Transcription Balado Elles parlent – Épisode 2.01

Saison 2

Karen Uwase : Bonjour et bienvenue à Elles parlent. Un balado pour découvrir, apprendre ou réapprendre des thématiques liées à la violence basée sur le genre. Je suis votre animatrice, Karen Uwase. Et aujourd’hui je suis accompagnée de notre expert, Dr Christopher Dietzel. Bonjour Christopher.

Christopher Dietzel : Bonjour.

Karen Uwase : Alors, Dr Christopher, il a un Ph. D. et il est présentement en recherche en sociologie et technologie à l’Université de McGill. Est-ce que c’est correct?

Christopher Dietzel : Oui, c’est tout à fait ça.

Karen Uwase : Très bien. Je vois sur ma fiche que vous êtes un fan de Lego.

Christopher Dietzel : Oui, j’adore les Lego.

Karen Uwase : Oui, très bien. Bon écoute, je suis sûre qu’il y en a plusieurs comme toi. Et tu as aussi fait un film, Stop-Motion. Ça veut dire quoi?

Christopher Dietzel : Oui, Stop-Motion. En fait, vu que les Lego ne bougent pas… Ce que tu fais avec les Lego, tu le fais bouger petit à petit à petit et tu prends plusieurs photos pour faire le mouvement des images. Donc ça fait un film, mais tu reprends plusieurs photos pour faire bouger les petites figures, pour faire des actions, des interactions, des émotions et tout.

Karen Uwase : Je suis sûre qu’on aura un lien où on peut voir ça. Donc merci beaucoup pour cette présentation, Chris. Et aujourd’hui, avec Christopher, on va parler de violence sur les applications de rencontres. Et la première question que j’ai pour toi, c’est pourquoi tu penses qu’il y a tant de personnes qui optent, qui choisissent les applis pour rencontrer les gens?

Christopher Dietzel : Oui, les applications de rencontres sont très populaires parce que ça donne le contrôle à la personne, parce que tu peux choisir la personne avec qui tu interagis. Tu peux choisir, quand tu utilises l’appli, tu peux choisir à quel moment. Si tu veux passer beaucoup de temps là-dessus, tu peux. Sinon, tu peux juste passer quelques minutes ou rien, pas du tout. Aussi, c’est mobile. Donc ce n’est pas comme un ordinateur. Tu peux le prendre avec toi. Donc quand tu bouges, quand tu voyages, tu peux découvrir de nouvelles personnes, de nouveaux quartiers. Il y a toujours l’option d’explorer, de faire de nouvelles rencontres. Aussi, avec les applis, la différence avec les rencontres en personne, c’est qu’il y a des options dans les applis qui te permettent de te sentir peut-être un peu plus à l’aise ou peut être un peu plus en sécurité. Parce que tu peux bloquer des personnes, tu peux rapporter des personnes. Donc si jamais il y a quelque chose qui ne te va pas, il y a des options pour t’aider et te donner un peu de contrôle sur la situation.

Karen Uwase : D’accord. Pratique et sécuritaire?

Christopher Dietzel : Oui, on peut dire.

Karen Uwase : Ok, très bien. Et donc aujourd’hui, comme je l’ai dit tantôt, on va parler de violence sur les applis de rencontre. Et pourrais-tu nous donner un survol du problème? Pourquoi il y a de la violence sur une application mobile?

Christopher Dietzel : Oui, en fait il y a de la violence sur ces applications juste parce que c’est utilisé par des personnes. Malheureusement, on sait que, dans la société, il y a des personnes qui perpètrent de la violence contre d’autres personnes, surtout des personnes vulnérables ou des personnes marginalisées. Donc malheureusement, ou peut-être juste parce que c’est notre espace, les espaces digitaux sont similaires aux espaces physiques. Donc les applis sont similaires aux bars, aux cafés, aux restaurants. C’est juste un autre espace où la violence peut se présenter en fait.

Karen Uwase : Mais oui, exactement. Comme tu l’as dit, c’est assez populaire et, personnellement, j’ai des gens dans mon entourage… Je suis sûre que plusieurs personnes qui nous écoutent, soit utilisent ces applications ou ont des gens autour d’eux qui les ont utilisées. D’après toi, est-ce que tu aurais une idée de combien de personnes qui utilisent ces applications de rencontres vont subir une des formes de violence?

Christopher Dietzel : Oui, c’est une très bonne question. Et en parlant des statistiques, il faut savoir que le nombre de personnes qui ont subi une forme de violence, ça dépend de l’identité de la personne. Évidemment, les personnes qui, comme je l’ai déjà dit, qui sont marginalisées, des personnes vulnérables, sont plus susceptibles de subir quelque chose sur les applis que d’autres personnes. Donc, c’est-à-dire que, bien sûr, les femmes sont plus vulnérables que les hommes, les personnes de couleur sont plus vulnérables que les personnes blanches. Les personnes LGBTQ+ sont plus vulnérables que les personnes hétérosexuelles. C’est ce type de choses qu’il faut garder en tête. Bien sûr, les personnes autochtones, les personnes qui ont des problèmes physiques, mentaux, des incapacités, tout ce genre de personnes, des minorités visibles ou des personnes marginalisées.

