Transcription Balado Elles parlent – Épisode 2.03
Karen Uwase : Bonjour et bienvenue à Elles parlent, un balado pour apprendre, découvrir ou redécouvrir des thématiques liées aux violences basées sur le genre. Et je suis votre animatrice Karen Uwase et aujourd’hui je suis accompagnée de Karyne Montgomery. Bonjour Karyne.
Karyne Montgomery : Bonjour!
Karen Uwase : Karyne est tout simplement une activiste protestante féministe avec qui aujourd’hui on va parler de comment concilier la foi et le féminisme. Est-ce que tu es prête?
Karyne Montgomery : Oui, j’ai vraiment hâte!
Karen Uwase : Alors juste pour apprendre un peu à te connaître et pour te présenter à notre auditoire, est-ce que tu… Je vois ici qu’on dit que tu es fan de football américain.
Karyne Montgomery : Oh que oui! Très passionnée du football américain. Mon équipe, c’est les Jacksonville Jaguars. C’est pas quelque chose que les gens ont l’habitude d’entendre au Canada. Puis j’ai commencé à écouter ça en 2017. Puis je dois dire que chaque dimanche, à 1 h jusqu’à 10 h du soir, j’écoute le football.
Karen Uwase : Wow!
Karyne Montgomery : Oui.
Karen Uwase : Bon, écoute, je pense que les Canadiens vont penser de toi une traite, mais c’est pas grave. C’est pas grave, on va te respecter.
Karyne Montgomery : Le hockey prend le bord pour moi.
Karen Uwase : Et aussi t’aimes bien les corgis. Est-ce que pour les personnes qui ne savent pas ce que c’est, tu peux expliquer?
Karyne Montgomery : Dans le fond, la reine d’Angleterre, elle avait des petits chiens avec des petites fesses tout fluffy. C’est ça, un corgi. C’est un petit chien super cute. Puis, en plus de ça, il y a même… même durant le football… c’est un peu l’intersection de ces deux passions-là. C’est qu’il y a des courses de corgis. Les corgis, c’est des chiens qui faisaient le herding. J’oublie le mot en français, mais ils allaient après les moutons. Donc là, dans une course de corgis, ça va pas tout droit; ça court un peu partout. Donc c’est très, très divertissant.
Karen Uwase : Mignon à regarder.
Karyne Montgomery : Super mignon. Vraiment pas capable de faire des courses, par contre.
Karen Uwase : Écoute, ça me donne envie au moins de regarder le football rien que pour cette partie.
Karyne Montgomery : Exactement; la mi-temps.
Karen Uwase : Oui, c’est exactement comme le Super Bowl au Canada. Alors on va passer au vif du sujet. Est-ce que tu peux me dire si tu penses qu’il y a une différence entre la foi et la religion?
Karyne Montgomery : Oui, donc c’est vraiment important de réaliser cette différence-là. Parce que la religion, c’est vraiment plus le système, les règles. Alors que la foi, c’est vraiment plus personnel. Donc je dirais qu’au Canada, par exemple, les catholiques qui vont faire leur baptême, leur communion, puis peut-être aller à l’église une fois à Pâques et à Noël… je dirais qu’ils pratiquent la religion. Parce que c’est pas vraiment quelque chose qui change leur jour au jour. Alors que la foi, c’est vraiment plus personnel. Puis c’est ce que je vis à chaque jour. Donc oui, ça inclut aller à l’église une fois par semaine, mais au-delà de ça, ça inclut de vivre une relation personnelle avec Dieu. Puis aussi être dans la Parole, prier, être dans la communauté chrétienne à l’extérieur de l’église. Donc, c’est mon identité première, même. On parle beaucoup d’identité dans la société. Pour moi, c’est vraiment… je m’identifie comme chrétienne en premier. Donc, c’est vraiment sur ça que je base ma vie, mes décisions. Oui, donc c’est ça la foi. Oui.
Karen Uwase : C’est vraiment admirable. Eh bien écoute, la foi… Est-ce que tu peux nous parler de ta foi? Et la place qu’elle occupe dans ta vie, évidemment.
Karyne Montgomery : Donc moi je suis devenue chrétienne à trois ans. Je le sais. C’est vraiment depuis que j’ai trois ans que je sais que je suis chrétienne. Et c’est vraiment plus qu’une religion. Je pense que c’est déjà évident dans ce que je vis. Donc, ça influence mes décisions. Ça influence comment je regarde le mal dans le monde. Ça influence comment je vis ma souffrance personnelle. C’est sûr que je vais à l’église. Je prie, je lis ma Bible à tous les jours. Mais au-delà de ça, je vis juste pour plaire à Dieu. Donc c’est vraiment un changement de cœur. C’est pas un set de règles que je dois suivre C’est que je veux plaire à Dieu. Dieu est en moi. Tu sais, nous on croit qu’on a l’esprit en nous. Donc il me guide dans toutes mes actions. Puis je vis vraiment juste pour plaire Jésus, puis démontrer son amour au monde. Donc c’est vraiment ça que je dirais. Et ma foi, pour moi, c’est différent pour d’autres chrétiens, mais c’est comme ça que je le vis.
Karen Uwase : OK. J’ai envie de te dire amen. Ça donne envie définitivement de partager ta vie avec ta foi. Eh bien, écoute, le sujet d’aujourd’hui, c’est comment tu concilies la foi et le féminisme. Et quelle est la part du féminisme maintenant dans ta vie?
Karyne Montgomery : Oh mon doux! Oui. Donc… C’est vraiment… c’est intéressant comme question, parce que j’ai pas toujours été féministe, si je suis honnête. Je pense qu’on est tous sur un spectre, puis on apprend, puis on grandit dans ça. Quand que j’ai grandi, je ne voyais pas l’inégalité dans ma famille, puis je pense que j’étais juste naïve. On peut être naïf. Dans ma vingtaine, j’ai fait des études en criminologie et j’avais une discussion avec une femme. Je me rappelle, parce que c’est vraiment le point tournant pour moi où elle parlait de comment le viol… comment c’était mal traité dans le système judiciaire. Comment que les personnes qui perpétuent le viol ne sont pas souvent trouvées coupables. Moi je suis sortie de cette conversation-là, puis j’étais comme… ben voyons donc… Non, c’est sûr que c’est bien traité. C’est sûr à 100 % que les gens prennent ça au sérieux. Et, au fur et à mesure, en parlant avec des amis qui ont été super patients avec moi, je veux aussi mettre l’accent qu’ils ont démontré une patience envers mon grandissement dans ça. J’ai commencé à voir les réalités des personnes autour de moi, de comment qu’ils ont vécu de l’injustice, de l’inégalité, le manque de respect et donc le manque d’amour. Et donc là, à un moment donné, je me suis dit OK, non, je suis vraiment féministe. Parce que je veux que chaque être humain soit traité avec respect, amour, égalité. Chaque être humain, peu importe comment la personne s’identifie ou se voit. Donc à partir de là, j’avais un petit peu un conflit. Parce que bien que je crois fortement que Dieu a créé chaque humain comme égal, ce que je vivais dans ma communauté chrétienne, pas dans ma famille, mais dans ma communauté, ce n’était pas nécessairement la réalité de ça. Donc là, j’étais comme… Attends, la justice, c’est tellement important pour moi. Depuis que je suis toute petite, j’avais un problème. Donc j’ai commencé à questionner, pas ma foi, mais ce que les gens disaient. Puis voir, est-ce que c’est vraiment ça que la Bible dit? Est-ce que c’est vraiment ça que ma foi dit? Et avec le temps, processus émotionnel vraiment difficile. Beaucoup de larmes ont été versées. J’imagine. J’ai réconcilié les deux. Puis là, je peux fortement dire que, non. La foi chrétienne peut et même devrait être féministe.
