Transcription Balado Elles parlent – Épisode 2.04

Saison 2

Karen Uwase : Le seul traitement qu’ils offrent, c’est te retirer de la société… qui peut être un peu aliénant.

Megan Blanche : Mais je me demandais juste pourquoi les personnes avec l’anorexie, c’était eux en fait qui se faisaient réprimander. Puis en fait, cette personne-là, qui est super gentille, super attentionnée, m’a dit : « Ah mais, tu ne trouves pas qu’ils sont dommageables aux autres? » Tu ne trouves pas que ce qu’ils disent, c’est vraiment dangereux? Il faut protéger les autres d’eux.

Karen Uwase : Bonjour et bienvenue à Elles parlent. Un balado pour apprendre, découvrir ou redécouvrir sur les thématiques liées sur les violences basées sur le genre. Je suis votre animatrice, Karen Uwase. Et aujourd’hui Elles parlent de troubles alimentaires et violences sexistes avec Megan Blanche. Bonjour Megan.

Megan Blanche : Bonjour. Ça me fait plaisir d’être ici.

Karen Uwase : Bienvenue! Megan est candidate à la maîtrise en anthropologie médicale à l’Université d’Ottawa. Elle a aussi effectué du travail en intervention en santé mentale dans le travail social. Alors Megan, ici, je vois sur ma fiche que ton chat a une personnalité?

Megan Blanche : Oui, moi, en fait, j’ai beaucoup d’imagination. Donc, quand j’avais mon chat dans mon appartement, j’ai emménagé avec ma coloc. Puis en fait, elle était vraiment surprise que je pense qu’il y avait vraiment une bonne personnalité, des opinions politiques assez fortes. Il était quand même bien, disons, coloré comme personnage. Mais finalement, j’ai réussi à rentrer tous mes amis dans mon petit délire de mon chat, et maintenant tout le monde a accepté qu’il était vraiment…. Il avait un titre, il a une personnalité. C’est une personne à part entière.

Karen Uwase : De gauche ou de droite, ton chat? Tu sais?

Megan Blanche : De droite. Malheureusement. On avait des frictions par rapport aux opinions, mais c’est correct. Je pense que ça ajoutait au narratif que j’avais sur lui.

Karen Uwase : Ça a l’air d’être un culte, tout ça. Mais c’est pas grave, c’était super intéressant. Comment il s’appelle, ton chat?

Megan Blanche : Monsieur Matcha.

Karen Uwase : Monsieur Matcha. Ça fait énormément de sens. Écoute, aujourd’hui, comme je l’ai dit un peu plus tôt, on parle de troubles alimentaires. Et qu’est-ce que tu entends par troubles alimentaires?

Megan Blanche : En fait, c’est quand même une question compliquée. C’est certain qu’on peut avoir cette idée-là, très prédominante, par exemple, de l’anorexie, qui est vraiment assez frappante. Surtout la façon dont c’est représenté, mais ça va vraiment au-delà de ça. C’est sûr que si on pense juste à la définition du DSM, qui est utilisée en psychiatrie ou même en travail social, en psychologie… Donc l’anorexie, la boulimie, l’hyperphagie boulimique aussi. Mais c’est sûr qu’il y a beaucoup de personnes qui ne peuvent pas vraiment se retrouver dans ces catégories-là, parce qu’il y a quand même des restrictions par rapport au poids, par rapport… Il faut rencontrer tous les critères diagnostiques ou un certain nombre pour rentrer dans la catégorie. Donc, il y a beaucoup de personnes qui vont, par exemple, avoir ce qu’on va appeler des pratiques désordonnées et donc juste avoir certains comportements ou certaines expériences qui pourraient correspondre partiellement aux catégories, mais quand même pas mériter, avec de gros guillemets, selon la psychiatrie, de l’aide ou du traitement ou du soutien de quelque sorte, juste basé sur le fait qu’en fait c’est pas… ça ne fait pas partie de ces catégories-là préétablies qui sont seulement votées par un ensemble d’hommes blancs aux États-Unis, parce que c’est comme ça qu’ils font le DSM essentiellement.

Karen Uwase : C’est la deuxième fois que tu mentionnes DSM. Pour les personnes qui n’ont pas fait de psychothérapie comme moi. Qu’est-ce que ça veut dire?

Megan Blanche : Donc c’est un peu ce que les gens appellent la bible de la psychologie. Donc c’est le manuel diagnostique et statistique en psychiatrie. Donc c’est vraiment juste un recueil de tous les troubles psychiatriques qui est en fait fait par l’Association des psychiatres américains. Mais c’est vraiment la référence pour habituellement, les médecins, les psychologues, les psychiatres, des fois les travailleurs sociaux, dépendamment de quel genre de travail social ils font et comment ils conceptualisent le travail social en santé mentale. Mais ça reste que c’est vraiment habituellement comme le point de référence pour tout le monde, même, je veux dire, des gens… C’est accessible en ligne. Il y a des gens que je pense que, dans la vie de tous les jours, ils doivent y référer pour savoir c’est quoi, les catégories de ces choses-là.

Karen Uwase : Pour s’y retrouver. Non mais c’est hyper intéressant tout ça! Enfin, je sens déjà que l’épisode, il va être hyper hyper intéressant. Alors Megan, justement, pour déconstruire ces stéréotypes sur la quête d’attention en ce qui concerne les personnes avec des troubles alimentaires, qu’est-ce que tu penses qui provoque justement ces troubles alimentaires?

Megan Blanche : Ben c’est sûr qu’en psychiatrie et en psychologie, on va parler justement du modèle biopsychosocial. Donc tu as les aspects biologiques qui seraient des risques génétiques. Donc si, par exemple, un parent ou un membre de la famille assez proche aurait un trouble alimentaire, pour eux, ce serait un facteur de risque. Ce qui devient assez problématique en termes de… Comme… Est-ce que ça apporte vraiment des solutions? Si c’est juste un risque génétique, qu’est-ce qu’on fait par rapport à ça? Il y a pas vraiment de solution. Ensuite, psychologique, c’est vraiment des facteurs par rapport à la personnalité. Puis là on va parler par exemple personnalité pathogénique. Ce qui est encore là revient un peu au même problème où que l’individu est mis en cause. Donc, s’il y a quelqu’un de perfectionniste, mais qui est considéré comme trop perfectionniste, entre guillemets, pour eux, en fait, c’est justement une source de problèmes. Puis c’est pas pour dire que la personnalité est pas vraiment enchevêtrée avec cette idée-là de trouble alimentaire, mais ça reste que c’est quand même… Est-ce que c’est ça le gros du problème? Est-ce que c’est à ça qu’on devrait porter attention? Pas nécessairement. Pour moi, je pense que les aspects vraiment sociaux, c’est le plus important. Surtout en termes de relation qu’on discute pas vraiment. On va beaucoup parler de l’effet des médias, Puis en même temps, je suis d’accord que, par exemple, il y a beaucoup de justement grossophobie dans les médias. Je pense qu’il y a un message problématique par rapport au corps. Surtout par rapport aux corps genrés. Mais c’est beaucoup… Quand on parle avec des gens qui ont des troubles alimentaires, ils parlent beaucoup de leur relation avec les autres. Ils parlent de leur relation surtout avec leur famille. Surtout les personnes qui sont plus jeunes, donc des adolescentes ou des enfants. Des choses comme ça. Qui vont parler de la violence qu’ils vivent dans leur relation. Autant une violence symbolique que, ça peut être vraiment plus poussé, comme une violence physique, de la violence sexuelle, la violence qu’ils vivent avec leur conjoint, leur conjointe, leurs amis. Puis, en fait, comment eux, ils vivent beaucoup de détresse dans ces relations-là. Puis pour moi, c’est une des choses les plus importantes à considérer. Puis une des choses qui est vraiment le moins explorée. C’est sûr qu’il y a quand même beaucoup de recherches sur les relations, mais c’est toujours très sommaire. Puis c’est vraiment la dernière chose qu’on prend en compte, parce que, si quelqu’un qui a un trouble alimentaire se dit « Je vais aller chercher de l’aide », ils vont en thérapie, mais c’est eux avec un psychologue. Puis c’est pas qu’il y a rien de mal à ça, mais c’est quand même très individuel. Et après c’est comme… Qu’est-ce qu’on fait de ces relations-là? Et comment on les prend en considération dans la façon dont on intervient? Puis est-ce que même… on trouve que c’est important de parler de relation quand on parle de… « Ah, pourquoi la personne a un trouble alimentaire? » Ou est-ce qu’on préfère se dire… « Ah la personne et perfectionniste, elle va préférer certaines choses, sa personnalité, c’est un problème, ou il y a un risque génétique… » Sans vraiment prendre en considération tous les facteurs qui sont sociaux ou environnementaux dans lesquels la personne est placée.