Karen Uwase : Alors, en parlant des personnes marginalisées, tu as notamment parlé des personnes qui font partie de la communauté LGBTQ+ et il y a une appli de rencontres un peu plus connue que les autres qui s’appelle Grindr. Est-ce que tu peux plus ou moins nous expliquer à quoi ça correspond? Comment elle est? Quelle est l’expérience pour les personnes marginalisées sur cette application-là?

Christopher Dietzel : Oui, en fait, Grindr c’est très reconnu dans la communauté LGBTQ+ ou queer et c’est souvent utilisé par les hommes gays, queer, les personnes trans, non binaires. C’est sûr qu’il y a des applis qui sont différentes selon la population. Donc Grindr n’est pas souvent utilisé par les femmes. C’est plutôt pour les hommes et les personnes trans aussi. Mais tout ça pour dire que la structure de l’appli est différente des autres applis qui sont très reconnues dans les sphères hétérosexuelles. Donc une grande différence, c’est le fait qu’avec Tinder, tu fais glisser pour choisir la personne qui t’intéresse. Mais avec Grindr, ce n’est pas le cas. En fait, tu as juste une grille des personnes devant toi et tu peux cliquer sur le profil de la personne sans choisir en faisant glisser sur l’écran. Donc en fait, ça te donne accès à tout le monde dès que tu te connectes à l’appli.

Karen Uwase : Tout le monde?

Christopher Dietzel : Tout le monde qui est autour de toi, qui s’est connecté récemment.

Karen Uwase : D’accord.

Christopher Dietzel : Donc, c’est une des raisons que… Parce qu’avec Tinder, encore, tu glisses pour choisir et après tu peux lancer une conversation. Les conversations sur Tinder, c’est juste avec les messages. On peut juste envoyer des textos. Pas d’images. Avec Grindr, encore, tu as accès à tout le monde qui est autour de toi et aussi tu peux envoyer n’importe quoi. Donc des messages ou des photos. Donc si tu veux envoyer une photo intime, quelque chose de très visuel, provocant, tu peux le faire tout de suite, facilement, à n’importe qui.

Karen Uwase : Alors, Chris, tu as parlé de Tinder et de sa structure qui est simple, on choisit si oui ou non on veut avoir une conversation avec une personne. Ensuite, il n’y a que des échanges de textos, mais sur Grindr, ça va être un peu plus lancé. Donc ça peut être des textos, ça peut être des photos et notamment des photos intimes. Elle est où la ligne entre « J’envoie une photo intime pour converser » et « J’envoie une image violente »? Elle est où la ligne entre les deux?

Christopher Dietzel : Justement, c’est une très bonne question. C’est une raison pourquoi j’ai commencé à faire ma recherche sur les unsolicited dickpics, sur les photos non sollicitées, parce que je voulais savoir à quel point ce type de photo est considéré comme de la violence. Parce qu’on sait que, chez les femmes hétérosexuelles qui interagissent avec un homme, avec des hommes hétérosexuels, il y a des femmes qui considèrent les photos non sollicitées souvent comme du harcèlement, de la violence en ligne, ce type de choses. Mais dans les communautés LGBTQ+, je ne savais pas à quel point les hommes gay, queer considéraient ce type d’images comme de la violence. Et ce que j’ai trouvé dans ma recherche, c’est qu’en fait, il y en a quelques-uns qui pensent que c’est violent. Il y en a quelques autres qui pensent que c’est juste normal. Donc ils banalisent ce type d’interaction. Parce que Grindr, c’est souvent utilisé pour avoir du sexe facile, rapide, casuel. Donc vraiment ça dépend de la population dont on parle. Parce que, pour les femmes, c’était une autre étude aussi qui a trouvé que, chez les femmes, c’est ce genre de photo qui est considéré comme de la violence. Chez les hommes gays, on ne considère pas ce genre de photo comme du harcèlement.

Karen Uwase : C’était plus ou moins la question que j’avais pour toi après. Mais c’est pas grave, on peut continuer. Ça me permet d’introduire le sujet à l’auditoire. Mais je pense que les gens ont plus ou moins compris à quoi correspondent les photos non sollicitées, les images non sollicitées ou sollicitées. On ne va pas juger tout le monde, mais notamment on les appelle les dickpics. C’est le terme un peu populaire sur les réseaux sociaux et sur Internet en général. Et par contre, c’est un problème très répandu chez les femmes, qui considèrent ça définitivement comme du harcèlement, surtout si ce n’est pas sollicité.