Karen Uwase : 100 %. Justement, tu as parlé du fait que tu as eu une conversation avec une femme, et puis tu as eu plusieurs discussions… et l’évolution avec des amis qui ont été très patients avec toi. Est-ce que, en te basant sur ces conversations et puis sur ton évolution, est-ce que tu penses que le protestantisme est patriarcal dans sa nature?
Karyne Montgomery : Dans sa nature, non. Parce que la nature de la foi chrétienne, et donc le protestantisme dans lequel que je suis, parce que je ne suis pas catholique. C’est la Bible de la nature. Donc la Parole de Dieu n’est pas patriarcale. Moi, je l’ai lue au complet plusieurs fois, et on voit un Dieu qui aime les femmes, qui protège les vulnérables, qui nous a mis à un pied égal. Le premier chapitre de la Bible, parle de comment que tout le monde a été créé à l’image de Dieu. Donc déjà là, c’est une égalité qui a commencé. On voit même dans le Nouveau Testament comment Jésus traite tellement bien les femmes. Et donc dans sa nature, elle n’est pas patriarcale. Par contre, le problème, c’est comment que les gens l’ont interprétée, comment que les gens l’ont vécue. Et je dirais que, dans presque toutes les branches du protestantisme, il y a des exceptions. Je dirais que les gens le pratiquent comme si c’est patriarcal. Donc, elle ne l’est pas dans sa nature, mais, honnêtement, c’est ce qu’on voit dans la réalité de l’environnement culturel, malheureusement.
Karen Uwase : Je te suis à peu près sur… Ici, aujourd’hui, on parle vraiment de femmes chrétiennes. Peut-être que Karyne, elle n’était pas au courant. Donc moi je suis chrétienne, catholique, et elle, elle est chrétienne protestante. Toutes les deux pratiquantes, et nos points de vue vont évidemment matcher à certains moments. Mais ce n’est pas parce qu’on est toutes les deux chrétiennes qu’on va forcément avoir le même point de vue, ou qu’on a lu la Bible de la même manière. Mais justement, quand tu parles de ces conséquences du patriarcat sur certains passages de la Bible et sur le protestantisme en particulier, est-ce que tu penses qu’il y a eu des conséquences sur l’interprétation que justement les humains ont faite de siècle en siècle sur la Bible?
Karyne Montgomery : Oh mon doux que oui; je peux en dire long! Vas-y, on t’écoute. Parce que, honnêtement, il y a même une version de la Bible spécifique qui est traduite. Donc il y a beaucoup de traductions. Il faut comprendre en anglais, en français. Il y en a une spécifique, en anglais, qui a aussi des notes d’interprétation, des commentaires, et c’est un homme blanc qui a fait tous les commentaires dans cette Bible-là, et il a une position très, très, très patriarcale. On appelle ça la position complémentarien, en passant, euh, complémentarienne, excuse-moi. Je les intermélange des fois. Juste parce que c’est la terminologie dans le monde chrétien. Et donc, dans ces commentaires, dans la Bible, il inclut sa théologie patriarcale. Et c’est une des Bibles, en anglais, les plus lues. Donc, tu peux imaginer que tous les chrétiens, s’ils lisent leur Bible et s’ils lisent les notes, vont être influencés par ça et ils vont même pas questionner la validité de cette théologie-là. Donc, il y a certains passages qui ont été lus à la lumière du patriarcat. Ce qui est vraiment frustrant. Dans le fond, c’est insérer sa culture, alors que… ils disent que ce n’est pas la réalité là, mais c’est insérer leur culture dans le passage… J’ai un exemple, parce que c’est celle qui m’énerve le plus. Il y a une femme dans l’Ancien Testament que Dieu place comme leader du pays d’Israël, avant qu’il y ait la lignée royale. Elle s’appelle Débora. C’est Dieu qui la met au pouvoir. Puis les hommes qui ont interprété ce passage-là disent que la seule raison pourquoi Dieu aurait potentiellement choisi une femme, c’est parce qu’il n’y avait pas d’homme dur. Il n’y avait pas d’homme fort. C’étaient des hommes mous. Il n’y avait pas d’homme capable dans tout Israël. Il y a comme 1 million de population. Mais il n’y a pas un homme qui est capable. Nulle part c’est dit pourquoi. Mais pourquoi? Parce que Dieu permet aux femmes autant qu’aux hommes d’être en position d’autorité. C’est pour ça que c’est là. Mais pour eux, c’est non, non, non. C’est pas possible que c’est ça qu’il veut dire. Donc il faut qu’ils inventent des raisons. Mais c’est nulle part dans la Bible.
Karen Uwase : Le plus gros problème… La plus grande conséquence de l’interprétation humaine sur des idées divines. Avant qu’on poursuive dans les questions… Parce que, tantôt, Karyne a parlé de Nouveau Testament et puis là maintenant elle a parlé de l’Ancien Testament. Pour les personnes qui ne sont pas familiers, la Bible, c’est tout simplement… L’Ancien Testament correspond avant la naissance de Jésus-Christ. Et le Nouveau Testament, c’est après la naissance de Jésus-Christ. Pour que les personnes se retrouvent un peu dans ton histoire et dans l’histoire, tout simplement, biblique. Dis-moi à quel point tu penses que ça a affecté la culture dans les communautés chrétiennes. Cette interprétation.
Karyne Montgomery : Ça l’affecte énormément. Je pense que n’importe quand, quand il y a une inégalité dans comment qu’on traite les humains, ça a un impact. Moi, je l’ai vécu personnellement. Ça a été difficile pour moi de voir que les femmes étaient moins bien traitées que les hommes. Si moi j’enseigne quelque chose pareillement, la même chose qu’un homme, je pense pas que ça va être autant bien reçu. Tu sais, moi ça être comme, « Oh tu sais, c’était cute. » Mais là, c’est comme, « Wow! C’est tellement un bel enseignement. » Merci tellement de prendre ton rôle au sérieux. Tu sais, c’est juste…. C’est pas valorisé. Donc on perd 50 %… plus que 50 %, parce que plus de femmes à l’église que d’hommes. On parle plus que 50 % de la voix de quelqu’un, on les met de côté. On perd une richesse dans notre culture, et ça c’est vraiment endommageant. En plus de ça, on dit aux femmes : « T’as moins de valeur, t’es moins aimée de Dieu. Ta position, c’est à la maison; ta position c’est d’être soumise. Ta position c’est de… » Ils vont pas tous pousser à cet extrême-là, mais c’est dans le non-dit aussi, hein? C’est comme… C’est… Il y a une influence qui vient. Donc, même s’ils vont pas dire « Ah non, la femme reste à la cuisine »… Mais dans leurs propos, il y a quand même un rabaissement. Même s’ils vont dire que la femme est égale. C’est ça qui est fou. Ils vont dire « Non, non, non, l’homme et la femme sont égaux. C’est juste qu’on a des rôles différents. » Mais tu sais, quand les rôles, les hommes peuvent tous les faire, et la femme ne peut pas toutes les faire… Désolée, mais on n’est pas égaux. Donc, c’est une des conséquences les plus graves. C’est juste à quel point que les femmes sont mises de côté. Puis là, il y a aussi… juste qui rentre en jeu. Juste, la culture du viol rentre aussi dans l’Église, malheureusement. Il y a une objectification de la femme qui rentre dans l’Église. Quand il y a eu MeToo Movement, il y a eu le ChurchToo Movement, qui était pour dire : « Hé, à l’Église aussi, on a ce problème-là. » Même que je dirais que c’est presque pire. Parce qu’ils font ça au nom de Dieu. Ils vont mettre au silence la survivante. Au nom de Dieu.
