aucune idée c’est qui qui a créé un compte qui avait l’air exactement comme la mienne et qui envoyait des messages racistes, plein de choses dégueulasses à des à des organismes à but non lucratif qui avaient vraiment, comme… Ça a eu un impact majeur sur ma réputation parce que les gens étaient comme… Ben, pourquoi elle a dit ça, tu sais? Et puis, quand finalement j’ai comme… parce que j’avais une plateforme, j’ai été voir Twitter en particulier pour dire, il y a un problème parce que la façon de leur côté de gérer ça, c’était… Envoie-moi une copie de votre licence pour faire preuve que vous êtes la vraie Julie Lalonde. Puis moi, je suis comme, premièrement, j’ai un compte depuis 2011, puis ce compte-là a été créé ça fait deux jours. Fait que c’est évident, je suis la vraie Julie Lalonde, mais, de plus, je ne veux pas partager mon information comme mon adresse avec Twitter. C’est qui qui a accès à ça? Qu’est-ce que vous allez faire avec ça? Comme tu peux… Puis, ils étaient comme… Ah ouais, ça fait du sens. Puis j’étais comme… T’as jamais pensé à ça avant? T’avais comme personne dans la salle pour te dire, comme… Hey, ça va mettre les femmes en particulier à risque de plus de violence et de harcèlement, de leur demander de partager leurs informations personnelles avec monsieur et madame tout le monde. Mais il n’avait comme… jamais pensé à ça avant. Puis, je pense que c’est ça qu’on voit avec beaucoup de plateformes, puis beaucoup de… juste, tu sais, des organismes qui travaillent dans le contexte de la technologie. Il n’y a pas de féministes dans la salle, puis c’est clair, oui, parce qu’ils n’ont pas d’analyse pour comprendre que mon frère, un homme blanc de six pieds six, qui embarque sur Twitter, va avoir une expérience très différente que la mienne. Et quand tu n’as pas de femme, puis tu n’as pas de féministe dans la chambre, ça paraît par vos politiques, puis par vos protocoles, puis par la façon que tu approches le problème, franchement. Alors, plus de féministes dans les chambres. 

Karen Uwase : OK, Génial. Vous avez entendu? J’espère qu’il y en avait au moins un de vous qui va entendre ça et qui va vous donner du travail à Julie. Elle est prête. Elle est prête à changer vos… Vos politiques. Donc, tu penses que cette plateforme… Imaginons… Ils te disent… Tu sais quoi? Nous, on les recrute pas, ces utilisateurs. Ils sont venus et ce n’est pas de notre faute ce qu’ils disent. Qu’est-ce que tu leur dis? Est-ce qu’ils devraient avoir une responsabilité à mieux faire? 

Julie Lalonde : Oui. Si j’envoie un tweet au premier ministre pour lui dire que je vais l’assassiner demain, la police va venir me voir. Oui, c’est clair que tu peux prendre ça au sérieux. Si tu veux, tu peux faire des enquêtes, si tu veux. Puis tu choisis pas de le faire pour les femmes, les personnes racisées, les personnes queers, les personnes qui sont marginalisées, qui sont à risque de harcèlement. Mais si tu prends copier-coller la chose que quelqu’un m’a dite, puis tu donnes ça à Justin Trudeau, je sais qu’il va… Tu vas prendre ça au sérieux. Faque niaise-moi pas en me disant que c’est impossible. Je le sais que c’est possible. 

Karen Uwase : C’est pas moi qui l’ai dit. Écoute. Julie, maintenant, je pense qu’on a véritablement compris ce qu’est le harcèlement criminel. Si, par mégarde, moi ou qui que ce soit d’autre qui nous écoute ou qui nous regarde aujourd’hui se rend compte qu’il connaît quelqu’un qui est en train de faire de harcèlement criminel, qu’est-ce que tu penses qu’on devrait leur dire? 

Julie Lalonde : Il faut avoir le courage d’avoir une discussion difficile, mais nécessaire, pour vraiment demander à la personne c’est quoi ton but? Oui, c’est quoi le but avec ce que tu fais? Tu ne peux pas convaincre quelqu’un d’être en amour avec toi. Tu ne peux pas convaincre quelqu’un de te trouver fascinante ou de t’avoir dans leur vie. Il faut respecter les limites des gens. Je ne vais pas t’aider à faire ce que tu fais. Ça me dérange, qu’est-ce que tu fais. Et c’est parce que je t’aime que je te dis ça en pleine face, que je ne peux pas être amie, ou collègue ou équipière ou peu importe avec quelqu’un qui est en train de faire ça. C’est pas cute. Je ne trouve pas ça romantique. Puis j’ai peur pour l’effet de ce que tu fais pour l’autre personne. Oui, c’est difficile, je comprends, c’est difficile. C’est beaucoup plus facile de ne pas se mêler ou de juste banaliser, puis de dire… 

Karen Uwase : D’agir comme si on n’avait rien vu. 