Karen Uwase : Donc en gros, c’est multifactoriel. Un peu pour résumer. Ça peut être provoqué par plusieurs choses, mais tu penses que c’est principalement lié aux relations que les personnes avec des troubles alimentaires ont.

Megan Blanche : Oui, puis je pense que c’est aussi, justement comme si… on pense à tous les facteurs qui sont en jeu justement, dans ce modèle-là, c’est aussi la question de sur quoi il est possible d’agir et qu’est-ce qui justement serait le plus bénéfique pour la personne.

Karen Uwase : Excellent! Justement… Qu’est-ce qui est bénéfique pour ces personnes-là? Justement. Parce que, j’imagine qu’il y a des conséquences de ces stéréotypes-là quand il s’agit de comment traiter les personnes avec des troubles alimentaires.

Megan Blanche : Mais je pense que c’est beaucoup… Comme, par exemple, je me souviens, il y a certaines personnes qui m’ont déjà dit qu’elles ne savaient pas comment exprimer leur détresse de façon appropriée. Donc, elles souffrent. Elles ont justement, elles ont, par exemple, de l’anorexie, de la boulimie, mais en fait, pour elles, leurs questions, vraiment ce qui est important, c’est comment est-ce que elles, elles peuvent aller chercher de l’aide, mais pas trop, parce qu’elles ne veulent pas avoir l’air d’avoir trop de besoins. Mais en même temps, elles en ont besoin. Elles ont besoin d’aide. Il y a toujours cette ambivalence-là, mais au final, les personnes se disent, « Ah, mais je ne vais pas aller vers les autres parce qu’ils vont trouver que j’ai des besoins. » C’est tellement terrible d’avoir besoin des autres, d’avoir besoin de soins. Et c’est là que je pense que, justement, l’idée de relation est importante. Parce que clairement, les personnes ne veulent pas… Elles veulent s’effacer, elles n’ont pas envie d’être là. Dans un sens très existentiel, disons. Pas que les gens qui ont des troubles alimentaires nécessairement… Veulent, par exemple… Ont plus de risques de suicide ou pas. Dépendamment de la personne. Mais c’est vraiment qu’ils n’ont pas envie de s’engager dans des relations où ils se sentent tellement mal.

Karen Uwase : Mais c’est… justement… C’est ironique que toi, tu trouves… Ou que tu penses, enfin, que tu as étudié. J’imagine que c’est sûrement basé sur les relations, mais que quelque part, les personnes avec des troubles alimentaires justement sont là… « Ah, mais je ne veux pas perdre ces relations, donc je vais un peu m’effacer. » Donc, être un peu dans le déni. Est-ce que ça… Ça ne cause pas plus de troubles alimentaires?

Megan Blanche : Non, c’est ça. Puis ça me rappelle quelque chose quand même d’intéressant… Une anthropologue médicale aux États-Unis qui avait fait de la recherche en milieu clinique. Puis en fait, c’est que tout le monde qui était dans le service, justement, avait besoin de soins. Puis il y avait vraiment cette ambivalence profonde de… « J’ai besoin d’aide, mais je ne le mérite pas. » Profondément, ils pensent qu’ils ne méritent pas ça… Mais en même temps, les intervenants, donc les travailleurs sociaux, les psychologues, les psychiatres font juste renforcer cette idée-là. Parce qu’en fait, ce qu’ils disent, c’est… T’es manipulateur, tu fais exprès, tu veux de l’aide, mais après ça, tu n’en veux plus, tu fais ça pour aller chercher plus d’attention. Puis en fait, les gens sont pris constamment dans des doubles contraintes dont ils ne peuvent pas sortir. Donc est-ce que… Ça vient aussi à cette question-là de violence du care, de… Comment on adresse la détresse des gens. Comment on répond à leur souffrance? C’est adéquat ou est-ce qu’en fait ça fait juste empirer les choses… Puis ça fait juste renforcer tout ce qu’ils croient qu’ils ont pas.. Ils n’ont pas le droit d’avoir des soins, ils ne le méritent pas. Parce que c’est déjà ça, la croyance profonde qu’ils tiennent, Pas juste dans les relations avec des professionnels de la santé, mais aussi dans leurs relations de tous les jours. Et donc c’est comme, est-ce que… On fait, juste s’engager dans la même logique constamment. Puis après ça, se dire « Ah, c’est dommage, parce que le traitement ne fonctionne pas. » Ou en fait, plus les personnes ne réussissent pas le traitement, parce que le traitement, il fonctionne tout le temps, mais les personnes, elles, par contre, clairement, c’est elles, le problème.

Karen Uwase : Elles ne veulent pas guérir. Alors quelles sont les pratiques actuelles en traitement des troubles alimentaires?