Karen Uwase : Oui, c’est ça. Dire, c’est le Fils de Dieu que tu es en train d’accuser. C’est le… C’est ton frère que tu es en train de…
Karyne Montgomery : C’est ça, ton frère en autorité, qui est tellement un bon chrétien. Voyons donc! Il n’aurait jamais pu faire ça. On sait que les femmes, ça ment tout le temps sur ça. Toutes les accusations… Comment tu peux savoir que c’est une vraie accusation?
Karen Uwase : Est-ce qu’elle est vraiment chrétienne?
Karyne Montgomery : Est-ce qu’elle est vraiment chrétienne? Il y a eu des centaines de victimes. Non, non, non, ça ne se peut pas. Il y a eu vraiment des scandales dans l’Église protestante. Je sais qu’il y en a eu dans l’Église catholique, mais dans l’Église protestante, des personnes en autorité, qui ont gardé leur position d’autorité. Et je suis désolée, la corrélation est vraiment trop grande avec la position patriarcale. Parce que, quand tu dis quelqu’un… Quand tu dis que quelqu’un est plus important, c’est sûr que tu vas plus l’écouter.
Karen Uwase : 100 %. Mais justement, si je peux partager quelque chose avec toi, une des fois où j’ai eu une crise de ma foi, c’était à l’école secondaire, quand j’ai appris pour la première fois que quand deux personnes se marient à l’église… Je vais paraphraser, mais dans la Bible, ils disent… « Tu seras soumise à ton homme. » Quand j’ai entendu ça, je ne vais pas te mentir, j’étais en classe, et c’est le professeur qui le disait. Et j’ai dit vraiment à haute voix : « Ma mère ne se serait jamais mariée ». C’est exactement ce que je lui ai dit, comme ça. Parents catholiques. Totalement. Et il m’a regardé avec… hmmm. C’est une conversation plus longue qu’il faut que tu aies avec ta communauté, etc., etc. Mais j’ai plus ou moins appris. Évidemment, c’était il y a plus de dix ans, mais j’ai appris plus tard comment on identifie les choses. J’ai parlé avec ma mère, et évidemment, je n’ai pas grandi avec cette image de mes parents en pensant… Ma mère était soumise à mon père. Pas du tout. Ce n’est pas quelque chose que je voyais. C’est vrai que je n’ai jamais vu… mon père a toujours extrêmement respecté ma mère, dans ses décisions, sa manière de voir les choses, dans son travail, etc., etc. Mais la raison pour laquelle j’ai pensé à cet exemple, c’est parce que je voudrais savoir, d’après toi… parce que je pense que c’est pas toujours le cas… Toutes les familles n’ont pas eu des parents comme les miens, des parents catholiques comme les miens, qui n’ont pas interprété la Bible, qui ont interprété la Bible au mot près…
Karyne Montgomery : Ou d’une façon différente, peut-être. Avec le contexte.
Karen Uwase : Exactement. Exactement. Le contexte est vraiment très important. Est-ce que tu penses que… à quel point tu penses que les hommes ont été affectés par l’influence du patriarcat justement sur la religion?
Karyne Montgomery : Mais ça, c’est comme… honnêtement, quelque chose que je réalise de plus en plus. À quel point que… les hommes aussi vivent des conséquences de ça. Parce qu’ils se font mettre dans un pot. Donc il faut que tu sois comme ça, il faut que tu sois en autorité, il faut que tu sois le leader spirituel, il faut que tu sois le leader dans la famille. Il faut que tu sois le leader dans l’Église. Et donc, le moment que tu n’es pas un homme fort de cette façon-là, on t’identifie malheureusement comme un homme mou ou pas biblique. Et là je connais… j’ai des amis qui sont comme ça. Et donc là, ce sont des hommes plus sensibles, qui ont aucun désir de prendre toutes les décisions et même être le leader spirituel. Et donc là, eux, ils questionnent leur foi. C’est comme… Est-ce que je suis vraiment un vrai chrétien? Si je ne matche pas, qu’est-ce que les gens disent que je dois être dans le contexte de mon église. Et ça c’est…. Ça me frustre tellement… quand que la personne commence à se questionner sur leur identité dans le Christ. Est-ce que je suis vraiment chrétienne? C’est une des affaires qui me frustre le plus. Donc ça a cette conséquence-là sur les hommes. Mais de l’autre côté, je pense non plus que dire aux hommes que tout leur est permis, c’est bon non plus. Ils continuent dans leurs habitudes mauvaises, ils continuent dans leur objectification, ils continuent dans leurs actions qui font plus de tort à la société. Je ne pense pas qu’on les aide non plus. Donc, dans les deux sens, il y a des conséquences.
Karen Uwase : Totalement. Et c’est vraiment un bel exemple que tu as donné, parce que je ne pensais pas du tout à… tu vois, j’arrive toujours à apprendre des choses nouvelles à chaque fois qu’on parle de sujets comme ça, notamment quand on parle de la religion et de la place des hommes dans la religion, parce qu’elle est vraiment très haut placée. Mais il y a tellement d’hommes qui ont la foi et pas toujours des hommes hétérosexuels. Et avec les clichés de… forts et leaders de famille. C’est comme… il y a des hommes sensibles, il y a des hommes homosexuels, il y a des femmes homosexuelles, etc., etc., qui… Même si la Bible ne donne pas la première image… Eux, ils ont la foi. Qu’est-ce qu’ils peuvent faire au-delà de ça? Il y a un peu cette crise identitaire. Mais la raison pour laquelle… C’était très intéressant. Je voulais juste souligner ce point-là pour nos auditeurs. D’après toi, de quelle façon ça peut impacter les survivantes de violences basées sur le genre, cette influence-là du patriarcat? On a eu un petit exemple tantôt. Est-ce que tu pourrais un peu plus préciser?