Karen Uwase : Et d’après toi, d’après la recherche que tu as commencé à faire, est-ce que tu penses que c’est une forme de harcèlement même pour… Même si c’est… Par exemple, pour les personnes qui disent qu’elles ne considèrent pas ça comme de la violence pour les hommes… Pour certains hommes gays.

Christopher Dietzel : Encore, c’est une très bonne question. Parce que si on parle de la définition, si on parle du terme exact, une photo non sollicitée, c’est quelque chose qui n’est pas consenti, que peut-être la personne ne voulait pas recevoir. Donc si on parle juste de la définition, je dirais que oui. Mais encore, ça dépend de la population. Parce qu’entre une femme et un homme, il y a une différence de pouvoir. Il y a une différence de sexe. Il y a beaucoup de différences entre ces deux types de personnes. Mais entre deux hommes, le pouvoir est différent. Le sexe est différent. Donc ça implique quelque chose de différent quand il y a quelqu’un qui envoie ce type d’image, cette photo. Ça ne veut pas dire que ce n’est pas du harcèlement. Ce que j’ai trouvé, ce qu’on voit dans la recherche, c’est qu’il y a une plus grande diversité chez les hommes gays parce qu’il y a quelques-uns qui pensent que c’est du harcèlement, de la violence sexuelle. Il y en a beaucoup d’autres qui pensent que c’est juste normal, que ça fait partie de l’expérience en ligne.

Karen Uwase :  Très bien. D’après toi, en tant qu’homme, et étant donné que tu as fait cette recherche aussi, aurais-tu une idée de la raison pour laquelle les hommes adorent, aiment, choisissent d’envoyer des photos de leur pénis.

Christopher Dietzel : Oui, c’est une bonne question. Et en fait, ils ont plusieurs raisons d’envoyer des photos unsolicited dickpicks. Pour commencer, c’est pour montrer ce qu’ils ont. C’est pour lancer une conversation, c’est pour… Parfois, c’est pour s’exprimer, s’exciter. Ça peut être aussi pour se vanter. Aussi, il y a des gens qui peuvent utiliser ce type d’images, ces photos, comme une façon de harcèlement. Donc ils les envoient parce qu’ils savent que ça peut harceler la personne. Donc, ça peut être une forme de contrôle. Ça peut être une forme de contrainte. Ça peut être une façon de mettre la pression sur l’autre personne, de répondre avec une photo sexuelle. Donc il y a des stratégies là-dessus aussi.

Karen Uwase : C’est très intéressant. Je ne m’attendais pas à ce qu’il y ait des personnes qui sachent que ça va solliciter une sorte de rage ou… Ah, c’est très intéressant. Parfois, ce ne sont pas juste des images. Je vois souvent sur les applis, sur les applications de rencontres notamment, le premier message va être très explicite; c’est très sexuel tout de suite. Oui. Et sans même dire « allô » ou « comment tu vas? » Oui. Et commenter sur ton corps ou décrire des actes sexuels. D’après toi, c’est quoi qui motive ce genre de conversation?

Christopher Dietzel : Surtout ce qu’on voit avec les réseaux sociaux, avec les applications de rencontres ou juste avec la technologie en général, on voit que les personnes peuvent être un peu… Elles ont des attentes. Elles veulent recevoir de bonnes choses tout de suite. Donc il y a un peu de pression d’être très content avec le résultat ou de chercher un résultat plus rapidement que, peut-être, en personne. Donc c’est la technologie qui peut encourager la personne à faire plus, plus vite.

Karen Uwase : Oh, très bien. Un peu comme essayer de vivre la vie qu’on voit des célébrités. Tout de suite. On veut ça tout de suite. On veut que cette relation fonctionne tout de suite. Je veux ça et rien d’autre. Mais, d’après toi, comment la personne qui reçoit ce genre de message devrait réagir?

Christopher Dietzel : Encore, si je peux interagir… Pour revenir à ta première question… Pourquoi est-ce que les gens utilisent des applications de rencontres? C’est parce que ça peut donner le contrôle à l’individu. C’est parce que tu peux filtrer les personnes. Tu peux sélectionner exactement ce que tu veux, quand tu veux. Donc, encore, avec la technologie, ça donne à la personne, la capacité de faire ce type de choses pour le bon ou pour le mauvais.

Karen Uwase : D’accord. Et imaginons que je reçois ce genre de message. Comment est-ce que je devrais réagir?

Karen Uwase : Ça dépend de ce que tu veux. Peut-être, si tu es intéressée, tu peux répondre. Peut-être, d’une bonne façon. Tu peux répondre avec un compliment. Merci pour cette photo. C’est un beau pénis, par exemple. Je ne sais pas ce que tu veux. Donc je ne vais pas recommander quelque chose plus que d’autres. Mais, bien sûr, si c’est selon la personne, si c’est une forme de violence, si c’est vécu comme violent, bien sûr, tu peux bloquer la personne, tu peux rapporter à l’appli.