Megan Blanche : C’est sûr qu’il y a beaucoup le modèle dominant biomédical. On va parler de thérapie cognitive comportementale. Donc, ça, c’est sûr que c’est vraiment comme le standard d’or, disons. C’est vraiment ce qui est supposé être le plus efficace. Ensuite, c’est sûr que… Moi, j’ai beaucoup d’amis qui sont… ou de personnes avec qui je travaille, qui sont en travail social, que la perspective est un peu différente… Dépendamment, il y a certaines personnes qui sont vraiment plus proches de la psychologie. Certaines personnes vont prendre plus des approches féministes en travail social Ce qui est quand même intéressant, qui va vraiment adresser ces questions-là, plus de relations ou les questions de la société. Donc, justement, l’oppression, la violence de genre, toutes ces choses-là. Mais ça reste que le modèle dominant, c’est vraiment… En tout cas pour les adultes, ça va être la thérapie individuelle, la thérapie nutritionnelle, le suivi chez le médecin aussi. Parce qu’il y a quand même des conséquences au niveau de la santé physique. Et ensuite, pour les enfants, habituellement, c’est la thérapie individuelle aussi, mais aussi une approche axée sur la famille, donc la thérapie familiale, où c’est tout le système familial, qui doit faire un travail, puis vraiment refléter sur… Il y a un enfant qui est malade, puis comment ça dérange un peu l’ordre familial, disons. Mais encore là… cette thérapie-là, c’est vraiment juste dans les familles qui sont considérées propices ou aptes à suivre la thérapie. Donc celles qui sont problématiques vont être écartées de la thérapie familiale, puis on va juste prendre l’enfant, le mettre en thérapie individuelle. Et donc les familles qui pourraient bénéficier d’une approche familiale sont écartées parce que les parents ne sont pas assez investis, ils n’ont pas le temps, ils n’ont pas l’argent pour être investis. S’il y a de la violence familiale, ils sont écartés aussi. Donc, tous les problèmes qui pourraient être adressés… C’est comme « Ah, mais ils sont un peu mis de côté. » Donc ça reproduit encore un peu les mêmes schémas de si on se dit… « Ah, peut-être que la famille… il y a un problème dans l’unité. » Sans dire que c’est une responsabilité individuelle exactement, Mais vraiment, comme… Il peut y avoir… Il n’y a pas beaucoup de soutien pour certaines familles, il y a des problèmes systémiques qui entrent en jeu. En fait, ces familles-là, c’est celles qui sont écartées en premier au profit de… « Ah, l’enfant, lui, il peut s’autogérer. » Parce que la thérapie familiale, le but, c’est d’enlever la responsabilité de l’enfant, puis de dire à la famille, en fait, vous êtes en charge de cette personne-là. Complètement. Au-delà de… Parce qu’habituellement, c’est plus des adolescentes. Et donc, c’est comme, vraiment… On va enlever toutes les décisions pour la donner à la famille.

Karen Uwase : Megan, tu nous as parlé de plusieurs pratiques. Elles sont toutes super… hyper intéressantes. On pourrait en entendre parler toute la journée, mais d’après toi, est-ce qu’elles sont efficaces?

Megan Blanche : Je pense que la question d’efficacité quand on parle de ces pratiques-là, c’est quand même assez difficile. Justement, si… On peut parler d’efficacité en termes de… c’est quoi, le rétablissement? Très bas, sur le long terme. Le taux de mortalité, si on prend l’anorexie, c’est une personne sur cinq qui va mourir. À cause de l’anorexie. Donc, que ce soit les conséquences physiques… Que ce soit le suicide, peu importe. Après ça, est-ce qu’il y a aussi… Cette idée-là de troubles alimentaires qui endure. Donc, qui serait comme une catégorie un peu à part de… Tu sais, des gens qui, toute leur vie, ils vont avoir un trouble alimentaire. Donc il y a aucun rétablissement, peu importe ce qu’on veut… Tu sais, comment on le conceptualise. Donc, la personne, toute sa vie, elle va continuer à vivre avec ça. Donc, c’est vraiment… c’est pas bon. Si c’était un traitement pour quelque chose de physique, Est-ce qu’on dirait que c’est efficace ou que c’est bien? Probablement pas. Mais ensuite, c’est aussi la question de… Est-ce que c’est le traitement en soi, le problème? Donc, tu sais, juste l’idée, par exemple, de la thérapie individuelle? Ou est-ce que c’est la façon dont on fait l’intervention? Parce qu’il n’y a pas… Par exemple, dans le dans le DSM, ça dit pas qu’il faut penser que les personnes avec des troubles alimentaires sont manipulateurs, mais c’est comme ça qu’ils sont traités. Donc, est-ce que le problème c’est dans la façon dont on approche ça? Tu sais, dans les faits, dans la réalité. Ou est-ce que c’est le modèle? Ça peut être débattu, mais ça reste que c’est quand même très difficile… de traiter les troubles alimentaires ou d’adresser plusieurs enjeux… Et ensuite c’est tout… Toutes les questions sociales et systémiques ne sont jamais adressées. Donc pour moi, l’efficacité, quand on pense à ça, c’est vraiment… Justement, si la personne n’a pas d’argent pour se nourrir… ou elle n’a pas d’argent pour la thérapie… Parce que, on peut se le dire, c’est un autre gros problème. Ça coûte excessivement cher quand on doit payer comme 175 $ pour 50 minutes de thérapie par semaine… pour seulement un thérapeute. Tu sais, pas le nutritionniste, qui est aussi pas couvert nécessairement. Donc, tous ces enjeux-là, ça fait que les personnes n’ont pas nécessairement accès aux mêmes soins. Ça ajoute de la pression. Justement, comme, c’est… J’ai beaucoup de personnes qui m’ont dit : « Tout ce qu’on m’a offert au public, c’est des soins, dans le fond, résidentiels. » Donc, c’est comme tu vas habiter dans un hôpital pendant, peu importe, trois mois ou quatre semaines dépendamment de l’hôpital. Mais la personne, si elle va à l’école? Tu ne vas plus à l’école. Si t’es à l’école secondaire, ils vont pas à leur bal de finissants, ils font pas leurs examens, ils doivent reprendre des années d’école qu’ils ont pas fait parce qu’ils étaient en soins résidentiels. Quand t’es un adulte, t’as des enfants, t’as un travail, tu ne peux plus travailler. Parce que t’as pas accès à la technologie à l’intérieur des soins la plupart du temps. Donc, ça prend vraiment beaucoup de temps, beaucoup de ressources… Beaucoup de soutien aussi que les gens n’ont pas nécessairement. Donc, après ça, quand on parle de taux d’efficacité, Il y a toutes ces questions-là qui entrent en jeu… Que peut être effectivement le traitement… Moi, je pense qu’il y a beaucoup… Il y a des grosses failles, par rapport à ça. Très clairement. Mais que c’est aussi… Est-ce que les gens peuvent vraiment s’engager dans ça? Est-ce que c’est réaliste que la seule option qui soit offerte, qui est gratuite, c’est un traitement résidentiel? Puis encore là, les traitements résidentiels c’est… habituellement le moins efficace de tous les types de traitement. Mais c’est quand même celui qui est gratuit.

Karen Uwase : C’est intéressant, parce que tu as mentionné plusieurs choses dans cette réponse, dans les réponses d’avant. C’est… on en revient à la société parce que… très clairement…. Mais au-delà de ça… Est-ce que ça, quelque part, ça rajoute pas de la pression? Parce que la perception du corps et du poids dans la société, spécialement pour les personnes genrées, est-ce qu’elle contribue pas aux lacunes qui existent déjà dans le cadre du traitement des troubles alimentaires?

Megan Blanche : Oui, ça c’est certain. Surtout quand on prend… en considération, c’est très, justement… Les critères de diagnostic sont très basés sur le poids. Donc, si la personne qui traite prend déjà pour acquis qu’il y a un poids approprié auquel tu peux être… Tu sais, il y a pas assez, il y a trop. Puis après ça, il y a, comme, normal. Puis déjà là, dans les centres de traitement, c’est beaucoup basé là-dessus… Le traitement, justement, quand tu es dans un traitement résidentiel. À tous les jours, ils vont te peser. Tu n’as pas le droit de dire non. Ça va être très militaire. Oui, c’est très… Il y a beaucoup, tu sais, le contrôle est extrême. Leur pratique, c’est comme, ils contrôlent ta nourriture. Que tu sois en train de pleurer sur le sol… Tu sais, c’est dommage à dire, mais… C’est pas que c’est des mauvaises personnes, parce que je travaille avec eux. Pour eux, le traitement marche. Donc si tu es en train de pleurer sur le sol parce qu’ils veulent que tu…

Karen Uwase : C’est pas de la mauvaise volonté.