Karyne Montgomery : Ouais… Je l’ai vu. Ok, c’est ça… C’est difficile parce que je l’ai vécu. Pas personnellement, mais de proche. C’est difficile parce que ça me fâche… énormément. On parle d’abus spirituel. Il y a l’abus physique, sexuel, émotionnel, verbal, financière… Il y a plein de types d’abus. Peu importe le type d’abus que cette personne-là a vécu, quand tu le vis au sein d’une communauté chrétienne, que ce soit d’une personne en autorité ou simplement quelqu’un dans ta communauté, un peer, une personne de même niveau. Comment dire…
Karen Uwase : Oui, tout simplement, une personne de ta communauté, c’est correct.
Karyne Montgomery : Une personne de ta communauté… On va souvent utiliser la foi comme une arme. Donc, l’abus spirituel, c’est vraiment ça. C’est d’utiliser la Parole de Dieu ou les choses sacrées pour influencer ou infliger le mal sur quelqu’un. À travers de ça, tu dis à la personne que Dieu dit quelque chose alors que ce n’est pas la réalité. Exemple parfait que je sais arrive. C’est ça qui est frustrant. Une femme qui est victime de violence conjugale, que ça soit sexuel ou physique, peu importe le niveau… Il y a des enseignements sur YouTube, il y a des enseignements sur Instagram, il y a des enseignements dans des articles. Je l’ai vu partout. Où est ce qu’on va dire à cette personne-là de retourner… De se soumettre à son mari qui fait ça, de retourner et de simplement juste prier plus. Et donc, en disant ça, tu dis à cette personne-là que… Dieu approuve ce que ton mari te fait, que tu mérites cette violence-là et que tu n’es pas une bonne chrétienne parce que tu ne pries pas assez, et c’est des conséquences du fait que tu ne pries pas assez. Et donc là tu ajoutes une revictimisation. Déjà que ces personnes-là vivent tellement de revictimisation dans d’autres sphères de leur vie, puis là tu touches à leur identité, donc là tu touches à quelque chose de tellement profond en eux qui questionne qui est Dieu, alors que Dieu dit dans sa Parole que le viol, c’est comme tuer quelqu’un parce qu’il sait à quel point c’est briser l’âme de la personne. Un Dieu qui dit ça, fais-moi croire qu’il veut que tu sortes de là. Tu sors de là. Tu ne vas pas te remettre là. Donc là, en plus de te faire victimiser, tu retournes dans la violence.
Karen Uwase : Écoute, Karyne, merci beaucoup. Je voudrais juste un peu rappeler à l’auditoire comment c’est important… que tu as parlé de violence spirituelle. Parce qu’évidemment, il y a plusieurs volets. Et justement, utiliser une partie de l’identité d’une personne contre elle-même et faire du détournement cognitif avec. Donc, gaslighting. C’est vraiment… Ça peut être éprouvant spirituellement pour une personne, et surtout, du manque de soutien de la communauté dont vous êtes censés partager la foi peut justement aussi impacter sur ça. Et justement, ça me permet de poser la prochaine question. Quel conseil tu donnerais à une personne chrétienne, à une amie chrétienne, à un proche chrétien qui vivrait de la violence sexiste?
Karyne Montgomery : C’est sûr que ça dépend du type de violence. Il y a beaucoup de niveaux. Est-ce que c’est un danger pour la vie? Un danger physique? Est-ce que c’est quelqu’un dans l’autorité dans ton église? Est-ce que c’est quelqu’un que tu es capable d’éviter dans ton église? C’est sûr que ma réponse dépendrait des circonstances… Parce que… Je suis pas en train de diminuer une violence plus verbale, mais c’est possible que tu peux juste éviter cette personne-là. Maintenant, si c’est une personne en autorité, si je suis honnête, j’irais même pas au conseil. Dans l’Église protestante, on a comme le pasteur, puis on a comme le conseil, qui est un peu… Les gens comme nous, on élit dans notre église, qui sont un peu les dirigeants de l’Église. Mais quand c’est quelqu’un en autorité, j’ai trop vu de fois où le conseil a…
Karen Uwase : Ignoré?
Karen Uwase : Ignoré, c’est ça. Ignoré la survivante ou la victime. Dans ces cas-là, je sais que les autorités ne sont pas 100 % super, mais c’est quand même… Pars de l’église. Ne reste pas là. Parce qu’ils ne vont pas te protéger nécessairement. Et il faut vraiment avoir cette distance-là, je crois. Quand c’est quelqu’un qui est dans la communauté, donc, un ami ou quelqu’un avec qui on sert dans un ministère, là, je crois qu’il y a une place potentiellement. Si ton environnement est safe, il y a des Églises qui ont en place des mesures pour ces situations-là. Il y en a d’autres que non. La mienne, il y a quelque chose en place. Tu peux voir une personne responsable qui va parler pour toi au conseil. Donc, tu ne parles même pas avec l’autorité. Donc t’es protégée de l’autorité. Ils ne sont pas supposés de te revictimiser. Ils ne sont pas supposés de questionner ce que tu dis. Ils sont supposés de te prendre au sérieux. Focus sur le mot supposés, supposés, supposés. On va dire, c’est ça qui vient en pratique. Mais dans cette situation-là aussi, j’encouragerais quand même de partir. Je pense que c’est mieux de protéger sa foi, de rebâtir sa foi et aussi de se protéger physiquement, sexuellement, émotionnellement. On ne veut pas empirer le dommage.
Karen Uwase : Absolument.
Karyne Montgomery : Je l’ai fait personnellement. Donc je parle d’expérience. J’ai quitté mon église pour six mois. J’avais besoin de quitter mon église pour six mois, à cause de ce que je voyais dans l’Église, à cause de comment que j’ai vu ou j’ai perçu le traitement de certaines personnes en réaction à la violence justement sexiste. Donc c’est pas parfait, mais c’est une façon au moins de se protéger temporairement.
Karen Uwase : Totalement. Je suis d’accord avec toi. C’est un bon point que tu fais. Mais justement, est-ce que tu penses que, pour les personnes qui nous écoutent, qui ont… qui peuvent avoir connu ce genre de situation, tu ne penses pas que ça peut… que ça peut signifier de quitter sa foi, quand tu quittes ta communauté chrétienne?
Karyne Montgomery : C’est sûr que ça se peut que les gens dans ton église vont dire ça. OK, je l’ai vu. C’est frustrant. Je le sais que c’est frustrant. Je sais que c’est émotionnel. Je ne suis pas en train de dire que c’est facile. Je pense que c’est un mal temporaire, une douleur temporaire pour un bien, à la longue. Aussi, l’Église… Parce que la communauté… on parle vraiment de l’Église. C’est 1 h par semaine. Quand t’es chrétienne, en général, t’as une communauté à l’extérieur. J’ai des amis que je vois à l’extérieur. J’ai des rencontres de prière à l’extérieur, j’ai des études bibliques à l’extérieur. Donc, ne pas aller à l’église ou est-ce que la personne qui est dangereuse, on va dire ça de même. C’est pas perdre ma foi, et c’est même pas perdre nécessairement ma communauté. C’est sûr que le rejet, la réaction des gens peut faire mal, mais quand on apprend à vraiment vivre pour le Christ et à voir son identité dans le Christ, ce que les gens disent de moi, moi, je m’en contrefous. Comme, tu peux dire ce que tu veux, c’est pas la réalité. Je suis pas en train de dire que c’est facile, mais je suis en train de dire, ça nous travaille dans ce sens.