Julie Lalonde : Je n’ai rien vu, je n’ai rien entendu. Ou vraiment dire… Je le connais depuis longtemps, c’est un bon gars. Puis, tu sais, c’est juste… Mais vraiment, de reconnaître que ça a un effet quand un ami de la personne qui est agresseur leur dit non, c’est non. Parce que si la seule fois qu’il entend un non, c’est de la personne victime, ben c’est clair qu’ils vont continuer à ignorer ça. Puis la majorité des abuseurs, de mon expérience, ils n’ont pas peur de la police, ils n’ont pas peur d’être en prison, ils ont peur de perdre leur communauté, ils ont peur de perdre le respect des gens autour d’eux. Puis c’est pour ça qu’ils sont très charmants, puis qu’ils montrent juste la violence envers la personne. En particulier, pas devant tout le monde, parce qu’ils ont peur de perdre leurs amis. Puis, je pense, utilise ça comme… de ton avantage. De dire… Tu mérites d’avoir la communauté, tu mérites d’avoir des gens autour de toi. Mais je ne peux pas être une de ces personnes-là. Si tu fais ça parce qu’elle ne mérite pas, qu’est-ce que tu fais, c’est pas respectueux, c’est pas cute, c’est pas la romance, tu sais? Puis, avoir le courage d’avoir cette discussion-là, en particulier si vous êtes un autre homme, de vraiment dire comme, homme à homme, je comprends que tu as le cœur brisé, je comprends que tu l’as vraiment aimée, puis tu avais imaginé une vie ensemble, etc. Mais elle a dit non. Puis, déniaise, franchement. 

Karen Uwase : Oui. Passe à autre chose. Et comment tu penses qu’on peut mieux faire pour protéger les femmes de notre entourage qui subissent du harcèlement criminel? Et comment les soutenir, justement, à aller mieux dans cette situation. 

Julie Lalonde : Vraiment… constamment valider l’expérience de la personne. De dire… Je vous crois et je ne vais pas t’abandonner, parce que je pense que les gens comprennent d’une façon très simple l’idée de… il faut croire la victime, il faut croire la victime. Je pense… Depuis MeToo, par exemple, on en parle à haute voix, puis les gens reconnaissent. Mais, des fois, comme pour moi, ça s’est passé pour dix ans. Ça fait que c’est bien facile de dire… Je vais être là pour mon amie, pour les premiers petits mois, mais après un bout de temps, les gens étaient tannés de l’entendre. T’es tanné de l’écouter? Puis, je suis comme, toi, t’es tanné là? Imagine comment tannée que moi, je suis tannée. 

Karen Uwase : Faire preuve de patience. 