Megan Blanche : C’est ça. C’est comme… toi tu pourrais être plus enthousiaste d’être là. Mais c’est comme… ils vont te forcer à faire des choses. Pas physiquement, mais c’est quand même, tu sais, c’est quand même forcé. Puis, dans le fond, c’est comme… Si tu refuses de te faire peser, en fait, tu te fais sortir du centre de traitement, donc tu n’as plus rien. Donc, c’est comme… tous tes soins dépendent de toi qui fait… ce qu’eux ils veulent. Mais justement, la détresse que certaines personnes ressentent… en se faisant peser, qui sont obligées de voir leur poids… C’est comme, en même temps, moi je trouve, c’est dommage parce que… les personnes ne devraient pas ressentir de détresse par rapport à leur poids, dans le sens que, la société, elle pourrait changer. Mais le but de ces centres-là, c’est pas de changer la société. Tu sais, ces psychiatres-là qui disent : « Ah, tu ne devrais pas ressentir de détresse. » Il y a des problèmes systémiques… qui existent, qui font en sorte que les gens, effectivement, il y a beaucoup de grossophobie. Et c’est qui, c’est qui ces personnes-là, ces psychiatres-là où ces psychologues-là? Ces intervenants? Juste pour vous dire qu’ils ne devraient pas en ressentir de la détresse.

Karen Uwase : C’est ça. C’est intéressant parce que je n’aurais pas pensé que, justement, de la part de psychologues, il y aurait ce genre de commentaires. Parce que… justement, c’était la question que j’ai pour toi maintenant, c’est… c’est quoi l’effet d’un mauvais traitement? Ou d’un mauvais suivi? Comme tu l’as expliqué, notamment pour le traitement résidentiel, qui d’après toi, est le moins efficace? Tu dirais? Est-ce que ça ne perpétue pas justement… Par exemple la grossophobie? Tu as mentionné ça, mais est-ce que quelque part… c’est quoi les effets?

Megan Blanche : C’est sûr qu’il y a beaucoup d’effets justement, habituellement… Comme, les traitements résidentiels, qui sont vraiment… Parce qu’encore là, il y a une grosse différence entre chaque hôpital. Parce qu’il n’y a pas vraiment de standard. Même s’il y en a un, techniquement, en Ontario. Mais ça reste que, la plupart des gens que j’ai rencontrés… et, comme la recherche, ce que ça démontre largement, c’est que les gens ressentent plus de détresse en sortant de ces centres-là. Il y a des gens qui parlent de traumatisme… qui parlent de… il y a les gens qui se font aussi sortir de ces centres-là. Donc, ils ne peuvent pas compléter leur temps. Ils ont vraiment beaucoup de structure. C’est très… comme, on va contrôler quand tu dors, à qui tu parles, ce que tu manges, ce que tu fais. Il y a une surveillance. Tu ne peux pas aller te cacher dans la douche. Parce qu’ils ont peur que tu fasses quelque chose de désordonné. Donc c’est des gens qui vont faire des pushups dans la douche. Mais il y a quelqu’un qui te surveille. Donc tu sais, il y a vraiment une super grosse surveillance. Puis après ça, quand les gens sortent, en fait, tout ce qui passe, c’est de la détresse qu’ils ont ressenti. Puis, peut-être qu’au bout du compte… C’est vrai, je connais des gens qui vont dire : « Ah, j’ai suivi ce traitement-là. C’était très difficile, c’était terrible. » Mais je suis contente, 20 ans après, de m’être rétablie. Mais c’est surtout aussi la question de ceux qui ne se rétablissent pas… sur les termes des médecins. Parce que c’est quand même assez restreint comme… Qu’est-ce que ça veut dire, le rétablissement. Ces personnes-là ne bénéficient pas des traitements vraiment violents, Très… beaucoup de contrôle, qui en soi sont inadéquats. Mais c’est sûr qu’il y a vraiment beaucoup d’impact… de ces traitements-là sur les personnes. Puis ensuite, c’est comme… comment les personnes se rétablissent. Il y a des personnes qui se rétablissent, par exemple, partiellement. Parce que ces centres-là, justement, ils vont t’apprendre une certaine façon…

Karen Uwase : De vivre, une nouvelle manière de vivre pour que ça aille mieux dans la société. Pour que tu t’adaptes à la société…

Megan Blanche : Pour que… pour que tu…. Comme moi, il y a quelqu’un, une fois, qui m’a dit : « Ah, c’est bien vivre une vie productive. » Puis j’étais comme… Comme en termes de… « Ah, tu peux aller au travail. C’est bien, tu trouves comme un sens dans ta vie. » Puis encore là… C’est pas que le travail, c’est mal. Mais moi je ne dirais pas que la vie des gens devrait reposer sur… « Ah mais tu ne veux pas aller mieux pour aller travailler. »

Karen Uwase : Oui, clairement. Non, mais, tu as parlé de beaucoup de choses. Toutes plus intéressantes que l’autre. Je vais éviter de faire un résumé pour tout le monde, mais, en gros, les traitements, il y en a plusieurs. Les traitements le moins efficace, et celui qui est le plus disponible. Et, à ton humble avis… Est-ce que tu penses que… les personnes avec des troubles alimentaires sont plus sujettes à vivre de la violence? Est-ce qu’il y aurait un lien entre trouble alimentaire et violence?