Karen Uwase : C’est vrai, tu en as parlé plus tôt.

Christopher Dietzel : Oui, exactement. Donc, il y a des options dans les applications qui permettent aux utilisateurs de bloquer des personnes, de rapporter un problème. Donc de plus en plus, on voit qu’il y a des options dans les applis. Mais aussi, si c’est quelque chose de grave, si c’est du harcèlement qui continue, si c’est une personne qui perpétue de la violence. Pas juste en ligne, mais en personne aussi. Tu peux aller aux autorités. Tu peux aller à la police. Tu peux aller… Il y a des options aussi pour aider les gens.

Karen Uwase : Justement, ça va très bien avec ma prochaine question. Évidemment, tu as parlé des différentes conversations qu’on peut avoir sur les applications de rencontres. Et parfois ça va bien, parfois ça va moins bien. Dans le cas où ça va moins bien, notamment dans le cas où j’ai une conversation qui se passe bien avec une personne, mais pour une raison ou une autre, après l’avoir rencontrée ou avant de l’avoir rencontrée, je rejette la personne et cette personne ne réagit pas forcément bien. Comment tu penses que ceci est traité? Comment je devrais réagir face à la violence que cette personne exprime face à mon rejet?

Christopher Dietzel : C’est difficile parce quand on utilise ces applis, on a des attentes, on veut quelque chose de rapide, on veut la personne qu’on cherche, peut-être une personne de nos fantasmes. Donc il faut savoir que quand la personne insiste ou te met de la pression, tu dois te protéger en fait. Et je t’encourage à utiliser des options dans les applis comme Bloquer ou Rapporter, parce que ce type de personne peut continuer à harceler les gens si tu la laisses dans les applis.

Karen Uwase : À ce moment-là, c’est éviter la personne. Et d’après toi, dans ta recherche, tu penses qu’il y a une manière de mieux équiper les personnes qui se font rejeter justement, notamment les hommes, pour qu’ils réagissent mieux au rejet qu’ils peuvent recevoir?

Christopher Dietzel : Mais oui, je pense qu’une partie de… Pour répondre à ta question, je pense que l’éducation est vraiment importante. Il faut réapprendre quoi faire après le rejet. Donc c’est bien aussi de se sensibiliser. Donc de se demander pourquoi il y avait cette réaction. Et bien sûr, j’encourage les gens à faire des réflexions, à parler avec un professionnel si jamais ça devient quelque chose de plus sérieux, plus sévère, plus grave. Parce que, bien sûr, dans la vie, ce n’est pas comme si tout peut toujours se passer bien. Ce n’est pas juste une question de réponse en ligne dans les applications de rencontres, c’est aussi une question de comment agir avec les personnes dans les communautés. Donc si ce type de personnes a des problèmes avec peut-être des émotions, avec la colère… Ça peut être une bonne opportunité de prendre une pause, de parler avec de la famille, des amis, son entourage. Et, peut-être, de chercher de l’aide.

Karen Uwase : Que ce n’est pas si grave, à la fin de la fin de la journée. Justement, notamment, tantôt tu as parlé des groupes plus à même de recevoir ou d’expérimenter de la violence sur les applis de rencontres. Et tu as déjà parlé de certains groupes… Les personnes de la communauté LGBTQ+, les personnes de couleur, les personnes avec un handicap mental, etc., etc. Est-ce qu’il existe des manifestations de ce genre de violence qui sont particulières à certains groupes notamment?

Christopher Dietzel : Bien sûr. On le voit avec la communauté LGBTQ+. On voit qu’il y a l’homophobie et la transphobie. Il y a des personnes qui sont ciblées à cause de leurs identités, un peu comme le racisme ou le sexisme. Il y a des personnes qui peuvent être plus ou moins ciblées parce qu’elles sont mineures, elles sont vulnérables, elles sont marginalisées, peu importe. Donc en fait, je dois m’exprimer autrement. Parce que c’est pas à cause de leurs identités. C’est parce que la société pense qu’elles sont moins importantes, qu’elles ne méritent pas les mêmes droits, les mêmes sécurités que les autres personnes. Donc ce n’est pas à cause des identités, c’est juste les identités que la société n’apprécie pas, ne respecte pas.

Karen Uwase : Exactement. Aucun problème. Tu as parlé d’homophobie, transphobie, parce que ça existe même sur Grindr?

Christopher Dietzel : Mais oui, bien sûr.

Karen Uwase : D’accord. Donc ça veut dire qu’il y a des personnes hétérosexuelles qui vont sur Grindr? Ou ça va être de l’homophobie de la part d’autres personnes de la même communauté, par exemple?