Julie Lalonde : C’est ça, faire preuve de patience, puis vraiment de juste valider, puis de dire… Hey, je suis désolée que ça continue à arriver, ce n’est pas ta faute, tu n’es pas folle. Oui, c’est banal ce qui arrive, mais je te crois. Pourquoi? Parce que je t’aime. Pourquoi est-ce que je pense que tu auras inventé ça? Et de vraiment donner de l’aide concrète aussi dans le sens de… Hey, veux-tu que j’embarque sur ton Twitter? Tu sais, deux trois fois par semaine, pour aller voir si quelque chose arrive, puis prendre des photos de ce qui se passe, de documenter. Veux-tu venir rester avec moi une couple de soirées? Si tu te sens comme… les choses s’aggravent, par exemple. Et aussi, avoir le courage de dire, si on a peur d’être honnête, de dire… Tu sais quoi? Je pense que les choses s’aggravent. Puis j’ai peur pour toi. Est-ce que tu peux venir rester chez moi une couple de soirées ou je peux rester avec toi? Comme, vraiment penser d’une façon concrète, je pense. Puis aussi comprendre le cycle de l’abus, en particulier quand c’est un ex-conjoint, de reconnaître que si elle a l’empathie pour la personne, peut-être pour toi, tu dis… Pourquoi? C’est un monstre. Pitche ça à la poubelle. Mais de reconnaître que, pour elle, c’est plus compliqué que ça. Moi, j’étais toujours en train de le défendre parce que je ne voulais pas croire qu’il n’était vraiment pas une bonne personne, parce que moi, je l’aimais beaucoup. Puis il y avait beaucoup de personnes autour de moi qui ne comprenaient vraiment pas pourquoi j’étais en train de le défendre. Puis, comprends que c’est un cycle d’abus, que la personne est vraiment… Entends la voix de leurs abuseurs dans leur tête souvent, tu sais. Fait que leur décision peut-être ne fait pas d’allure pour toi, mais ça fait de l’allure pour l’autre personne. Puis de vraiment reconnaître la complexité. C’est une des choses…. Puis, je vais dire, mon père, c’est un vrai cadeau qu’il me laisse partager cette histoire-là. Mais mon père, son intervention, c’était de dire… Pourquoi tu les laisses te parler comme ça? Moi, je t’ai élevée pour être féministe, pour être confiante de pas prendre ça. Pourquoi tu le laisses te parler comme ça? Puis, dans sa tête, c’était comme un wake-up call, de dire… Julie, qu’est-ce que tu fais? Déniaise, tu sais? Mais qu’est-ce qu’il comprenait pas, c’était juste une autre voix qui me disait que j’étais stupide. Je ne faisais pas des bons choix. Que j’étais en train de gêner la famille parce que j’ai été élevée, tu sais, fait que l’intervention n’était pas la bonne, mais ça venait d’une bonne place. Alors, pour moi, de reconnaître si c’est comme ton instinct de dire pourquoi tu continues à lui parler comme, qu’est-ce que tu fais? De reconnaître que, pour moi, c’est compliqué, puis de patienter, patienter, patienter, comme, je ne peux pas mettre assez d’emphase là-dessus, parce que ça prend du temps de s’en sortir. Voyons donc. 

Karen Uwase : Tu t’en es sortie. Tu t’en es sortie. 

Julie Lalonde : Absolument. Puis, de reconnaître que, peut-être, je veux en parler. Peut-être je ne veux pas en parler aussi. Donner l’espace à la personne de dire comme, la porte est ouverte. La porte est ouverte, si tu veux en parler. Laisse-moi savoir si tu ne veux pas en parler. Je ne vais pas en parler si tu veux. Juste qu’à chaque fois qu’on sort ensemble, on peut juste agir comme… T’es une personne avec qui ça n’arrive pas. Tu peux être normale les vendredis soir quand on sort ensemble. Parfait, je vais faire ça pour toi. Tu sais, si, des fois, tu es fâchée et tu veux en parler, je suis ici pour valider ta rage. Vous êtes triste? Je suis ici pour valider votre tristesse, tu sais. Oui, mais juste être comme un espace pour la personne, de se sentir comme un être humain. C’est la seule raison pourquoi je suis ici aujourd’hui. Honnêtement, parce que j’avais des amis autour de moi qui me disaient… Tu n’es pas folle, ce n’est pas ta faute. Mon Dieu, c’est l’enfer pour toi. Tu mérites mieux. Puis je vais te protéger le plus que je peux. C’est pour ça que je suis ici aujourd’hui. 

Karen Uwase : C’est génial. On leur dit merci.  

Julie Lalonde : Oui. À tous les jours. 

Karen Uwase : Génial! Évidemment, on a parlé tantôt des victimes qui, quand elles, elles souffrent de harcèlement criminel, elles se rendent vers les services autoritaires ou de justice. Mais, comme on en a parlé, c’est assez confusant. Et soit elles ne reçoivent aucune aide ou de l’aide inadéquate. D’après toi, pourquoi est-ce que les services autoritaires, comme les policiers ou le système de justice, un peu plus généralement, ont tellement de difficultés à aider les victimes? 