Megan Blanche : C’est sûr qu’il y a quand même beaucoup… Si on prend la question de violence comme… C’est quoi au sens large? Donc, de la violence symbolique, de la violence physique; surtout de la violence sexuelle. Donc, c’est sûr que c’est vraiment par rapport à la violence de genre… que ça joue beaucoup en compte. C’est quand même une partie importante qui n’est pas assez… considérée. Quand on parle de troubles alimentaires ou de la façon dont on approche… justement, pourquoi les personnes ont cette expérience-là… Qu’est-ce que ça veut dire pour eux? Donc c’est sûr qu’il y a… Je pense que… c’est intéressant… quand on pense à pourquoi il y a tellement de monde qui… vont pas se rétablir… De penser à la question de comment… Il y a beaucoup de recherches, quand même, sur ces questions-là, de comment… Ça peut être une façon de se préoccuper de soi-même. Donc, comme le self-care. Comment, après avoir vécu de la violence… les troubles alimentaires, ou en vivant de la violence, c’est quelque chose de récurrent. Donc, de la violence de genre, de la violence domestique, par exemple. Il y a certaines personnes qui… pour qui en fait… les troubles alimentaires, c’est vraiment une façon de survivre… De pouvoir passer à travers cette expérience-là qui est excessivement difficile. De pouvoir, justement, autant l’oppression que la violence en tant que telle. Puis en fait, pour eux, c’est vraiment une façon de se sentir mieux. Et donc c’est sûr qu’il y a quand même ce lien-là. Puis en fait, ça devient difficile… De dire : « Ah, on va adresser le trouble alimentaire d’une personne. » Quand… peut-être que cette personne-là, justement, a vécu de la violence sexuelle, Donc, quelqu’un qui se fait agresser… qui ensuite développe un trouble alimentaire, puis qui dit à travers ce trouble-là, « Ça me fait vraiment me sentir plus en sécurité. Je me sens, genre… » La personne a l’impression que c’est plus facile de vivre… Et donc ça devient difficile de vraiment… sortir la personne de ça ou de dire à la personne : « Tu sais, il y a d’autres façons de faire qui pourraient être mieux. » Parce qu’encore là, c’est comme qui est-ce que l’intervenant… ou le psychiatre ou le psychologue est? Pour dire à quelqu’un qui a vécu de la violence sexuelle ou de la violence de genre que la personne devrait cope d’une meilleure façon, devrait se sentir en sécurité, malgré tout, en faisant des choses différentes, Sans dire que c’est impossible. Mais c’est sûr que, comme… Quand on prend en considération la prévalence, qui est généralement acceptée comme assez élevée, de violence chez les personnes qui ont un trouble alimentaire… Puis, encore là, les statistiques, c’est toujours un peu… bancal en termes de… c’est pas très régulier… Il y a quand même une grosse variabilité entre différentes statistiques à différents endroits. Mais, tu sais, on reconnaît généralement que les personnes…. qui ont, justement des troubles alimentaires sont… ont vécu de la violence. Puis on peut aussi prendre en considération, par exemple, les questions de diversité de genre et sexuelle. Donc, les personnes de la communauté LGBT sont surreprésentées dans les personnes qui ont des troubles alimentaires. Puis en fait… C’est toujours remis sur le dos de… « Ah, on a des standards intercommunautés. Intracommunautaires, devrais-je dire. » Donc, comment le corps est perçu. Mais en fait, ça ne remet jamais en question le fait que peut-être que… Il y a, par exemple, les femmes lesbiennes ou les femmes bisexuelles sont plus à risque de vivre certaines formes de violences. Justement à cause de ces problèmes-là, systémiques. Mais en fait, ça va toujours être mis sur l’idée qu’on a du corps. Sans dire que ça n’a aucune importance, mais toutes les questions de violences sont vraiment réduites à un coin de… « Ah, c’est quoi avoir un trouble alimentaire? Puis pourquoi quelqu’un en aurait un? » Au profit de quelque chose de vraiment plus comme… « Ah, les gens sont un peu sont préoccupés par leur apparence. » Sans dire que… c’est pas non plus un problème.

Karen Uwase : Tu sais, ce que je viens de remarquer dans ta réponse, c’est… Parce que tu me l’as dit dans toutes tes réponses. Ça revient… ça revient vraiment très souvent. C’est à quel point on met la faute sur la personne avec les troubles alimentaires. À la fin de la journée, on se dit, OK, c’est elle qui devrait faire plus d’efforts. Elle, je parle de la personne, quel que soit son genre. C’est cette personne-là… qui a des problèmes, donc elle devrait faire plus d’efforts de sa part et moins de la part des pratiques. C’est assez troublant et ça me permet de te poser des questions parce que… On a parlé de plusieurs pratiques qui existent déjà, mais est-ce que tu penses qu’il y a des pratiques émergentes, des méthodes émergentes qui pourraient mieux répondre aux besoins des personnes avec des troubles alimentaires?

Megan Blanche : C’est sûr que c’est assez… polarisant comme débat en santé mentale, mais aussi largement. Donc, la réduction des méfaits, qui vient justement de, par exemple, les centres d’injection supervisée. Ces choses-là, c’est vraiment une philosophie en santé mentale qui n’est pas toujours acceptée, même pour, justement, les centres d’injection supervisée qui sont quand même plus implantés. Mais après, pour les troubles alimentaires… c’est sûr que… c’est surtout…. c’est des… En fait, c’est des personnes qui sont plus activistes, Donc, c’est pas dans le milieu… c’est pas des travailleurs sociaux nécessairement, même s’il y a des travailleurs sociaux qui en parlent. Il y a des psychologues aussi qui en parlent, qui sont vraiment plus inspirés, justement, par ces questions-là de, c’est quoi les enjeux systémiques. Mais en fait, la réduction des méfaits, c’est vraiment… C’est se dire que, malheureusement, la société est inadéquate, malheureusement, il y a des problèmes qui ne sont pas adressés. Puis, justement, la responsabilité revient toujours sur l’individu. Donc, c’est comment… en sachant que c’est très difficile de se rétablir parce que les structures ne vont pas changer. Parce que les gens sont encore… Tu sais, ils ont des… Par exemple, ils n’ont pas les moyens financiers pour se rétablir. Peut-être que c’est aussi la question de… Est-ce qu’on a le droit de dire qu’on ne veut pas se rétablir? Est-ce que c’est une injonction? Est-ce que tu dois aller mieux? C’est ta responsabilité morale de dire : « Moi je veux changer, je veux travailler sur moi-même. » Sans dire que, justement, encore là… ça revient au… « Tu sais, moi je dois changer. »

Karen Uwase : C’est intéressant parce que… Est-ce qu’à la fin de la journée… une personne avec des troubles alimentaires a pas aussi… Est-ce que c’est pas une question de santé mentale quelque part? Est-ce que c’est pas… Est-ce que ça ne devrait pas commencer par : « Je crois la personne? » Si la personne me dit qu’elle a des troubles alimentaires, il faut que je la croie. Puis, avoir une approche un peu plus basée sur… Ok. Laisser les personnes nous dire… Peut-être pas pourquoi, mais que ça ne va pas et qu’elles ont besoin d’aide. Et accepter, quelles que soient les propos qu’elles utilisent. Est-ce que tu vois ce que je veux dire?

Megan Blanche : Oui, pour moi c’est exactement ça aussi. La question que… Peut-être que… c’est moi qui ai une vision un peu trop utopiste, comme d’autres personnes, d’ailleurs, que je côtoie, qui travaillent dans ce milieu-là. C’est la question de… Est-ce qu’on devrait imposer, justement, comme… c’est quoi un trouble alimentaire? Est-ce que tu mérites ou non un diagnostic? Est-ce que le diagnostic est essentiel à l’expérience de la personne? Est-ce que c’est illégitime si la personne ne correspond pas à tous les critères? Qu’est-ce que… cette personne… c’est pas… Je pense qu’il y a un problème à dire que les personnes qui ont un trouble alimentaire sont irrationnelles. Je veux dire, évidemment, il y a un problème à ça. Mais c’est aussi… Il y a une logique à pourquoi ils font ça. Pour eux, ça a tellement de sens. Et ça leur apporte quelque chose de tellement grand… qu’on ne peut pas leur dire : « Ce que tu fais, c’est juste irrationnel, et tu devrais juste aller mieux. Et tu devrais juste être comme les autres. »

Karen Uwase : Mais à ce moment-là, est-ce que le problème ne vient pas du fait que… Ou peut-être que c’est ça que j’ai pas compris. Est-ce que… les personnes avec des troubles alimentaires ne sont pas acceptées en tant que un problème déjà? Est-ce qu’ils ne considèrent pas ça déjà comme une maladie? Comme un souci? Est-ce que déjà il y a ce problème?