Christopher Dietzel : Oui, en fait il y a des personnes qui peuvent être queer, gays, peu importe, et elles peuvent avoir une homophobie interne ou une transphobie interne. Donc, peut-être qu’elles ne sont pas acceptées. Peut-être qu’elles ne s’aiment pas tout simplement. Et si c’est le cas, elles peuvent se montrer violentes, faire du mal aux autres personnes de la communauté. Et aussi, il faut savoir, il faut comprendre que ce n’est pas tous les hommes ou tous les membres de la communauté LGBTQ+ qui sont similaires. Donc, bien sûr, il y a une grande diversité des identités, d’âge, de race, de capacités, de tout dans la communauté LGBTQ+. Donc, c’est un parapluie. Il y a plusieurs communautés sous ce parapluie. Donc malheureusement, bien sûr, il y a de la discrimination entre ces sous-communautés, et les personnes trans, non binaires, de genre non conforme, en particulier, peuvent être très ciblées. Elles peuvent être des cibles de harcèlement, de violence sur Grindr et les autres applis.

Karen Uwase : Voilà. Donc il y a plusieurs types de violence, de harcèlement sur les applications de rencontres. Il y a notamment ce phénomène de chasers et la fétichisation sur les applications de rencontres. Est-ce que tu peux expliquer ce phénomène-là?

Christopher Dietzel : Oui, c’est très intéressant, surtout suite à ta dernière question, parce que, d’une certaine façon, c’est le revers de la médaille, parce qu’il y a une discrimination contre les personnes trans ou les personnes de couleur ou peu importe. Mais, de l’autre côté, il y a des personnes qui n’excluent pas ces populations, mais cherchent ces populations.

Karen Uwase : En particulier.

Christopher Dietzel : En particulier. Donc, au lieu d’exclure ces populations à cause de leur identité, elles cherchent ces populations à cause de leur identité. Donc, c’est-à-dire que c’est la fétichisation des personnes. Parce que ces chasers, comme on les appelle, ces chasers pensent que les populations minoritaires, les personnes de minorités visibles sont exotiques, sont intéressantes, sont plus… sont fascinantes. C’est quelque chose d’intéressant.

Karen Uwase : Ça devient comme une obsession.

Christopher Dietzel : Oui, peut-être, mais c’est vraiment la fétichisation d’une personne, d’une identité, des stéréotypes. C’est vraiment de ne pas voir la personne en tant que personne, mais de voir une identité, un acte ou quelque chose qui déshumanise la personne.

Karen Uwase : Oui, tu as parlé, tu as bien décrit ce phénomène de fétichisation. Mais, d’après toi, les personnes qui sont la cible de ce genre d’objectification, qu’est-ce que tu penses qu’elles ressentent? Comment penses-tu qu’elles vivent cette fétichisation tout simplement?

Christopher Dietzel : C’est sûr qu’il y a des gens qui le prendraient personnellement, parce que si c’est quelque chose que tu reçois tous les jours, si le monde te regarde comme un objet, comme un fétiche, c’est sûr que tu peux internaliser ça, et ça peut faire du mal à ton esprit, à ta confiance. Ça peut avoir un impact négatif sur les relations, sur les expériences sexuelles, sur les relations intimes ou personnelles ou même professionnelles. Juste d’être un objet, de se voir ou de percevoir que tu es un objet, d’internaliser ça tous les jours, ça peut avoir des impacts. Des impacts graves comme la dépression et l’angoisse. Plusieurs, plusieurs choses.

Karen Uwase : Donc c’est assez important. Ça me permet notamment… Parce que tantôt tu as parlé du revers de la médaille. On va avoir des personnes qui excluent les minorités visibles. On va avoir des personnes qui sont un peu plus poussées sur les minorités visibles. Mais on a beaucoup parlé des hommes. Mais il y a des situations et des hommes et des femmes qui ont des profils assez, comment dire, « masc only ». C’est un terme qu’on a appris pendant qu’on faisait la recherche sur ce sujet-là, mais c’est plus ou moins pour donner un exemple à l’auditoire. On va avoir des profils de filles qui disent « Moi je ne vais pas en date avec des hommes qui ne font pas un minimum six pieds ». Est-ce que c’est pas problématique ça aussi?

Christopher Dietzel : Mais oui, bien sûr. C’est d’exclure toute une population à cause d’une catégorie, en fait. C’est une forme de discrimination. Et ça montre que, peut-être, tu n’es pas ouverte aux autres expériences. Donc, oui, je vois le point, je vois ce que tu veux dire, parce que, bien sûr, on a tous des motivations, des préférences, bien sûr. Et je ne vais pas dire à chaque personne qu’il faut, si tu aimes quelque chose… Oui, bien sûr, il faut écouter ton cœur. Mais de toute façon, c’est bien de rester ouvert et de voir les personnes, pas juste comme un objet ou comme une identité ou une catégorie. Parce que si on continue dans ce chemin, on va perpétuer des stéréotypes. On va continuer à faire de la discrimination contre des personnes juste à cause de…

Karen Uwase : De profils, pas important, des détails qui pourraient passer à côté. Alors, Christopher, d’abord, merci beaucoup d’avoir expliqué les différentes formes de violence qu’on peut rencontrer sur les applis de rencontres. C’était hyper intéressant. Je suis sûre que l’auditoire va beaucoup apprécier cette partie-là. Maintenant qu’on est au courant, maintenant qu’on connaît cet aspect-là… Quels en sont les effets? Comment on peut ou comment on devrait faire pour soit se protéger ou soit réduire les risques qu’on peut rencontrer sur les applications de rencontres?