Karen Uwase : Karyne, c’est tout à fait logique, les conseils que tu donnes. Mais si on veut être un peu plus réaliste et honnête entre nous, les rencontres chrétiennes que tu as par semaine, à part de l’Église, c’est souvent avec les personnes qui font partie de l’Église ou du moins de l’église physique où tu vas. À ce moment-là, est-ce que ce n’est pas plus compliqué?
Karyne Montgomery : Oui, c’est sûr que c’est difficile, et ça fait mal parce que les gens vont souvent avoir un jugement sur toi. Ils vont dire qu’ils ne vont pas te croire, ils vont interagir avec toi d’une façon quand même assez méchante. C’est vraiment possible. Je l’ai vu, donc je sais que c’est vrai. Et c’est là, et c’est lourd et c’est difficile. Il y a un vrai rejet.
Karen Uwase : Il y a un vrai rejet.
Karyne Montgomery : Il y a vraiment un vrai rejet et un manque de compassion, ce qui est tellement contraire à comment on est appelés à vivre. C’est ça qui est vraiment frustrant. Tu sais, on est tellement appelés à vivre avec cette compassion-là et cet amour-là. Je crois quand même que c’est très peu probable, que tu n’as pas au moins une personne dans ton église qui va comprendre, te soutenir et t’aider dans ça. Il faut mettre à part les gens qui nous rejettent. C’est difficile, mais quand on vit notre identité dans le Christ, je me dis, je me fous de ce que tu penses de moi. Ma foi est tellement plus importante que ce que les gens disent de moi. Donc, je vais le prioriser et je vais sortir de là. Maintenant, en plus de ça, je pense qu’il y a une beauté d’aller à une autre église temporairement. Parce que bon, moi, je suis chanceuse. J’ai des amis à l’extérieur de mon cercle d’église, mais j’ai été à une autre église. J’ai tellement été bien accueillie, et ils m’ont même aidée à figurer comment gérer la situation à ma propre église. Donc, c’est sûr que c’est difficile, mais une personne ancrée dans leur foi, qui t’aime vraiment va, j’espère, te supporter dans ça. Donc, tu ne perds pas tout. Il faut juste block out the noise, comme on dirait en anglais. Ignorer ceux qui… te jugent.
Karen Uwase : Te concentrer… ça te permet justement de voir qui sont tes alliés dans ce genre de situation.
Karyne Montgomery : 100 %.
Karen Uwase : À 100 %.
Karyne Montgomery : Pourquoi pas perdre ceux qui t’aiment pas anyways?
Karen Uwase : C’est ça. Exactement.
Karyne Montgomery : Ça fait mal, mais c’est un nettoyage.
Karen Uwase : C’est ça. C’est un mal pour un bien, comme on dit. D’après toi… qu’est-ce qu’on peut faire si sa famille ou ses amis sont dans la même église locale?
Karyne Montgomery : La famille, c’est plus touchy parce qu’on veut être aimé de notre famille. On veut être compris notre famille. On veut avoir une bonne relation avec notre famille. On veut garder la paix. Ça dépend quel genre de famille que t’as. Moi, j’ai une famille que… je ne vais pas à la même église que mes parents. Ça n’a jamais été un problème. C’était comme… c’est normal que tu veux être dans ta propre communauté, que tu ne veux pas être dans la même que nous. C’est pas un problème. J’avais même pas besoin d’avoir une discussion. Je peux comprendre qu’il y a des familles, c’est comme… Ça, c’est notre église, c’est une église familiale. Donc là, si c’est pas dangereux pour ta vie parce que, honnêtement… Je te le dis, là, si c’est dangereux pour ta vie, si ta famille ne comprend pas ça… Bien, honnêtement, je suis désolée parce que c’est vraiment poche que ta famille ne comprend pas ça. C’est vraiment une souffrance que je ne voudrais que personne vit. Mais je pense quand même qu’il faut partir. J’ose espérer qu’avec des conversations honnêtes, où est ce que la personne t’écoute vraiment. Tes parents, tes sœurs ou frères. J’ai juste des sœurs, ça paraît. N’importe qui là, qui vont vraiment prendre le temps d’écouter ce que tu vis, puis avoir de la compassion et de l’empathie pour ta souffrance. J’ose espérer que la plupart des familles, ça serait comme ça. Même chose avec les amis. Puis encore là, je sais que c’est difficile avec la famille, mais à un moment donné… comme, tu ne vis pas pour eux.
Karen Uwase : Oui, super bon point, tu ne vis pas pour eux. Développe. Pardon, je t’ai interrompue.
Karyne Montgomery : Non mais non, mais non, je suis d’accord. Non, on ne vit pas pour eux. Tu sais, je vis pour moi, je vis, je vis pour le Christ en premier. Et ça, ça veut dire que je vais l’écouter. Donc, si moi je vois que t’es pas en train de me respecter…. Et tu me traites mal ou tu traites les gens mal? C’est dépendant… C’est qui là… C’est pas nécessairement toi, hein? Des fois, c’est les autres. Puis c’est tellement horrible que t’es comme… Non, je suis juste pas capable d’encourager ça. Je pense que c’est plus important d’être vrai à ce qu’on croit.
Karen Uwase : Absolument. Tu as tout à fait raison. Et j’espère que les gens chez eux vont pouvoir… Vont pouvoir, justement, si ce n’est pas déjà le cas, avoir… se créer un peu sa propre communauté dans la communauté, ses proches, les gens à qui on peut faire confiance dans la communauté, avec qui on peut partager certaines choses et ne pas oublier de vivre pour soi. Parce que si Jésus vit en nous, on vit pour soi-même aussi.
Karyne Montgomery : Je dirais même que c’est très biblique de dire qu’on a une nouvelle famille dans le Christ. Donc, trouve ta nouvelle famille. Si ta famille te rejette… Jésus l’a dit que ça se peut que tes parents, tes sœurs vont te rejeter à cause de moi. Donc, c’est possible. Mais une vraie communauté chrétienne, et je sais que c’est pas toujours ce qu’on voit à la télé ou ce qu’on entend, et c’est vraiment, vraiment dommage. Mais il y en a des vraies et elles vont être là pour toi, elles vont t’inviter à Noël, elles vont être présentes pour toi. Je l’ai vu. Donc c’est possible de rebâtir une famille spirituelle.
Karen Uwase : Absolument. C’est vraiment très intéressant, ton point de vue. On va poursuivre. Tantôt, tu as parlé de… ça dépend… Quand il s’agit des personnes en pouvoir, parmi les personnes au pouvoir, il y a les pasteurs. Est-ce que tu penses que certains pasteurs ou, en général, l’idée d’un pasteur, c’est d’utiliser sa plateforme pour faire avancer un agenda politique. Quel qu’il soit d’ailleurs.