Megan Blanche : Bien c’est sûr que… les troubles alimentaires… on va dire que, en psychologie, qui sont égosyntoniques… Donc, dans le fond, l’égo c’est le Soi. Donc ça veut dire que la maladie… et qui la personne est, c’est vraiment enchevêtré. Donc c’est… C’est pas comme si la personne avait nécessairement cette réflexion-là de… « Ah, j’ai un problème. » Puis encore là, mais… Puis ça, je pense que c’est aussi… un problème que les gens vont vraiment généraliser ça que… Ils ne reconnaissent pas qu’il y a un problème. Il y a beaucoup de monde qui reconnaissent… Ils disent qu’ils souffrent… Qu’ils ressentent de la détresse, mais ils vont pas dire nécessairement… « Ah! C’est un trouble alimentaire. » Ou « Ah! C’est ça exactement le problème. Et c’est moi qui dois changer. » Pour eux, c’est qu’ils ressentent de la détresse. Puis c’est ça le problème. Mais je tends à être d’accord que… Effectivement, moi, ce qui est important dans leur expérience, c’est qu’ils ressentent de la détresse. Et ça, ça mérite de l’attention, ça mérite du soin, ça mérite de la compassion, mais c’est pas nécessairement à… Il faut dire que c’est un trouble alimentaire et il faut que la personne ait un diagnostic… pour se dire : « Tout le monde mérite de la compassion. » C’est comme… comment est-ce qu’on approche ces questions-là? Encore là, si la personne est diagnostiquée, est-ce que le soin va être meilleur? Pas nécessairement non plus.

Karen Uwase : Oui, parce que… tu as parlé plusieurs fois de problèmes systémiques, mais j’ai l’impression que ces problèmes systémiques-là n’existent pas seulement dans la société, mais aussi dans la profession autour de la santé mentale. Parce que j’imagine qu’il y a des… Ça peut arriver… qu’il y ait des personnes qui ont d’autres problèmes de santé mentale, qui développent des troubles alimentaires par la suite. Est-ce qu’à ce moment-là, si on décide de changer le système, ça n’aura pas d’impact pour les personnes qui souffrent d’autres problèmes de santé mentale en premier?

Megan Blanche : Mais c’est clair que, pour moi… les problèmes systémiques dans le système de santé mentale, que ce soit privé, public ou communautaire. C’est des problèmes pour tout le monde. Je pense que c’est pas juste… par rapport aux questions de troubles alimentaires, mais encore là, quand on parle de comorbidité, donc, des gens qui auraient plusieurs troubles en même temps… Les questions surtout de trouble du stress post-traumatique pour les personnes qui ont vécu de la violence ou de trouble de personnalité limite. Que, au final… c’est beaucoup, justement, c’est des troubles où il y a beaucoup de femmes. Quelle violence les mène là? C’est de la violence de genre, c’est de la violence sexuelle. Et comment on adresse ça? C’est, encore là, en disant que la personne est un problème. Donc, c’est là que le travail social, quand on prend une approche vraiment plus critique du système… Parce que le travail social en santé mentale, ça peut avoir des apports excellents. Mais après, quand on est dans un système qui force la violence… dont on ne peut pas vraiment sortir, qu’on peut être critique du système. Mais quand c’est impossible de subvertir ces systèmes-là, on fait juste la reproduire. Puis en fait, c’est excessivement difficile de faire différemment. Donc je ne veux pas non plus dire que c’est… Comme, des fois, il y a des gens qui sont comme… « Ah, c’est tellement facile de faire ses propres choses. » Dans le milieu communautaire un peu plus parce qu’il y a moins de surveillance. Mais quand on est travailleur social dans un hôpital, par exemple, on peut avoir les meilleures intentions du monde… Si l’institution dans laquelle on est veut reproduire certaines formes de violence, habituellement, on ne peut pas l’éviter ou c’est très difficile, puis c’est quand même beaucoup de tension. La position qu’on prend dans cette institution-là… c’est difficile de se dire… « Ah, je vais… » Tu sais, tu ne vas pas transformer le monde. C’est ça qui est dommage, parce que ça serait la meilleure solution. Mais c’est justement là que, quand on parle de réduction des méfaits, par exemple, c’est quand on se dit, en ce moment, c’est ça, la situation. Il y a des gens qui souffrent aujourd’hui. Il faut qu’on fasse quelque chose en sachant que le système, demain, va encore être là.

Karen Uwase : Justement, je pense qu’on a pu te le mentionner dans nos rencontres auparavant. Ce podcast, notre public, il est principalement des personnes travaillant dans le travail social, notamment des intervenants. Quels seraient les… Comment mettre en pratique ces suggestions-là que tu as justement pour… Quels seraient les facteurs favorables pour les travailleurs sociaux? Comment faire leur travail quand il s’agit de personnes avec des troubles alimentaires?

Megan Blanche : Je pense que c’est beaucoup… Tu sais, pour moi, vraiment le premier… facteur ou le point de départ, peut-être, ça serait vraiment cette réflexivité-là… qui… étrang… je pense qu’il y a beaucoup de monde qui l’ont déjà. Surtout en intervention. Par contre, quand, par exemple, je faisais de la recherche, je me souviens, il y a quelqu’un qui m’a dit, justement, qu’il était en intervention, avec qui j’étais très proche. Je lui ai souligné que, en fait, dans les groupes de soutien, en fait, avec les groupes de thérapie, les personnes qui avaient… qui étaient diagnostiquées avec de l’anorexie, étaient systématiquement empêchées de parler. Donc, à chaque fois qu’elles voulaient dire quelque chose, c’était… elles étaient en fait coupé de court. Et donc je lui ai dit : « Ah, mais tu sais, tu as remarqué. » Parce que, dans le fond, l’intervenant était en charge du groupe. Je lui ai dit… « Mais t’as pas remarqué que, en fait, à chaque fois qu’il y a quelqu’un qui veut dire quelque chose… puis que, tu sais, il y a de l’anorexie, en fait, la personne on lui dit d’arrêter de parler, que ça va contre…. Dans le fond, il y a des lignes directrices pour les groupes. Donc, c’est comme… on ne peut pas parler de ça, on ne peut pas parler de ça. Il faut discuter, par exemple, le poids, la nourriture, ces choses-là. Il y a quand même un cadre assez rigide par rapport à ça. Mais en fait, les gens enfreignent constamment ces lignes directrices-là. Et donc pour moi, ce n’était pas en soi un problème, mais je me demandais juste pourquoi les personnes avec l’anorexie… c’était elles en fait qui se faisaient réprimander. Ils disaient : « Ah non, tu enfreins le code de conduite, par exemple, du groupe, et donc, il faut que tu arrêtes. » Mais les autres qui le faisaient, c’était correct. Et en fait, cette personne-là, qui est super gentille, super attentionnée, m’a dit : « Ah, mais tu trouves pas qu’ils sont dommageables aux autres? Tu ne trouves pas que, ce qu’ils disent, c’est vraiment dangereux? Il faut protéger les autres d’eux. » Donc c’est toujours ce potentiel-là de… « Ah, ils pourraient causer du tort aux autres. » Eux, en soi, leur existence est problématique et donc il faut protéger les autres personnes du groupe que eux, ils ont le droit de dire des choses qui vont contre les lignes de conduite. Mais cette personne-là, quand je lui ai dit, elle a dit… « Ah, c’est vraiment horrifiant qu’il y ait des gens qui fassent ça. » Parce que je lui ai mentionné, tu sais, pas comme… « Ah, toi, t’as fait ça. » J’ai dit « Ah, il y a des gens qui font ça. » Elle a dit : « C’est vraiment terrible. »

Karen Uwase : Et… elle n’avait pas remarqué. Mais c’est… exactement…. Je pense que j’ai trouvé le terme. Ce sont des personnes marginalisées. Elles sont marginalisées. Elles sont mises de côté. Ça m’attriste un peu. Mais pour rester dans le sujet… Donc, si je comprends bien, dans le contexte actuel, c’est juste impossible pour les travailleuses sociales de faire leur travail?