Christopher Dietzel : J’aime bien parler des solutions et des formes de protection. Parce que c’est sûr qu’il y a beaucoup de choses qui peuvent arriver en ligne et en personne. Et ce qu’il faut garder en tête aussi, c’est qu’avec la violence, plusieurs types de violence, il y a des des problèmes qui peuvent arriver juste en ligne. Des choses virtuelles, comme les photos non sollicitées, le harcèlement, la pression, plusieurs autres choses comme tout ça. Il y a des problèmes qui peuvent arriver juste en personne, comme le stalking, comme l’agression physique, l’agression sexuelle. Des choses qui sont plus réelles, tactiles, si tu veux. Mais il y a des problèmes aussi qui peuvent arriver à travers ces deux espaces. Donc si on partage les informations de quelqu’un en ligne, ça pourrait avoir un impact sur la vie d’une personne. Donc de donner l’adresse d’une personne, de dire qu’il faut chercher telle personne à telle adresse. Par exemple, le doxing, comme on l’appelle en anglais. Donc je dis tout ça pour vraiment faire attention à plusieurs types de violence qui peuvent arriver. Parce que pour se protéger, c’est bien de développer des stratégies qui touchent à plusieurs types de violence. Parce que si tu subis quelque chose en personne et tu mets en place une stratégie virtuelle, c’est sûr que ça ne va pas fonctionner toujours. Donc il faut garder ça en tête. Parce qu’il y a plusieurs stratégies qui peuvent aider dans plusieurs types de situations.

Karen Uwase : Ok, très bien. Tantôt, tu as parlé de pouvoir rapporter une personne, pouvoir bloquer une personne sur les applications de rencontres. Mais est-ce qu’il existe des choses plus avancées ou plus pratiques que les utilisateurs des applications de rencontres peuvent utiliser?

Christopher Dietzel : Bien sûr, parce que les deux options dont j’ai parlé, ça reste juste dans les applis. Mais il y a des choses que tout le monde peut faire en préparation d’une rencontre ou juste en ligne, hors de ces deux options. Donc en fait, ce que tu peux faire, c’est de trust your gut, en anglais. De t’écouter.

Karen Uwase : Se faire confiance?

Christopher Dietzel : Oui, exactement. Parce que si jamais il y a quelque chose qui ne sonne pas bien, il faut se faire confiance et faire attention. Parce que si ça sent bizarre, si tu n’es pas à l’aise, écoute-toi. Aussi tu peux demander des informations de la personne. Et dans ma recherche, il y avait des gens qui ont parlé d’utiliser ces informations pour faire des recherches sur Google. Donc, de chercher la personne sur les réseaux sociaux comme Instagram, Twitter, Facebook et ailleurs. Il y avait même des gens qui ont sauvegardé les photos de profil pour les rechercher dans Google, avec Image Search, pour voir si la personne est vraiment comme elle se présente. Ça ne veut pas dire que tu dois le faire pour chaque personne. Absolument pas. Mais c’est juste qu’il y a des stratégies qu’on peut faire en ligne pour chercher la personne ou chercher plus d’informations. Bien sûr, si tu fais une rencontre en personne, tu peux dire à ta famille, à tes amis où tu vas rencontrer des personnes. Tu peux même demander d’aller dans un café ou un lieu public. C’est toujours mieux que dans un espace privé. Si tu vas dans un bar ou un café, tu peux arriver peut-être un peu plus tôt pour en parler avec l’équipe et leur dire que tu es là pour rencontrer une personne. Donc peut-être qu’ils pourront t’aider, si jamais il y a quelque chose qui arrive. Tu peux parler avec tes amis pour leur demander de t’appeler pendant pendant la date. C’est très bien de garder le contrôle du transport, parce que si tu demandes à la personne de te déposer quelque part, tu laisses le contrôle à l’autre personne. Et reste dans le même lieu. Ne change pas les lieux, parce que ça peut être plus difficile. Et encore, c’est bien de rester dans les lieux publics.