Karyne Montgomery : On le voit, il ne devrait pas. L’autorité dans la Bible, c’est vraiment l’idée d’être servant. Donc, service, dans le fond, serviteur pas servant, j’ai pas utilisé le bon mot. Donc c’est l’idée d’un berger avec des brebis. Un berger est tellement compatissant, doux avec ses brebis. Tu as 99 brebis, puis il y en a une qui part, tu vas aller chercher celle qui part. Donc il y a quand même une compassion, un amour. Puis c’est le don de soi, c’est servir l’autre. Donc ça, c’est supposé d’être l’autorité chrétienne. Avec ça, t’es vraiment pas supposé d’utiliser ton autorité pour pousser ton agenda, parce que c’est vraiment pas ça qui est dans la Bible. Puis, de toute façon, les agendas politiques, ça n’a même pas rapport à ce que tu devrais enseigner en avant. Ça n’a même pas rapport avec la Parole de Dieu. Ça n’a pas de place. Ça arrive, mais ça n’a pas de place.
Karen Uwase : Absolument. C’est sûr qu’il y en a plusieurs qui vont penser à plusieurs choses qu’on voit sur les réseaux sociaux. Quand on a des pasteurs qui ont demandé d’avoir un avion personnel ou des choses comme ça. Ça, évidemment, ce sont des cas particuliers. Mais ça me fait penser… Tantôt, tu as parlé de comment… Quand il s’agit d’aller voir un conseil… tu as parlé du conseil… S’il y a une violence envers une personne, comme un pasteur ou une personne de pouvoir… Il y a ce genre de cas que tu as expliqué. Qu’est-ce qu’il en va de si… la communauté ne respecte plus le pasteur dans son enseignement? Est-ce qu’il y a…
Karyne Montgomery : C’est vraiment une bonne question. Parce que dans l’environnement protestant, c’est nous qui élisons le conseil, et le pasteur. C’est ça. Donc, si le pasteur… S’il y a une situation où le pasteur utilise en avant pour propager une propagande, Comme dans ton exemple, ça s’appelle le prosperity gospel. Donne-moi de l’argent, donne-moi de l’argent. Il y a une place à parler avec le conseil et d’amener nos points contraires à ce qui est enseigné, et de réprimander, si je peux, le pasteur ou la pasteure, parce qu’il y a des églises, quand même, qui ont des femmes pasteures, j’aimerais dire. Et donc, dans cette situation-là, ça se peut qu’il va se faire renvoyer. Je l’ai déjà entendu. Je ne l’ai pas vécu parce que j’ai quand même une bonne église pour ça, mais je l’ai déjà entendu. Par exemple, il y a eu des pasteurs qui ont abusé de personnes. L’autorité, ils ont été renvoyés ou qui avaient une mauvaise théologie. Donc, ils ont commencé à tomber dans des affaires vraiment questionnables. Ils ont essayé de le corriger, puis, quand il n’a pas corrigé, ils l’ont enlevé du conseil. Donc, c’est une possibilité. Il y a une forme de justice communautaire dans l’église chrétienne.
Karen Uwase : Je vois, je vois. Ça me fait juste penser à autre chose. Parce que les petites différences entre les protestants et les chrétiens… L’une des plus grandes différences, c’est que le pasteur ou la pasteure peut être marié et même souvent marié. Mais chez les catholiques, il y a un prêtre. C’est toujours un homme, et un homme qui ne peut pas se marier. Parce que l’idée est que tu donnes ta vie à l’enseignement de la Parole de Dieu, etc. Il est arrivé dans les cas où… dans l’église où j’étais… un prêtre avait décidé de quitter son titre. Et dans le… quand tu quittes… Le fait d’être prêtre, pour aller se marier, parce qu’il avait rencontré une personne, tu es obligé de quitter complètement. Tu ne peux plus être prêtre, tu dois quitter. À ce moment-là, il y a eu un manque de compassion de la part de l’église. Il n’a même pas pu revenir prier dans cette église-là.
Karyne Montgomery : Il a été rejeté de la communauté?
Karen Uwase : Il a été complètement rejeté de la communauté. C’est vraiment dommage. Mais la raison pour laquelle je pense à cette situation qui m’est arrivée… Qu’est-ce qu’il en va de la compassion de la communauté chrétienne au niveau des protestants? Si par exemple, pour une raison X, le pasteur ou la pasteure divorce, par exemple.
Karyne Montgomery : [long soufflement] T’as poussé LE bouton! T’as poussé LE bouton! Désolée. C’est juste que le divorce en est un qui… Écoute… Il y a ma perception de comment on devrait réagir, et il y a ce qui arrive dans la réalité. Ce qui arrive dans la réalité, c’est pas nécessairement de la compassion.
Karen Uwase : Oui, malheureusement.
Karyne Montgomery : Malheureusement. Et ça arrive, là. Ça arrive souvent. Même, c’est des scandales, des fois. Dans le sens qu’il a trompé sa femme plusieurs fois. J’en ai entendu que c’était pire, là, tu sais. Statutory rape. Il y a des affaires que j’ai entendues que c’était vraiment horrible. Écoute, quand c’est vraiment horrible, il y a une place pour la compassion, mais il y a de la place pour, non va-t’en.
Karen Uwase : Oui, ça fait beaucoup plus de sens. C’est comme un couple qui ne s’entend plus pour X, Y raisons.
Karyne Montgomery : Quand c’est un divorce qui est juste un divorce… Ça, c’est sans le dégueulasse là, derrière. Là, je crois que c’est dommage, mais c’est sûr qu’il y a un manque de compassion pour les deux personnes. Souvent, c’est les deux personnes qui sont rejetées. Et, honnêtement, c’est rare que je les vois rester à l’église.
Karen Uwase : Oui, totalement.
Karyne Montgomery : Honnêtement, je sais comment qu’on devrait réagir. C’est de les soutenir, puis de les aider, puis prier avec eux et avoir de la compassion et parler avec eux pour les soutenir dans ça. Mais dans la réalité, je vais être honnête, c’est pas ça que je vois. On n’est pas parfait. Oui c’est ça. C’est là où est ce que c’est… On ne vit pas notre théologie pratique.
Karen Uwase : La raison pour laquelle je voulais justement en parler, c’était juste juste pour rappeler aux gens, même qui n’ont pas la foi, qu’à la fin de la journée, toute personne, quelle que soit la communauté, est un être humain, et donc, réagissent comme des êtres humains. La foi est comme toute autre chose à laquelle tu es attaché dans ta vie, dans ton identité. Tu peux passer par des crises… Et donc, ça fait qu’à la fin de la journée, ça fait de toi un humain. Et c’est le cas de le dire. On va revenir sur le sujet. On a parlé de patriarcat. On adore parler de patriarcat ici. Parce que tant qu’il n’est pas… Abattu? On est un peu obligé de rappeler à la communauté que ça continue d’arriver. Est-ce que tu penses que, justement… La Bible, l’Église… Plus dans la communauté religieuse… Il n’y a pas une manière de vouloir toujours perpétuer le patriarcat? Et juste comme une idée d’agenda politique, justement pour essayer de garder la foi.
Karyne Montgomery : Garder le pouvoir.
Karen Uwase : Un peu, un peu. C’était pour éviter…
Karyne Montgomery : Moi j’allais le dire.
Karen Uwase : C’est toi qui l’a dit.