Megan Blanche : J’aimerais…. Je pense que, justement, quand on parle du milieu communautaire… C’est là qu’il y a une grande diversité. Parce qu’il y a beaucoup plus de flexibilité par rapport aux pratiques. Donc, moi, il y a beaucoup de gens avec qui je travaille, justement, qui sont vraiment informés sur les questions… systémiques, dont les questions de violence de genre… Vraiment dans une perspective intersectionnelle, donc, pas juste… « Ah, comme… Ah, les femmes sont plus à risque. » Mais il y a des questions, justement, les personnes trans, les personnes de la communauté LGBT en général, les questions de racisme, toutes ces questions-là… Puis eux, dans le fond… Pas le problème, mais… C’est tant mieux pour eux. C’est qu’ils créent un peu ces micro utopies-là. Ou qu’ils font leurs propres choses, un peu à l’extérieur, à la marge. Parce qu’il n’y a pas assez de contrôle… sur eux… en termes de… il y a pas de surveillance… en soi. Et donc ils ont des possibilités de, justement, se dire… « Je peux un peu faire ce que je veux. »

Karen Uwase : Oui. Je peux adapter ma méthode.

Megan Blanche : C’est ça. Mais après ça, c’est pas standardisé. Donc, il y a d’autres personnes qui ne vont pas nécessairement avoir ces approches-là. Puis, justement, ces approches-là ne fonctionnent peut-être pas pour tout le monde non plus. C’est pas de dire que comme… on peut avoir un modèle… Mais je pense que, justement, avoir juste ce point de départ-là de réflexivité… Puis aussi de ne pas… Puis ça, je pense que c’est très difficile… Mais d’accepter que ce n’est pas tout le monde qui peut ou qui veut se rétablir dans le contexte qu’on est. Pour les travailleurs sociaux, parce que ce n’est pas… Si on impose notre vision du bien-être sur quelqu’un d’autre, ça ne les aide pas. Puis ça aussi, c’est quand même assez violent de dire… Il faut que tu te rétablisses à tout prix. Il faut que tu ressembles aux autres personnes de la société. C’est ça. Et puis, c’est comme… C’est très difficile, je pense, de se dire que c’est pas un abandon. Parce qu’il y a beaucoup de travailleurs sociaux qui m’ont parlé, justement, de cette peur-là, de…. Mais, tu sais, on les laisse tomber. Mais c’est aussi la capacité d’être là pour la personne, de la voir vraiment qui elle est, qu’elle ait un trouble alimentaire ou pas, de dire, cette personne a de la valeur, qu’elle se rétablisse ou non. Puis de juste être capable d’être là avec cette personne-là, puis de la soutenir de la façon dont elle veut, sans imposer quoi que ce soit.

Karen Uwase : Ok. Megan, en tant qu’experte… Que penses-tu que devraient connaître les travailleurs sociaux quand il s’agit de… Quand elles rencontrent des personnes avec des troubles alimentaires. Quelles seraient les choses qu’elles devraient connaître? Qu’elle devrait savoir? D’après toi, quelles seraient… comme une liste de choses qu’elles devraient suivre. Justement parce que tu as parlé du fait que ce n’est pas standardisé, parfois. Il y en a qui vont utiliser plusieurs méthodes. Est-ce que tu penses qu’il y a des choses clés… que chaque travailleur social devrait connaître à chaque fois qu’elle rencontre une personne avec des troubles alimentaires?

Megan Blanche : Je ne pense pas assumer quoi que ce soit de l’expérience de la personne. Parce qu’encore là, c’est comme quand on dit… Quand on parlait de violence, donc… Les gens sont… Oui, il y a plus de violence dont ils ont fait l’expérience, mais est-ce que… ça veut dire qu’on assume qu’ils ont vécu de la violence. Parce que même là, ça devient un stéréotype un peu problématique d’assumer que la personne a un trouble alimentaire. Donc ça, c’est arrivé dans sa vie. Mais je pense que c’est vraiment d’aborder la question de la violence… de façon… ça peut être assez direct, mais avec beaucoup de compassion. Puis ça, c’est habituellement, comme… les travailleurs sociaux, c’est pas le premier truc nécessairement qu’ils vont aborder. Habituellement, c’est les questions, comme… Il y a beaucoup de questions autour du suicide. Donc, tu sais, ces choses-là, que ça, ça va être très direct. Puis ça, c’est pas que ça cause du tort. Même que, demander à quelqu’un directement, c’est habituellement, c’est très efficace. Puis ça ne cause pas plus de détresse. Mais il y a quand même une certaine considération, je pense, à avoir, de pas juste se dire comme… Moi, j’ai toujours trouvé ça assez troublant quand des travailleurs sociaux ou des psychologues font juste dire… « Ah oui, c’est vraiment commun dans un groupe comme le tien. » Par exemple. De parler genre, une adolescente, qui est bien stéréotypée, puis dire… « Ah oui, c’est vraiment terrible, on en voit plein comme toi. » Donc c’est vraiment pas…. Il y a des enjeux systémiques… Mais, toujours centrer ça sur la subjectivité de la personne, qu’est-ce que elle, elle a vécu. Puis qu’est-ce que elle, elle comprend de son expérience. Sans dire que… Effectivement sa détresse est un problème parce que la personne ressent de la détresse, mais ce n’est pas la personne en soi qui est le problème. Puis, de nommer des choses, des fois, ça peut être bénéfique. Donc dire que c’est un trouble alimentaire, ça peut être bien. Certaines personnes ne veulent pas ça. Puis c’est… vraiment… c’est correct. Puis je pense que de ne pas…. Encore là, quand on prend un modèle explicatif, donc quand on prend l’idée de… « Ah, c’est quoi, un trouble alimentaire et pourquoi. » Qu’on l’impose à quelqu’un… ça… Il y a certaines choses qui deviennent moins légitimes dans leurs expériences. Donc, c’est même pas juste restreint au trouble alimentaire, mais juste en général, quand on pratique dans le champ de la santé mentale, en travail social,

Karen Uwase : Il y a une hiérarchie?

Megan Blanche : C’est ça, puis c’est de reconnaître qu’il y a quand même… un rapport de pouvoir entre le travailleur social et la personne, mais aussi de reconnaître qu’on est là, avant, pour écouter la personne. C’est son expérience, c’est ce qu’elle, elle veut faire… Puis c’est pas…. Toujours se rappeler, la personne n’est pas irrationnelle.