Karen Uwase : Plusieurs options. Je suis sûre qu’il y a plusieurs personnes qui ont pris des notes. En tout cas, c’est mon cas. Et ça m’a fait penser, pendant que j’écoutais toutes les solutions que tu as apportées… Quelle est la responsabilité des entreprises qui gèrent ces plateformes-là? Parce que, ok, imaginons que je ne veuille pas avoir recevoir de dickpics. Est ce qu’il y a une possibilité sur certains profils, sur certaines applications de rencontres, de dire « Moi je ne souhaite pas recevoir d’images » ou « Je ne souhaite pas recevoir de dickpics »? En gros, quelles sont, penses-tu, les… Ou ce que tu as expérimenté, peut-être… quelles étaient les options qui étaient offertes par ces plateformes-là?

Christopher Dietzel : Oui, c’est très bien de mettre de la pression sur les compagnies, parce qu’en fait, c’est elles qui gèrent ces espaces. Donc c’est bien de les tenir responsables pour tout ce qui se passe, même si c’est pas forcément de leur faute, c’est de la faute des individus, mais elles, elles sont responsables quand même. Donc ce qu’on voit de plus en plus, c’est qu’il y a plusieurs options dans les applis pour mieux comprendre la personne avec qui tu parles. Donc on voit que maintenant on peut faire des appels dans les applis. Des appels vidéo. Tu peux envoyer des messages vocaux. Il y a des choses pour, peut-être, valider la personne, on peut dire. Mais ça ne veut pas forcément dire que tu peux faire confiance à cette personne. Parce que, même si contactes cette personne et que cette personne te donne une bonne histoire, ça ne veut pas dire que ça va être toujours une bonne personne en personne.

Karen Uwase : On peut faire confiance à des informations qu’on trouve sur les applications de rencontres? Est-ce qu’il y a une espèce de système de vérification pour être sûre que je parle bien à Pierre? Est-ce que la plateforme ou les plateformes ont la bonne identité de la personne? Même si lui, il ne donne pas un bon prénom, en arrière, il est quand même obligé de valider. Il ou elle d’ailleurs, est obligé de valider son identité.

Christopher Dietzel : Justement, c’est une option qu’on voit de plus en plus. C’est les utilisateurs et utilisatrices qui demandent aux applis d’avoir un système de validation, de vérification. Donc en fait, ce qu’on peut faire maintenant, c’est d’avoir un profil vérifié. Donc en fait, tu envoies tes photos à la compagnie et on va te demander de faire des selfies avec des faces différentes, de faire des grimaces, peut-être un sourire. Et en fait elles vont utiliser les algorithmes ou l’intelligence artificielle, pour comparer les selfies que tu as pris avec les photos que tu as téléchargées sur l’appli. Mais juste pour clarifier, même si tu es vérifiée par l’appli, c’est-à-dire que tes photos ressemblent aux autres que tu as téléchargées, ça ne veut pas dire que la personne est une bonne personne. C’est juste une forme de vérification des photos, mais ce n’est pas une vérification des valeurs d’une personne. Donc il y a toujours une dualité.

Karen Uwase : Aucun problème. C’est assez clair. Je voudrais parler d’un autre sujet, qui reste toujours sur les applis de rencontres, t’inquiète pas. On parle très souvent, surtout ces dernières années, d’une culture de hookup. T’as parlé tantôt des relations casuelles… Beaucoup de personnes utilisent ces applis pour trouver parfois des partenaires sexuels. C’est leur seul but. Est-ce qu’un message sexuel ou une photo non sollicitée devient une photo sollicitée dans ce genre? Est-ce que ça devient vraiment un problème à ce moment-là?

Christopher Dietzel : Justement, comme j’ai dit tout à l’heure, c’est sûr qu’il y a des gens qui le cherchent. Donc juste parce que c’est non sollicité, ça ne veut pas dire que c’est de la violence. Donc il faut garder ça en tête. Parce que oui, si on parle de la définition, on peut dire que c’est une forme de violence. Mais si on parle des expériences des personnes en vrai, ce n’est pas toujours vécu comme ça. Donc, ça existe encore, une dualité entre la définition et les expériences.

Karen Uwase : Christopher, je dois avouer que cet épisode est super intéressant pour moi. J’apprends beaucoup de choses. Question par question. Mais, à la fin de la journée, je suis sûre qu’il y a plein de personnes qui vont écouter ce podcast, cet audio, ce balado, et elles vont se dire « Est-ce que c’est pas juste ce qui arrive sur Internet? C’est juste Internet et c’est comme ça. Ça n’arrive pas dans la vraie vie ». Qu’est-ce que tu dirais à ces personnes-là?

Christopher Dietzel : Moi je dirais que c’est une forme de banalisation. Donc si tout le monde dit que ce n’est pas un problème, ça va rester pas un problème. Donc c’est à nous de décider, si on est content avec des expériences comme ça qui peuvent arriver en ligne et en personne, à travers ces deux espaces, ou si on n’est pas content. Donc oui, si on continue à répéter, si on continue à dire que ce n’est pas un problème, rien ne va changer. Donc je pense que ça serait aux gens de réfléchir, de parler avec des amis, de se demander si c’est quelque chose qu’on veut accepter, qu’on veut banaliser ou si on veut changer.