Karyne Montgomery : Moi, j’ai le droit de le dire. Oui, c’est un agenda politique, c’est un agenda culturel. C’est drôle parce que, ils vont être les premiers à dire que eux, ils ne se font pas influencer par leur culture. J’aimerais tellement que ces personnes-là qui ont cet agenda-là, se questionnent. Comment est-ce que, moi, ma culture chrétienne, patriarcale, influence ma foi? Mais ils ne se demandent pas cette question-là. Et donc vraiment, je dirais que, oui, c’est un agenda politique. C’est difficile. Moi, je vais à une église avec une position complémentarienne, et don, patriarcale. Je fais ça parce que c’est… Ils ne vont pas se dire comme patriarcal. C’est ça qui est frustrant. Ils vont se dire qu’ils croient dans l’égalité et tout ça. Mais en pratique, c’est tellement pas ce qu’on voit. Donc, même s’ils sont capables de se cacher derrière cette égalité-là. Et donc je pense que c’est un agenda qui est là. Je pense que la seule façon de battre cet agenda-là, c’est de rester. Quand on est capable, quand on a la force émotionnelle, spirituelle pour le faire. Des fois, il faut partir, mais il faut qu’il y ait des activistes, il faut qu’il y ait des gens qui veulent se battre contre le système, parce que c’est un système, pour avoir des changements.
Karen Uwase : Justement, est-ce que c’est comme ça que ça s’est instruit? Tu as parlé tantôt de comment, dans ton église, il y a une personne qui te représente lors de situations de… Que ce soit d’agression sexuelle. Que ce soit d’une situation d’une survivante X. Qu’il y a une personne porte-parole. Est-ce qu’il y a eu un combat derrière pour pouvoir amener ce genre de pratique? Est-ce que c’est… Est-ce que tu peux en parler un peu plus? Parce que je trouve que ça irait bien avec…
Karyne Montgomery : 100 %. Dans le fond, avec le temps, il y a eu des situations. Je ne veux pas aller trop dans les détails. Il y a des situations qui ont été mal gérées, et donc, ils ont réalisé par eux-mêmes qu’il y avait un problème dans la façon que c’était géré. Donc, ils ont mis à jour leur politique de protection des personnes vulnérables, qui inclut aussi toute brebis dans l’Église et n’importe quelle situation. Et ils ont travaillé avec des avocats, ils ont travaillé avec des travailleurs sociaux, ils ont travaillé avec des femmes beaucoup impliquées, beaucoup qui ont des opinions quand même assez fortes sur ça, et ils ont développé ça. Même que la personne-ressource dans mon église, c’est une ancienne travailleuse sociale. Donc, ça, c’est une bénédiction pour toutes les églises ont accès à ça. Mais ça, ça fait juste deux ans que ça a été mis en place.
Karen Uwase : Vaut mieux tard que jamais. Mais je trouve que c’est très intéressant. Parce que, honnêtement, j’en avais jamais entendu parler. Donc, ça fait justement… Tout ça, ça me fait penser à un enseignement. Vous avez reçu un enseignement de plusieurs personnes, de plusieurs communautés. Tu as parlé d’avocats, tu parlais de travailleurs sociaux. Donc c’est hyper intéressant. Donc, j’espère que ça va influencer d’autres personnes à poursuivre là-dessus. Qu’est-ce que tu penses que toi, tu réponds à ceux qui croient que le patriarcat, c’est la volonté de Dieu? Pardon, j’ai même pas pu poser la question sans rigoler à la fin.
Karyne Montgomery : C’est correct. C’est correct.
Karen Uwase : Je devrais être plus professionnelle. Qu’est-ce que tu réponds à ceux qui croient que le patriarcat est la volonté de Dieu? Très chère Karyne.
Karyne Montgomery : Ouais, écoute, il y a des gens avec qui ça ne vaut même pas la peine. Il y a des gens qui… On ne perd plus notre énergie avec ça. Honnêtement, moi, il y en a un, là, que tu le vois qui ont pas lu sur ça, ils sont pas éduqués sur ça, et ils veulent rien savoir. C’est souvent des hommes blancs qui veulent avoir le pouvoir. Ça c’est plus ceux que j’ai rencontrés que c’était comme ça. Je suis rendue au point où est ce que : 1) Je m’en fous tellement de ce qu’ils pensent de moi, et 2) Je suis tellement passionnée par rapport à ça que, honnêtement, je ramène à la base. En passant, je suis chrétienne de base. En passant, la plupart des versets adressent comment on est censés vivre comme chrétiens. C’est pas les petits rôles genrés que vous parlez dans les quatre, cinq versets. On parle de vivre selon l’esprit, on parle de fruits de l’esprit, puis de dons d’esprit, puis… Ah, c’est drôle. Dans la Bible, c’est pas genré. Donc, on peux-tu juste retourner à notre identité de base comme chrétiens. Puis souvent je les amène, je les ramène à ça. Puis comment est-ce que cette identité de base-là… Comment est-ce qu’on peut lire ces passages-là, complexes, à la lumière de ce que toute la Bible dit? Et là, c’est là où ils réalisent qu’ils ont jamais fait ça. Parce qu’on est tous appelés à servir les autres. Donc, quand on est tous appelés à servir, arrête de parler d’autorité, là. C’est pas une question d’autorité, t’as pas autorité sur moi. Puis honnêtement, si quelqu’un pense qu’il y a une autorité sur moi, bye! Juste parce que tu es un homme, ça veut pas dire que t’as une autorité sur moi. Je l’ai entendu, je ne l’ai pas vécu… Mais c’est un peu comme ça. Je deviens un petit peu passionnée. S’il pousse, là, je commence à amener ce que moi j’ai appris, parce que je m’éduque énormément sur la question. Ces quatre ou cinq passages dont je te parlais, Ils sont très compliqués dans le contexte, dans le grec, parce que la Bible a été écrite en grec, puis traduite. Et donc si ils veulent vraiment pousser, je vais amener mes contre-arguments qu’ils n’ont jamais entendus, parce qu’ils ont jamais lu l’autre côté de la médaille. Mais ça, c’est si ça vaut la peine. Il y a des gens que… Je suis trop fatiguée pour ça.
Karen Uwase : Je suis totalement, totalement d’accord avec toi. Mais je pense que c’est ça que… Tu rapportes toujours… J’aime bien que tu le reprends à chaque fois pour rappeler aux gens que les textes bibliques sont écrits. Évidemment, ils ont été écrits par des hommes au fil des siècles, mais il y a un contexte, il y avait un contexte quand le texte avait été écrit il y a plusieurs siècles, mais qu’à chaque fois, les écrits doivent être interprétés. Au jour d’aujourd’hui. Comment la société évolue, comment on souhaite que la société évolue. Et sans oublier, évidemment, la Parole de Dieu et, tout simplement, les valeurs humaines qui viennent, tout simplement, de la Bible aussi. C’est un super argument que tu rappelles, donc j’apprécie énormément. Est-ce que tu penses que tu peux donner des exemples de passages qui ont été retraduits sans l’interprétation patriarcale?
Karyne Montgomery : Donc là, on rentre dans quelque chose de complexe. Je veux juste mettre le caveat pour les gens qui n’ont peut-être pas lu ces passages-là.
Karen Uwase : Écoute, le balado, c’est pour apprendre, découvrir ou redécouvrir, donc les gens vont apprendre, sans aucun problème.