Karen Uwase : Tu as totalement raison. Et je pense qu’on l’a mentionné plus tôt, que ça ferait partie d’une pratique prometteuse, une méthode bien plus valorisante pour les personnes avec des troubles alimentaires. Maintenant, dans un cadre un peu plus pratique… étant donné, pour les travailleurs sociaux. Est-ce que tu penses que c’est réaliste pour une travailleuse sociale, un travailleur social, pour une personne qui travaille dans le travail social, surtout pour les personnes qui font de l’intervention auprès des survivantes de violences basées sur le genre, est-ce que tu penses que c’est quelque chose qu’elles peuvent travailler en même temps? Et l’intervention par rapport aux violences qu’elles ont vécues… et les troubles alimentaires qui ont pu être provoqués, qui ont pu être arrivés après. Est-ce que tu penses que c’est quelque chose de réaliste pour les travailleurs sociaux, de faire en même temps?

Megan Blanche : Je pense que c’est d’une part reconnaître ses propres limites. C’est sûr qu’il y a des travailleurs sociaux qui, peut-être, ne sont pas nécessairement… à l’aise ou qui ne connaissent pas le plus de choses sur les troubles alimentaires, mais c’est… quelque chose. Tu sais, je pense que si… le travailleur ou la travailleuse sociale veut vraiment développer… ses compétences par rapport à ça ou son savoir sur les personnes qui vivent de la violence et des troubles alimentaires, c’est vraiment important. Parce qu’habituellement, quand c’est pris comme deux choses complètement différentes, comme moi, j’ai vu des gens qui allaient voir un travailleur social pour la violence qu’ils ont vécu. Après, ils allaient en thérapie pour leurs troubles alimentaires, puis en fait, il n’y avait aucune connexion. C’était complètement séparé. Puis c’est comme… on va traiter ton trauma. On va t’aider pour ça. Après ça, il y a quelqu’un d’autre qui va t’aider pour ton trouble alimentaire. Mais ça ne fonctionnait pas pour la personne parce que pour elle, c’est comme… Tout de suite après que cette personne-là ait vécu de la violence de genre, Elle a développé des troubles alimentaires. C’est ça. Donc elle avait ce traumatisme-là. Puis en fait, elle était comme… « Ah, c’est bizarre, parce qu’il n’y a personne qui est intéressé à m’entendre, moi. » Donc je pense que si… Même si la personne n’est pas spécialisée en troubles alimentaires, c’est comme une intervenante, peu importe, dans le milieu communautaire… ou même quand on prend une approche féministe, je pense que c’est quand même une excellente approche pour parler… ou pour interagir avec des gens qui ont des troubles alimentaires, qui ont vécu de la violence, au-delà du fait que peut-être, effectivement, on n’a pas passé six ans de notre vie à étudier les troubles alimentaires à l’université, mais je ne pense pas que ça devrait nécessairement empêcher… les gens, mais c’est aussi de reconnaître, justement, peut-être qu’il y a des choses… qu’on n’est pas nécessairement à l’aise avec, mais quand on a une ouverture… vers les autres en intervention… Pour moi, ça ne devrait pas être une limite, vraiment, comme… « Ah, il faut référer nécessairement la personne à quelqu’un d’autre. » Même si c’est encore une possibilité. Parce qu’effectivement, peut-être que c’est pas tout le monde qui est le plus apte à épauler quelqu’un d’autre là-dedans.

Karen Uwase : Oui, totalement. J’ai juste une dernière question pour toi qui, je pense, va conclure et va résumer ton point de vue. Parce qu’on a beaucoup parlé des pratiques, des méthodes que les personnes qui travaillent dans le travail communautaire, dans le travail social peuvent effectuer. Mais ce ne sont pas les seules personnes qui font partie de la société. Comme tu l’as dit, il y a pas mal de problèmes systémiques dans le monde médical, mais… il doit forcément y en avoir au-delà du monde médical. Est-ce que tu penses qu’il y a des pratiques… En tant que autres personnes qui ne font pas forcément du travail social et qui rencontrent des personnes avec des troubles alimentaires… Est-ce que c’est plus ou moins la même chose qu’on devrait essayer de faire? Quelles seraient les pratiques en tant que personnes dans la société à avoir?

Megan Blanche : Je pense que c’est sûr qu’il y a des ressemblances… mais c’est beaucoup… le problème que je vois dans les relations interpersonnelles, c’est des gens avec leurs parents, avec leurs amis, leurs frères et sœurs, peu importe… ils vont parler de cette méfiance-là. C’est comme… « Ah, je fais une décision, mais en fait il y a toujours un doute. » Est-ce que tu prends cette décision-là parce que t’as un trouble alimentaire? Ou parce que tu veux vraiment le faire? Puis en fait, ça, ça cause beaucoup de détresse chez les gens. La remise en question de toutes leurs décisions. Parce que c’est comme si, en fait, un problème un peu fondamental, c’est… que ces personnes-là ne sont pas donné une voix. Toutes leurs décisions sont remises en question. Est-ce que c’est pathologique? Est-ce que c’est une bonne décision? Puis en fait, ils ont aucun contrôle sur leur vie. Mais en fait ça, c’est quand même assez pervasif dans les relations. Surtout comme parent-enfant, même quand les enfants sont adultes, de dire comme… c’est… je comprends d’être inquiet. C’est vrai, c’est inquiétant. C’est difficile d’être… dans une relation avec quelqu’un qu’on aime, qui souffre beaucoup. Mais remettre en question toutes les décisions et constamment douter, puis avoir un genre de… comportement, un peu de surveillance… comme dans cette relation parent-enfant, c’est quand même assez fréquent, même si l’enfant est un adulte ou un adolescent d’essayer de contrôler la personne.

Karen Uwase : On en revient au même souci, quel que soit le… que ce soit dans les relations personnelles, que ce soit dans les relations… dans le monde médical, que ce soit dans le monde communautaire… On en revient au même problème. Ou, je dirais, à la même solution. C’est qu’il faudrait commencer par l’écoute… Et laisser un peu plus de liberté aux personnes avec des troubles alimentaires, n’est-ce pas?

Megan Blanche : Oui, c’est ça, puis c’est surtout… c’est de faire, je pense, d’être capable de prendre ce recul-là… Parce qu’évidemment tu veux que la personne aille mieux. Si moi, je vois une de mes amies qui souffre… je ne vais pas lui dire… « Ah je ne vais rien faire, tant pis pour toi. » Mais c’est de reconnaître que… Il n’y a rien que nous on peut faire de concret qui est en termes de… « Ah, si je fais ça, ça veut nécessairement dire que la personne va changer et qu’elle va aller mieux. »

Karen Uwase : Écoute, merci Megan, pour toutes tes réponses, pour ton expertise. Je suis sûr que nos auditeurs vont extrêmement apprécier les termes psychothérapeute et thérapeutique qu’on a appris. DSM, ça va rester dans ma tête, même si je suis sûre que je vais jamais trouver le livre. Mais, merci beaucoup.

Megan Blanche : Ça m’a fait plaisir d’être ici. Puis c’est vraiment un sujet, je pense, qui est important à aborder. Donc je suis contente d’avoir fait ça

Karen Uwase : 100 %. Je suis sûr que ça va faire réfléchir plusieurs personnes. Ça en a fait réfléchir sur le plateau ici. Donc merci beaucoup encore. Et merci à vous de nous avoir écoutées, de toujours nous écouter, de nous avoir regardées, même. Je souhaiterais tout de même aussi remercier les studios de Livestream Junkies, dans lesquels on est en train d’enregistrer. Et moi je vous dis à la prochaine. Merci.


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