Karen Uwase : Une remise en question est importante, très chers amis. Donc justement, en parlant de la relation entre Internet et le monde physique, est-ce que tu penses qu’il y a une corrélation entre les personnes qui font ces gestes violents sur Internet et les personnes qui font des gestes violents dans le monde physique, un peu plus physique?

Christopher Dietzel : Je pense que, un peu comme on a dit tout à l’heure aussi, que les espaces virtuels, en ligne, digitaux, ça donne un peu plus d’anonymat. On peut être un peu plus anonyme, on peut avoir un peu plus d’invisibilité. Donc ça donne une certaine liberté d’agir, ou de faire un peu plus en ligne qu’en personne. Donc, dans ce sens aussi, je dirais que, même si ce n’est pas physique, ça ne veut pas dire que ce n’est pas grave parce qu’on a plus en liberté de faire ce qu’on veut si on est derrière un écran et si on n’est pas tenu responsable pour nos actions.

Karen Uwase : D’accord, parce que justement tu nous fais remarquer un point très important. Il y a une barrière. La barrière, c’est l’écran. Ce qui permet à ces gens d’être beaucoup plus à l’aise et de se demander « Écoute, si t’avais pas cet écran, est-ce que tu réagirais de cette manière-là? » C’est plus ou moins ton point, n’est-ce pas? Est-ce que tu penses qu’il y a une manière de changer ce comportement de ces personnes-là?

Christopher Dietzel : Je pense que ça serait bien de garder en tête qu’on est tous des êtres humains, qu’il y a des personnes derrière l’écran. Donc même si on ne les voit pas, si on ne se regarde pas dans les yeux, ça ne veut pas dire que cette personne ou les autres personnes n’ont pas d’émotions. Donc on ne va pas déshumaniser les personnes. Il faut garder en tête que ça serait bien de juste être poli, être gentil, être respectueux. Il faut qu’on soit gentil, tout simplement. Pour répondre à ta dernière question, s’il n’y a personne qui change, le monde ne va pas changer. Donc c’est à nous d’incarner le changement qu’on veut voir.

Karen Uwase : Maintenant qu’on connait beaucoup mieux le problème grâce à toi. Que penses-tu qu’on devrait faire au niveau individuel pour réduire cette violence qui continue sur les applications de rencontres?

Christopher Dietzel : Pour les interactions qu’on a en ligne, je pense que c’est bien d’utiliser les options des applis. Donc si on parle de blocage, de reportage, je pense que ça serait bien d’utiliser ces options, quand elles sont disponibles. Aussi, de chercher des informations sur l’individu. Si jamais tu as des doutes, ça serait bien aussi de te faire confiance. Absolument. Donc écouter tes instincts. Et aussi, si tu vas rencontrer une personne en personne, ça serait bien de parler à tes amis, de surveiller ton GPS, le système de localisation. De ne pas partager des informations non nécessaires. Parce que, dès que c’est partagé, tu ne peux pas reprendre ces informations.

Karen Uwase : Malheureusement.

Christopher Dietzel : Malheureusement. Et aussi de faire des rencontres dans des lieux publics.

Karen Uwase : Tu as parlé de l’importance de sensibiliser. L’éducation par rapport aux violences qui peuvent exister sur les réseaux sociaux, notamment sur les applications de rencontres. Donc, d’un point de vue sociétal, est-ce qu’il y a des changements qui permettraient justement d’éviter ce genre de situation sur les applications de rencontres?

Christopher Dietzel : Justement, pour souligner, je pense que l’éducation est vraiment, vraiment importante. C’est bien de changer la politique si on veut vraiment changer la société. Et pour nous, pour les gens qui interagissent avec d’autres personnes au quotidien, c’est bien de réfléchir, de se poser des questions, d’apprendre comme tout le monde fait avec nous aujourd’hui. Donc ça c’est très bien.

Karen Uwase : Il faut écouter Elles parlent.

Christopher Dietzel : C’est ça!

Karen Uwase : Toutes les réponses à vos questions. Merci beaucoup, Christopher.

Christopher Dietzel : Merci à toi. Ça fait plaisir.

Karen Uwase : Voilà, plaisir partagé. En espérant que les auditeurs et auditrices ont autant adoré écouter cet épisode qu’on a adoré en discuter. Et on souhaiterait aussi remercier les studios de Livestream Junkies, où on enregistre aujourd’hui. Si vous souhaitez avoir toute info supplémentaire, s’il vous plaît, visitez le site de actionontarienne.ca. Et moi, je vous dis à la prochaine! Merci d’avoir écouté et regardé Elles parlent.

 


 

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