Karyne Montgomery : J’en ai deux en particulier auxquels je pense. Il faut comprendre qu’il y a des livres qui sont écrits sur ces passages-là et qui font 500 pages. Donc là, je fais un résumé très, très, très, très simple. Il y a un passage qui dit que l’homme… Là, c’est la traduction mauvaise. L’homme est le chef de la femme. Le mot chef dans le grec, c’est kephalḗ, et ça veut dire tête. Donc là, on utilise notre contexte pour définir le mot tête, parce qu’on pense head of state, donc on pense à autorité. Par contre, dans le contexte de quand ça a été écrit voilà 2000 ans… dans le grec, pour la traduction qui vont dans la Bible, c’est le mot pour définir plus source. Et là tu vas dire, ça veut dire quoi source? Non, mais, source de la femme, ça ramène à Genèse I. Il faut comprendre que, dans la Bible, on dit que la femme est tirée de l’homme pour que l’homme soit tiré de la femme. Donc on est égaux. Parce qu’on ne peut pas dire que moi je suis au-dessus de toi, parce que je suis la source, parce que la plupart des enfants sont nés d’une femme. Mais la femme est tirée de l’homme… originellement, dans l’histoire de la création. Puis après, tous les hommes sont tirés de la femme. Même que, dans le contexte de ce verset-là, cinq lignes plus bas, c’est ça que ça dit. C’est comme que… l’homme est la source de la femme, la femme est la source de l’homme. Donc tous est égal à Dieu. Quand tu lis dans le contexte, c’est comme OK, c’est juste pour nous rappeler qu’on est tous égaux. Au lieu de comme… l’autorité, chef, c’est comme, chef. C’est vraiment une mauvaise traduction du mot. Il y en a un autre qui dit que la femme ne peut pas enseigner ni avoir de l’autorité sur un homme. Ça, c’est la traduction… que je dirais qui est correcte. Dans le grec, le mot enseigner et autorité, il est utilisé une fois dans la Bible au complet, et c’est un mot presque jamais utilisé. L’auteur de ce livre-là utilise d’autres mots pour l’autorité positive. Dans le contexte, c’est une autorité plus négative. Donc prendre le contrôle, contrôler la personne, c’est enseigner en prenant le contrôle sur l’homme. Ça, c’est pas permis femme-homme. C’est juste que dans le contexte, à ce moment-là, dans cette église-là, les femmes faisaient ça. Donc, elles faisaient des faux enseignements en contrôlant, en prenant le contrôle. Mais un homme ne peut pas plus prendre le contrôle d’une femme. Donc, dans le contexte, ça ne dit pas qu’une femme ne peut pas enseigner. Et honnêtement, c’est le seul passage qui dit ça. Il y a une règle d’interprétation de la Bible que je veux vraiment clarifier. Si un passage n’est pas clair, si le grec est compliqué, si rien d’autre dans la Bible dit ça, peut-être qu’il faut lire toute la Bible dans son entièreté, puis interpréter ce passage-là à ce que la Bible dit. On voit des femmes qui enseignent dans la Bible. Alors voilà, c’est fini, là. Ils ont une mauvaise interprétation. Il y en a d’autres, mais ça, c’est les deux qui sont vraiment… mal interprétés.
Karen Uwase : Super bons exemples. Je suis sûre que ça va intéresser les gens. Est-ce que, les exemples que tu nous as donnés, tu te rappelles exactement d’où ils viennent?
Karyne Montgomery : Oui, donc c’est un cas… Fais-moi confiance!
Karen Uwase : T’as vu le petit test que je t’ai lancé? 1 Corinthiens…
Karyne Montgomery : Corinthiens 11 et Timothée 2, puis le 1 Corinthiens connecte avec Genèse. Qui est le premier livre de la Bible.
Karen Uwase : Merci, merci Karyne. Alors, pour les personnes qui ont d’autres convictions religieuses et qui nous écoutent, qu’est-ce que tu penses qu’ils devraient retenir de cet épisode aujourd’hui?
Karyne Montgomery : Je pense qu’il y a deux côtés. Si tu as une autre foi, je pense que c’est juste se rappeler que ce que les gens disent au nom de mon Dieu, que ça soit musulmans, juifs, chrétiens, bouddhistes, hindouistes, peu importe c’est quoi la religion, je pense qu’il faut… c’est bien de questionner. Moi, j’ai été enseignée, de questionner, de toujours demander des questions. Donc, d’appliquer ça à ta foi, je pense que c’est pas mauvais. Donc si, en ce moment, tu vis avec cette dichotomie de… Je suis féministe, mais ma religion semble dire l’opposé… Questionne, lis, aventure-toi, lance-toi dans ça. Je pense que c’est beau de questionner. Je pense que c’est beau de lutter, dans la vie, avec notre foi, puis la réalité, puis la culture pour les gens qui n’ont pas une foi, parce que c’est une réalité aussi, tu sais. Je pense que c’est d’avoir la compassion envers les gens qui vivent cette difficulté-là. C’est pas aussi simple de dire « Quitte ta foi ». Parce que ça, c’est pas comprendre à quel point c’est profond et important pour la personne. Donc d’écouter, puis, même, peut-être, si la personne est capable de pousser à dire mais lutte avec ça. Questionne, lis pour toi-même et découvre ce que ça dit. Puis là, c’est là où est ce que tu vas partir dans une aventure… Qui sait où est-ce que ça va t’amener? Moi, ça m’a amenée à être beaucoup plus forte dans ma foi, puis à être prête à me battre par rapport à ça. Je sais pas ce que ça va faire pour les autres, mais c’est comme ça que j’encouragerais n’importe qui dans leur foi ou… pas de foi.
Karen Uwase : Ou pas de foi. C’est ça. À la fin de la journée, c’est tout simplement… Ta foi, toi, te permet d’avoir certaines valeurs… qui sont imprégnées dans ta vie de tous les jours. Et c’est bon ce que tu as dit… Dans toutes les religions, tout simplement… Il n’y a pas un seul Dieu. Il n’y a pas un Dieu qui encourage la violence, quelle qu’elle soit.
Karyne Montgomery : C’est ça, pas de ce que je sache. S’ils utilisent leur foi pour la violence, je pense qu’il y a un petit problème.
Karen Uwase : C’est ça. Merci Karyne.
Karyne Montgomery : Merci à toi.
Karen Uwase : Merci pour ton expertise, pour ta passion. Et puis j’espère que tu continueras à vivre dans la vie du Seigneur. Je te fais confiance. J’espère que ça va donner envie aux gens de questionner soit leur foi, soit leur avis sur la foi et sur les religions. Donc merci beaucoup pour ça.
Karyne Montgomery : Merci à toi. C’est vraiment un plaisir.
Karen Uwase : Partagé, partagé. Et merci à vous de nous avoir écouté et/ou regardé. Merci au studio LiveStream Junkies dans lequel on enregistre et j’espère que, si jamais vous avez des questionnements ou si vous recherchez des ressources, vous pouvez aller regarder sur le site ActionOntarienne.ca. Et puis moi, je vous dis à la prochaine. Merci beaucoup.
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