Julie Lalonde : Avec harcèlement criminel, souvent, la preuve est difficile à avoir. Puis, parce qu’on a un système qui a une idée de c’est quoi, la preuve qui est très… une petite, une toute petite boîte. C’est souvent difficile d’avoir la preuve concrète de ce qui se passe. Aussi, souvent, le harcèlement criminel est vu seulement comme un drapeau rouge. Alors, on attend qu’il y ait une agression physique, féminicide même, puis c’est trop tard. Ça fait que, souvent, la police va juste dire… OK, on va garder un œil là-dessus, sans reconnaître que c’est une forme de violence. Point. Point final. Comme, c’est une forme de violence psychologique qui existe puis qu’on devrait prendre au sérieux. C’est un crime juste comme ça. Puis, de l’autre côté aussi, la loi… Présentement, comme je l’ai dit au début, il faut avoir la preuve que ce n’est pas voulu, c’est répété et que j’avais peur. Et cette partie-là, la troisième partie que j’avais peur, c’est la partie que moi, puis mon organisme, on a essayé de changer parce que, présentement, comment est-ce qu’on fait preuve de la peur? C’est très sexiste. Alors, si vous êtes une femme qui continue à vivre votre vie, puis vous avez… vous avez l’air comme quelqu’un qui n’a jamais peur de rien, tu as de la joie dans ta vie. Ah ben, c’est clair que ce n’est pas un crime parce que tu n’avais pas peur. Alors, faut aussi du côté juridique. Puis le système, qu’est-ce qui doit changer, c’est cette partie-là, et au lieu, ce qu’on propose, c’est que oui, c’est répété, oui, c’est sans consentement. Mais la troisième chose, ça devrait être que ça a un impact sur ma capacité de vivre à quotidienne. Alors, il a fallu que je change de job ou je déménage, ou je change de numéro de téléphone, des choses comme ça. Donc ça, c’est quelque chose qui est concrète, qu’un policier peut voir ça et il a dit… OK. C’est clair que tout le monde avec qui elle travaille a eu un avertissement. Laisse-les pas rentrer dans l’édifice. Puis, elle a changé de numéro de téléphone. Fait que c’est clair que ça a un impact sur sa vie qui est beaucoup plus… Comme, on peut mesurer ça. Que de… C’est quoi, la peur? Ben, c’est souvent des stéréotypes pour des femmes. J’ai peur quand je pleure, quand je m’isole, quand je me fais tout petit dans le monde. Et je pense aussi à des gens comme mon frère. Mon frère, c’est un homme de six pieds six, un homme blanc cis, un ex par exemple, qui est comme cinq pieds rien. T’es en train de le harceler. Est-ce qu’un policier va prendre ça au sérieux ou est-ce qu’il va dire… Ben, pourquoi t’as peur d’elle au lieu de comprendre? Du côté psychologique, j’ai peur de la personne, tu sais. Alors, enlever cette partie-là de la peur et au lieu de mesurer c’est quoi l’impact quotidien sur moi, je pense que ça aiderait beaucoup plus à changer aussi. Comme, le changement de loi, ça va aussi sensibiliser la police, ça va sensibiliser la justice de comprendre…. Ah OK, ça sert à ça, le harcèlement criminel. Ils vont prendre ça plus au sérieux. 

Karen Uwase : C’est ça. Donc, les services autoritaires aussi ont besoin de faire preuve d’ouverture d’esprit. 

Julie Lalonde : Oui, puis, comme tu sais, combattre le sexisme dans le système juridique, le racisme, plein d’autres choses aussi, tu sais. Comme, c’est parce que c’est genré, ce n’est pas pris au sérieux. Period. Point final. Et parce que c’est difficile d’avoir la preuve, ce n’est pas pris au sérieux. Et parce qu’il y a l’élément de la peur, ce n’est aussi pas pris au sérieux. Fait que c’est vraiment comme… il y a plein de choses contre nous comme victimes. Quand ça vient à la justice, c’est très, très difficile d’avoir la justice quand ça vient au harcèlement criminel au Canada. Et souvent, par le temps qu’on prend ça au sérieux, c’est trop tard.  

Karen Uwase : Oui. Bien, Julie, merci beaucoup. 

Julie Lalonde : Oh, merci pour l’invitation. 

Karen Uwase : Merci énormément d’avoir partagé ton parcours, ton histoire et de continuer à le faire au quotidien, c’est vraiment très apprécié. J’espère que les personnes vont autant adorer écouter que moi j’ai eu à t’interviewer. 

Julie Lalonde : Merci beaucoup. 

Julie Lalonde : Eh bien, nous remercions encore Julie de nous avoir partagé son histoire et son parcours qui, comme elle l’a indiqué, se retrouve dans un livre Resilience is Futile. Oui, en anglais. Disponible dès maintenant, mais, la version française est aussi disponible un peu plus tard dans l’année. Nous remercions aussi les studios de Livestream Junkies, dans lesquels nous avons enregistré ce balado. Et si vous avez besoin de toute info supplémentaire, n’hésitez pas à consulter le site de ActionOntarienne.ca. Et à vous, merci de nous avoir écoutées et regardées. 

 

 

 


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Phrase clé : « C’est pas de la romance s’il n’y a pas de consentement. » 27:02 
 

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